UNIVERSITÀ DEGLI STUDI DI GENOVA
SCUOLA DI SCIENZE UMANISTICHE
DIPARTIMENTO DI LINGUE E CULTURE MODERNE
Corso di laurea in lingue e culture moderne per l’impresa e il
turismo
Elaborato scritto per la prova finale in
Linguistica francese
La langue française et la mondialisation : la
recherche d’un équilibre entre protection et
ouverture.
Est-ce-que légiférer sur la langue peut être une solution ?
Relatrice:
Prof.ssa Micaela Rossi Candidato:
Greta Pierotti
Anno accademico 2020-2021 A mia nonna Carla
1
Table de matières
I .......................................................................................................................................... 3
NTRODUCTION
A . ................................................................................................................................ 6
PERÇU HISTORIQUE
L . ............ 10
A LANGUE ET LA POLITIQUE LINGUISTIQUE FRANÇAISE DANS LE PANORAMA CONTEMPORAIN
L ........................................................................................... 19
ES EFFETS DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
L’application de la Loi Toubon dans le domaine de la commercialisation des biens et des services
............................................................................................................................................................ 20
L’application de la Loi Toubon dans le domaine de l’audiovisuel et de la publicité ........................ 24
L’application de la Loi Toubon dans le « monde » d’entreprises ..................................................... 30
C ........................................................................................................................................... 33
ONCLUSION
A ................................................................................................................................................. 36
NNEXES 2
La langue française et la mondialisation : la recherche d’un
équilibre entre protection et ouverture
Introduction
La France est une nation qui a fait de sa culture e de sa langue un élément de fierté
et d’orgueil national. L’histoire de la préservation de la langue française a commencé il
y a longtemps : le premier acte politique qui a été créé dans ce but est l’ordonnance de
1
Villers-Cotterêts promulguée par François 1er en 1539 . Cet acte législatif établit que le
français est la langue officielle administrative pour les actes juridiques, pour les lois.
C’était une étape importante pour la standardisation de la langue française parce que,
auparavant, le latin était la langue officielle pour ces instances. Il existait plusieurs
dialectes mutuellement incompréhensibles du latin à travers le pays, donc le changement
à l’utilisation du français a commencé la centralisation des Français comme une nation.
Un autre moment historique important pour la langue française est la fondation de
l’Académie Française en 1635 par le cardinal de Richelieu : sa création s’inscrit dans la
continuité de l’institution du français comme langue officielle de la nation et elle a la
2
mission de définir les normes et les règles de la langue . Ainsi, l’article XXIV des statuts
précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et
1 Rapport annuel 2019 de la Commission d’enrichissement de la langue française
2 http://www.academie-francaise.fr/linstitution/lhistoire
3
toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre
3
pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » .
On ne peut pas réduire la langue à un simple instrument de communication. À côté de la
volonté de standardisation de la langue il y avait en effet aussi des buts économiques et
politiques : la centralisation de la langue était accompagnée par une centralisation de la
politique et de l’économie ; la langue était exploitée comme vecteur de la légitimation de
l’État. C’est pour cela que Jacques Legendre affirme que « depuis toujours en France, la
4
langue est une affaire d’État » , parce que les liens qui unissent la langue française et
l’État sont très forts et ont une tradition séculaire. Tradition qui est encore présente
aujourd’hui, mais dans un contexte historique et politique profondément divers.
Aujourd’hui on ne peut pas plus parler d’un « centre » : à l’heure de la mondialisation,
les confins entre les pays sont de plus en plus flous, les rapports avec l’étranger sont une
pratique quotidienne. Ces changements ont impliqué le développement d’une langue
mondiale de communication : l’anglais. Par conséquence, le gouvernement s’est trouvé
face à une épreuve encore plus compliquée : préserver l’intégrité de la langue dans un
contexte où une autre langue s’affirme comme « globale ».
Jugeant donc que la concurrence de l’anglais, même dans la vie courante, représentait une
réelle menace pour le français et que les importations anglo-américaines dans le lexique
français devenaient trop massives, les autorités gouvernementales ont été amenées,
3 http://www.academie-francaise.fr/linstitution/statuts-et-reglements
4 Dubois V. (2014) La loi du 4 août 1994 : esquisse d’une sociologie politique.
4
depuis une cinquantaine d’années, à compléter le dispositif traditionnel de régulation de
la langue.
La loi dite « Bas-Lauriol » est promulguée en 1975 et elle rend l’emploi du français
obligatoire dans différents domaines, comme l’audiovisuel ou le commerce et dans le
monde du travail. Vue l’application discutable de cette dernière, en 1994 la loi Toubon
abroge et remplace la loi Bas-Lauriol. Elle vise trois objectifs principaux :
l’enrichissement de la langue française, l’obligation d’utiliser la langue française et la
défense du français en tant que langue de la République (article 2 de la Constitution de
1958). Cette loi, actuellement encore en vigueur, a été la réponse gouvernementale aux
défis contemporaines, en poursuivant une tentative d’affirmation de l’indépendance
nationale et, pour certains, la tentative de défense de la grandeur perdue (ou en train de
se perdre) de la France.
Dans cet essai, nous chercherons à établir si la Loi Toubon a été et est un instrument
efficace pour rejoindre et pour établir un équilibre entre protection de l’héritage
linguistique de la France, et ouverture, pour profiter des opportunités économiques (mais
pas seulement) qui dérivent de la mondialisation.
5
Aperçu historique.
La France a une longue tradition d’interventionnisme linguistique : les débuts de
cette pratique remontent au XVI siècle. Ier
En ce période, la France était sous le règne de François : d’un point de vue politique, il
y avait une certaine stabilité et unité en France ; on ne peut pas dire le même pour la
situation linguistique. En effet, même si la France était politiquement unifiée, il n’y avait
pas une langue d’État, mais, au contraire, il y avait une diversité linguistique
remarquable : à cette époque la plupart des français parlaient leur langue régionale, le
5
patois . À côté de ces langues régionales, il y avait le latin, la langue de l’Église. Le
français n’était parlé qu'à Paris et au sein des classes aristocratiques du nord de la France.
er
Dans ce contexte, le roi François I a joué un rôle emblématique dans l’évolution et la
standardisation de la langue : poussé par la volonté d’unifier son royaume aussi du point
de vue linguistique, et conséquemment d’accroitre le pouvoir monarchique et de limiter
celui de l’Église, le roi François Ier émanait en 1539 l'ordonnance d'août 1539 sur le fait
de la justice, dite l’ordonnance de Villers-Cotterêts.
L’ordonnance est composée de 192 articles, dont les articles 110-111 légifèrent sur
l’usage de la langue :
5 LING. Système linguistique restreint fonctionnant en un point déterminé ou dans un espace géographique
réduit, sans statut culturel et social stable, qui se distingue du dialecte dont il relève par de nombreux traits
phonologiques, morphosyntaxiques et lexicaux. http://atilf.atilf.fr/tlf.htm
6
Art. 110. – Et afin qu'il n'y ait casue de douter sur l'intelligence desdits arrêts,
nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits si clairement, qu'il n'y ait ni
puisse avoir aucune ambiguité ou incertitude ne lieu à demander interprétation.
Art. 111. – Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence
des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d'oresnavant que tous
arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et
autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats,
commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de
justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties
6
en langage maternel françois et non autrement.
C’est par cette ordonnance, qui impose le français comme langue du droit et de
l’administration, que cette langue acquiert un statut officiel. C’était la première étape vers
la centralisation linguistique, et aussi bien économique, juridique et culturelle de la
France.
L’importance de cette ordonnance est témoignée aussi par le fait qu’elle est considérée
comme le plus ancien texte législatif français encore en vigueur, les articles 110 et 111
7
n’ayant jamais été abrogés.
6 https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006070939/
7 https://www.culture.gouv.fr/Le-ministere-de-la-Culture-a-60-ans/60ans60dates#/jeudi-31-juillet-1539-
Ordonnance-de-Villers-Cotterets 7
Un autre moment historique qu’on doit considérer dans la politique d’interventionnisme
linguistique est la fondation de l’Académie française en 1635 par le cardinal de Richelieu.
Sa création s’inscrit dans la volonté « […] de travailler avec tout le soin et toute la
diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure,
8
éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » (article XXIV) . Il s'agissait
essentiellement de privilégier la langue parisienne, le « françoys du roy » d'où toute
tournure provinciale ou régionale devait être bannie.
Toutefois, bien que l’Ordonnance de Villers-Cotterêts et l’Académie française aient
marqué un tournant important dans la situation linguistique, l'analphabétisme se situait à
cette époque encore autour de 99 % en France (comme partout en Europe). Le peuple
était gardé dans l’ignorance totale : l’essentiel de l'enseignement demeurait celui de la
religion, qui se faisait en patois, parfois même en latin. Ce qu’il ressort d’une étude de
e
Albert Dauzat mené au XXe siècle, est que dans la France du XVII siècle étaient présents
9
encore 636 patois .
En effet, on doit attendre la Révolution française pour assister à un véritable changement
dans l’expansion de la langue française, qui résulte aussi d’un renforcement des politiques
linguistiques. L’idée propre de la Révolution de « Fraternité, Liberté, Égalité » ne pouvait
pas se concilier avec le morcellement linguistique encore répandu dans le territoire
français. La langue devient donc une affaire d'État : il fallait doter d'une langue nationale
la « République unie et indivisible » et élever le niveau des masses par l'instruction ainsi
que par la diffusion du français : une fois la monarchie abolie, parler français signifiait
8 http://www.academie-francaise.fr/linstitution/statuts-et-reglements
9 Dauzat A., Tableau de la langue française. Origines, évolution, structure actuelle, Payot, 1939.
8
consolider la démocratie. C’est en poursuivant ce but qu’une véritable politique
linguistique se dessinait. La première mesure prise pour l’unité linguistique fut la création
d’un Comité d’instruction publique, qui devait organiser l’enseignement du français à
l’école primaire. Plus tard, à la suite de l’enquête menée par l’Abbé Grégoire, le « Rapport
sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue
10
française » , qui relevait qu’il y avait seulement trois millions de citoyens sur vingt-huit
qui parlaient français, la politique linguistique se renforça : un décret prévoyant
l’obligation d’écrire tout acte public ou privé en français fut adopté. Ceci marquait le
début de la phase de la « terreur linguistique » et, à partir de ce moment, les patois furent
proscrits. On cite ci-après l’article 3, qui dispose :
« Tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du gouvernement qui, à dater
du jour de la publication de la présente loi, dressera, écrira ou souscrira, dans
l'exercice de ses fonctions, des procès-verbaux, jugements, contrats ou autres
actes généralement conçus en idiomes ou langues autres que la française, sera
traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa résidence, condamné à
11
six mois d'emprisonnement, et destitué » .
Même si les mesures citées n’ont pas eu les effets escomptés, c’est-à-dire anéantir les
patois et standardiser la langue, la Révolution a joué un rôle emblématique, en favorisant
10 https://fr.wikisource.org/wiki/Rapport_sur_la_nécessité_et_les_moyens_d’anéantir_les_patois_et_d’uni
versaliser_l’usage_de_la_langue_française
11 https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/Decret-2_thermidor-terreur.htm
9
la diffusion de la langue française sur une longue période. En effet, c’est par la suite de
e
ces interventions que la langue française se fixe pendant cette période : le XVIII siècle
voit donc la naissance du « français moderne ».
Plus tard, au début des années 1880, une série de mesures pédagogiques, les lois Ferry,
ont été votées pour assurer une instruction complète et systématique des enfants
exclusivement en français. Ces mesures ont signé le passage à une société quasi-uniforme
12
du point de vue linguistique . En effet, cette série de lois a fait aussi des ravages aux
langues régionales, au point que ces langues ont disparu.
ème ème
Le français connaît son apogée au XIX et au début du XX siècle : le développement
du colonialisme a joué un rôle important dans l'expansion du français en dehors de
l'Europe. La France est devenue alors la métropole d'un vaste empire colonial et sa langue
était utilisée comme langue véhiculaire de communication.
La langue et la politique linguistique française dans le panorama
contemporain.
Une fois que le français s’est affirmé, en abordant plusieurs difficultés, comme on
l’a dit, il s’est trouvé face à un nouvel « ennemi » : la mondialisation et l’affirmation
d’une langue véhiculaire de communication, l’anglais.
12 Tod Slone G., defending the french language in France: legislation, and techno-logical and
administrative infrastructure, Bouygues, 1992. [107]
10
La position de prestige que la langue française avait occupée pendant les deux derniers
siècles cède la place à la langue de la nouvelle hyperpuissance : les États-Unis. En effet,
la défaite de la France dans la Deuxième guerre mondiale entraîne une perte de puissance
pour le pays et pour sa langue. Parallèlement, les États-Unis se retrouvent à couvrir une
position de primauté d’un point de vue politique, économique, militaire et aussi bien
culturel et linguistique. C’est effectivement dans le deuxième après-guerre que l’anglais
commence à acquérir son statut de langue globale de communication.
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