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Claude Hagègele français, histoire d'un combat

Chapitre: Les serments de Strasbourg

L'empire de Charlemagne et les rivalités

Comment est né le français ?

Le français est la première des langues romanes (groupe qui comprend aussi l’italien, l’espagnol, le portugais, le roumain, le catalan, l’occitan, le sarde, le rhéto-roman) à être reconnue au IXe siècle comme langue distincte de leur langue mère, le latin. Le français est issu du latin parlé, mais d’un latin parlé confronté à deux influences spécifiques : le gaulois et le francique.

La chute de l'empire romain

En 476 (Ve siècle) il y a : les causes sont un centre de pouvoir corrompu et l'invasion de la part des populations barbares (les Visigots, les Goths, les Gaulois) qui provoque l’absence de pouvoir fort et la formation des dialectes qui étaient parlés dans les territoires périphériques. La situation continue jusqu’à l’arrivée de Charlemagne (742-814 - couronné empereur le 25 décembre 800 par le Pape Léon III), qui veut établir le faste de l'empire romain parce qu'il comprend que, pour maintenir le pouvoir, on doit avoir aussi une unité linguistique. Son empire comprend une partie de la France, une partie de l’Allemagne et une partie de l’Italie.

Pour tenir ensemble ces populations, il faut une langue pour réunir : il a décidé que le latin devait être la seule langue de l’enseignement : on vient inventer un système d'enseignement nommé Alcuin, qui avait trois niveaux :

  • École palatine (qui avait siège à Aix-la-Chapelle) qui était destinée aux élites ecclésiastiques avec possibilité d’étudier le latin classique.
  • École épiscopales ou monastiques (dont Saint-Martin de Tours) qui était destinée pour les adolescents intermédiaires.
  • Écoles des campagnes qui était destinée aux enfants pour apprendre la grammaire et les calculs, donc les bases élémentaires. On continue à parler le dialecte.

[L’enseignement devient obligatoire en 1871] Cette situation provoque la diglossie : il y a deux langues qui rivalisent : le latin (parlé par les élites) et le dialecte (parlé par tout le reste de la population). Cela porte à la naissance du protofrançais (on parle de protofrançais pour définir l’ensemble des différents dialectes qui représentent l’évolution du latin).

Le concile de Tours et les fils de Charlemagne

En 813 il y avait le Concile de Tours ; c’étaient les prêtres qui en 813 demandaient à l’église de pouvoir parler en langue romane rustique (allemande) afin que tout le monde pût comprendre ce qu’on disait. Grâce au Concile de Tours, les prêtres commencent aussi à écrire les sermons en créant le protofrançais. D’une part, il y a le latin qui est officiel, utilisé pour les élites, pour l’administration ; puis il y a une langue maternelle, une langue « basse » (dialecte) qui est utilisée dans les échanges quotidiens et familiers.

À la mort de Charlemagne, en 814, il y avait un seul héritier pour régner sur l’immense empire qu’il a conquis (qui va du Danemark à la Lombardie) : son troisième fils, Louis I le Pieux. En 817 il conférait à chacun de ses trois fils (Pépin, Lothaire et Louis le Germanique) le gouvernement d’un royaume séparé, mais il subordonne Pépin et Louis à Lothaire, son fils aîné, qu’il commence d’associer à la conduite des affaires de l’empire. Quand sa première femme meurt en 818, il se remarie avec Judith de Bavière, qui lui donne en 832 un autre fils : Charles le Chauve. Louis le Pieux, sous la pression de Judith, attribue à celui-ci de vastes territoires, ce qui déclenche la révolte de Lothaire, lequel se considère comme unique héritier et voit en Charles un rival redoutable. Lothaire, soutenu par ses frères, détrône leur père à son profit en 833, mais Louis le Pieux est rétabli en 835 et il essaie de procéder à de nouveaux partages pour satisfaire ses trois fils vivants (Pépin meurt en 838) ; Louis le Pieux meurt en 840. Lothaire revendique alors la succession de l’empire et il s’ensuit d’après discussions ; ses frères Louis le Germanique et son demi-frère Charles le Chauve s’unissent contre lui. L’armée de Lothaire rencontre près d’Auxerre les armées alliées de Louis le Germanique et de Charles le Chauve, lesquels sortent victorieux, tandis que Lothaire prend la fuite.

L’Église commençait à jouer un rôle d’arbitre : elle a fourni les cadres d’une haute administration sous Charlemagne et s’impose comme une force politique dans les dernières années du règne de Louis le Pieux. Les évêques imputent la défaite de Lothaire au désir de Dieu, qui s’exprime clairement en faveur du partage de l’empire. Les clercs ont alors à résoudre un problème : quels territoires attribuer à chacun des deux vainqueurs ?

  • En Aquitaine, principale possession de Charles le Chauve : la population parle une langue romane, c’est-à-dire l’ancêtre du français.
  • En Bavière, principale possession de Louis le Germanique : il se parle une langue qui est l’ancêtre de l’allemand.

Cette frontière linguistique entre une zone occidentale romanophone et une zone orientale germanophone était à peu près fixée depuis la romanisation des Francs occidentaux, entre le IVe siècle et le VIe siècle. La seule unité linguistique entre ces deux parties de l’ancien empire de Charlemagne était réalisée par le latin ; mais il s’agissait d’un code écrit, utilisé par l’Église et par l’administration, et non de la langue que parlaient les populations.

Langue romane et langue germanique

Pour consolider l’alliance entre les deux frères, il a été organisé une rencontre à Strasbourg, le 14 février 842, entre Louis et Charles :

  • Chaque roi reconnaît à l’autre la possession de son royaume.
  • Chaque roi prête serment dans la langue du royaume de l’autre : Louis le Germanique en langue romane, tandis que Charles le Chauve en langue tudesque.
  • Ils conclurent une alliance contre Lothaire.

Prêter serment, pour chacun, dans la langue du royaume de l’autre, c’était fonder politiquement ces deux royaumes sur le critère le plus simple et le plus universel : la langue.

En août 843, les trois frères, Louis, Charles et Lothaire, signent le célèbre traité de Verdun : l’empire se partage en trois entités politiques de l’Europe aujourd’hui appelées la France, l’Allemagne et l’Italie.

  • Charles le Chauve : situés à l’ouest de la Meuse et du Rhône, les pays de langue romane.
  • Louis le Germanique : situés à l’est du Rhin, les pays de langue germanique.
  • Lothaire obtient le reste : la Lotharingie de son fils Lothaire II, la Bourgogne, la Provence, et surtout la Lombardie et le Nord de la péninsule italienne.

Charles le Chauve était roi d’un territoire dont les Serments de Strasbourg nous conservent la langue dans la toute première attestation écrite de son histoire : cette langue est la première forme connue du français.

Langue d’oïl

Les spécialistes ont beaucoup débattu et polémiqué à propos de l’appartenance dialectale de la langue des Serments de Strasbourg. Ce qui paraît tout à fait certain, c’est que la langue dominante est la langue d’oïl, c’est-à-dire celle du nord de la France, ancêtre du français, utilisée dans les cycles chevaleresques qui se distingue de celle du sud, la langue d’oc ou occitane, qu’elle fait partie de la tradition littéraire et des poètes troubadours et les lyriques d'amour (preuve : latin sapere savir savoir ; évolution du p en un v quand il se trouve entre deux voyelles).

On se trouve en face d’un texte capital, à la fois parce que l’emploi de la langue parlée au lieu du latin signe la fin de l’unité de l’empire de Charlemagne (dont le latin était la langue officielle), donc la naissance de l’Europe, et parce que ce texte est aussi l’acte de naissance de la langue française, donc celle de la France.

Les premiers documents en français et protofrançais dans la littérature

Les premiers documents en français sont les gloses, qui reportaient des mots qui expliquaient des mots difficiles en latin biblique, comme le Gloses de l’abbaye de Reicheneau (750) : le glossaire compte 1300 -plus ou moins - mots romains latinisés servant à traduire les termes de la Vulgate. La Cantilène de Sainte Eulalie (29 vers composés vers 882), poème hagiographique (c’est-à-dire qui concerne la vie des saints) qui raconte le martyre de la sainte et qui offre les caractéristiques de la poésie latine rythmique, offre, avec le Sermon sur Jonas (938/952 - textes qui ont moitié en latin et moitié en langue vernaculaire), une première attestation littéraire du protofrançais, plus proche vraisemblablement de la langue de cette époque que le texte des Serments de Strasbourg.

Le latin reste la langue de savoir encore pour quelque siècle, mais il y a de plus en plus de situations officielles où se parle la langue vernaculaire. Les œuvres littéraires écrites en français dans cette époque sont :

  • Les vies des Saints
  • La Chanson de Roland (1086)
  • Roman de la Rose (Guillaume de Lorris, continué par Jean de Meun)
  • Les « romans » (narration écrit en longs poèmes en vers)
  • Les lapidaires (récolte de pierres précieuses)
  • Les bestiaires (récolte des bêtes réelles et mythologiques)

Textes non littéraires en langue vernaculaire qui permettent de faire connaître la langue :

  • Chroniques historiques (Froissart, Commynes)
  • Recueils juridiques (Coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir)
  • Textes techniques (Chirurgie d’Henri de Mondeville, c’est un manuel technique pour les opérations)

La conquête de l'Angleterre par Guillaume

Les Vikings, proches ancêtres de Guillaume le Conquérant

Les Vikings font leur première apparition en baie de Seine. Originaires de Suède, de Norvège et du Danemark, ces redoutables guerriers nomades pillent les villes côtières de la mer du Nord, de la Manche et de l’Océan Atlantique. En 910, le grand chef danois Hrolf, dit Rollon, attaque Paris, mais il est vaincu par Robert, comte de Paris. Rollon se fait baptiser par Francon, l’archevêque de Rouen, ville de la Normandie ; son exemple est suivi par ses compagnons. Le nouveau duc de Normandie promet alors de ne plus ravager le royaume, et il tiendra parole. Ce baptême marque le début d’une assimilation des Vikings.

Ainsi, les Normands, qui menaient jusque-là une vie semi-nomade sur terre et sur mer, s’étaient sédentarisés ; en s’installant dans ce pays, ils en avaient adopté non seulement les coutumes, mais aussi la culture. Ils avaient même abandonné leur langue, un dialecte du vieux-norrois, pour apprendre la langue néo-latine qui était en train de s’y développer, c’est-à-dire le dialecte local romain, influencé par le picard, le francien (Île-de-France) et le poitevin (ancêtres du français). Le fils et successeur de Rollon est Guillaume I Longue Épée.

Le vieux-norrois était une langue proche du scandinave commun et du saxon. Il existe des traces dans les noms de lieux en Normandie : certains villages normands portent des noms germaniques comme Torp-en-Caux, Torp-en-Lieuwin (torp = village), Houlgate (de gate ou gasse = rue), Barfleur, Harfleur (fleur norrois flodh). Dans tous les noms qui se terminent par la syllabe beuf, celle-ci signifie « demeure » : Quillebeuf, Elbeuf, Daubeuf.

Le fils d'Arlette et de Robert le Diable : Guillaume le Conquérant

Guillaume le Bâtard, fils du duc Robert le Diable (Robert I duc de Normandie) et d’une Normande, Arlette, fille d’un peaussier de Falaise, était un enfant illégitime aux yeux de la règle matrimoniale dans l’aristocratie d’alors. Cependant, Robert le Diable fait reconnaître ce fils, qui n’a que sept ans, comme son héritier, avant de partir pour la Terre Sainte en 1034. Cet acte est important parce qu’il prépare le destin de l’Angleterre et de la France, ainsi que celui de leurs langues : le français commençait à se façonner les traits et à acquérir l’importance politique qui allaient en faire une langue de plus en plus indépendante du latin.

Longtemps les ducs de Normandie s’étaient comportés en vassaux puissants et dociles à l’égard du roi de France ; mais à partir de Robert le Diable, la politique d’alliance prévaut qui accroît encore l’intégration culturelle et linguistique de la Normandie dans le royaume de France. Leur alliance avec le roi de France marque l’enracinement des Normands sur les terres de leur duché. Le développement de leurs échanges politiques, commerciaux et linguistiques avec les habitants de l’Île-de-France va se révéler capital pour l’évolution et l’avenir de la France et de la langue française : au long des Xe et XIe siècles, ces barbares vikings venus de mers se révèlent les meilleurs messagers de la langue française. Guillaume le Conquérant est l’un des meilleurs exemples de cette « francisation » des Danois.

La première « bande dessinée » de l’histoire occidentale était réalisée par les Normands, illustrant la conquête de l’Angleterre par Guillaume. Édouard le Confesseur, fils d’Harthacnut, dernier roi danois d’Angleterre et la reine mère, Emma, une Normande, est élu roi par le Witenagemot (l’assemblée des « hommes sages »). Édouard, qui a passé tout son enfance en Normandie, connaît si bien Guillaume qu’il envisagerait comme tout à fait légitime qu’il prit sa succession sur le trône d’Angleterre. La faiblesse du caractère d’Edouard et son occupation des affaires de l’église fait qu’il avait laissé la réalité du pouvoir au comte Harold, fils du roi d’Essex, Godwin.

En 1064, Harold, à la suite d’une tempête sur les côtes normandes, avait été recueilli puis retenu prisonnier à la cour de Guillaume, à Rouen. Pour recouvrer sa liberté, il doit faire serment de soutenir la candidature de Guillaume à la succession d’Édouard le Confesseur. En janvier 1066, le roi Édouard meurt. Harold, rentré en Angleterre, oublie sa promesse et s’empare du trône d’Angleterre. C’est pourquoi Guillaume de Normandie, débarque en Angleterre, à Pevensey. Harold avait d’autres envahisseurs, commandés par le roi de Norvège, dans le nord du pays. Arrivé près de Hastings le 14 octobre 1066, il choisit une hauteur stratégique, où il tient bon jusqu’au moment où une ruse de Guillaume feignant de se battre en retraite, conduit Harold à quitter cette position. Guillaume est couronné à Westminster le jour de Noël, mais il se trouve à devoir affronter la noblesse anglo-saxonne : elle est dépossédée de ses terres, concédées aux barons normands, qui vont y imposer une domination d’autant plus rude que la population va fréquemment se soulever. L’arrivée des prélats du continent renouvelle aussi le clergé, et à la fin du XIe siècle, la plupart des abbayes étaient dirigées par des Normands.

Quand Guillaume le Conquérant meurt en 1087, il règne dans le pays un ordre féodal assez strict, assorti de contrôles et des recensements. Cette influence des Normands deviendra un des facteurs déterminants de l’émergence d’une identité nationale anglaise. Les successeurs de Guillaume auront quelque mal à asseoir leur pouvoir face à une noblesse anglo-saxonne indignée par ce qu’elle considère comme une usurpation du pouvoir. Seul le Conquérant commença l’étude de l’anglais, afin de rendre justice à ses sujets, mais parmi...

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Scienze antichità, filologico-letterarie e storico-artistiche L-LIN/03 Letteratura francese

I contenuti di questa pagina costituiscono rielaborazioni personali del Publisher lazzerimartina9 di informazioni apprese con la frequenza delle lezioni di Lingua e letteratura francese e studio autonomo di eventuali libri di riferimento in preparazione dell'esame finale o della tesi. Non devono intendersi come materiale ufficiale dell'università Libera Università di Lingue e Comunicazione (IULM) o del prof Brignoli Laura.
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