Marcel Proust (1871-1922)
La vie à Auteuil, où sa famille s’est réfugiée pour fuir le siège de Paris, Marcel a souffert toute sa vie des privations endurées par sa mère durant sa grossesse : de santé délicate, il est torturé par l’insomnie et par des crises d’asthme nerveuse qui conditionneront son existence. Cette maladie finit toutefois par favoriser sa vocation d’écrivain. Fils d’un professeur de la faculté de Médecine et d’une femme cultivée, issue d’une famille de financiers juifs, Marcel fréquente déjà les salons de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie. Il côtoie des romanciers aussi célèbres et publie des vers, des récits et des articles dans les revues symbolistes.
Les œuvres
Ses débuts se placent sous le ligne de la mondanité :
- Un premier volume de récits, Les Plaisirs et les jours, en 1896, suivi par un roman de grande envergure qu’il n’achèvera pas, Jean Santeuil, 1896-1900; il s’agit d’une sorte autobiographique. L’échec de cette œuvre conduit l’écrivain à s’interroger sur l’art et sur les lois qui le gouvernent;
- Il consacre quatre ans à traduire et à commenter les ouvrages de Ruskin, spécialiste anglais de l’art médiéval. La disparition de ses parents le fait sombrer dans le désespoir et lui interdit toute activité littéraire : il renaît lentement et rédige des articles ou des pastiches;
- C’est en 1908, qu’il entreprend un vaste projet romanesque qui, après de longues et complexes transformations, deviendra À la recherche du temps perdu. Publiée dans sept volumes et autobiographique en partie, l’œuvre devient en quelque sorte un chantier immense : les matériaux de cette construction proviennent de sa propre expérience, de ses images et de ses souvenirs.
À l'origine de la recherche et Sainte-Beuve
Fin 1908, Proust se lance dans la rédaction d’un essai intitulé Contre Sainte-Beuve : il y attaque la méthode du critique le plus connu au XIXe siècle, Charles-Augustin Sainte-Beuve, qui analysait la littérature en fonction de la biographie des auteurs. La fameuse méthode qui consiste à ne pas séparer l’homme de l’œuvre méconnaît ce qu’une fréquentation un peu profonde avec nous-mêmes nous apprend : qu’un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, c’est au fond de nous-mêmes que nous pouvons y parvenir.
Cet « autre moi » est pour Proust « le moi profond », un moi que l’on oublie généralement et qui, sous la conscience, est le gardien personnel. Proust refuse cette méthode parce qu’il considérait que le moi qui écrit l’œuvre n’est pas le même qui vit dans la société. Donc il n’est pas la même personne. Il y a :
- Le moi social
- Le moi artistique
Les deux sont séparés l’un de l’autre. Les deux moi identifiés par Proust peuvent faire penser au moi freudien. Toutefois, le moi profond de Proust n’est pas la même chose de l’inconscient de Freud. En exposant ses idées sur le moi profond et sur les lois de la mémoire, il alterne aux réflexions qu’il note dans ses cahiers des épisodes romanesques, où l’autobiographique se mêle à la fiction. C’est ainsi que naît, entre 1909 et 1910, une première version de À la recherche du temps perdu ; elle ne porte pas encore ce titre.
Les volumes et les thèmes de À la recherche du temps perdu
Proust est un intellectuel délicat et sensible qui fréquentait les salons les plus snobs de son époque, qui fréquentait les nobles, qui avait un système nerveux très fragile et qui souffrait de crise de nerfs et de crises d’asthme. Il décrit dans cette œuvre le monde du début du XXe siècle : il nous laisse une pensée tragique de la vie et une idée nouvelle de la personnalité ; son point de départ est d’une idée qui fait part de sa propre personnalité. D’abord il y a la possibilité de connaître sa personnalité d’un point de vue superficiel, et il constate que l’homme est caractérisé par la mutabilité des états d’âme, donc il y a la création d’une instabilité de notre être : notre personnalité est instable, provisoire.
Il s’agit d’une œuvre en sept volumes (la plus grande partie est posthume) :
- Du côté de chez Swann, 1913. Le titre se réfère aux promenades quotidiennes que l’auteur faisait du côté de chez Swann. Ce premier volume est divisé en trois : Combray, autour du début du premier volume de la Recherche, un narrateur adulte, identifié avec le nom de Marcel, dont le lecteur ne sait rien car il n’est jamais nommé, évoque ses nuits entrecoupées par l’insomnie. Parfois, il se réveille brusquement, se croit dans une chambre où il a jadis habité et revoit Combray, la petite ville où il passait les étés d’une enfance sensible. Ses visions nocturnes partielles sont bientôt remplacées par une véritable résurrection : la saveur d’un petit gâteau, une madeleine identique à celle de naguère, fait affleurer Combray et une foule de détails oubliés. À Combray, le narrateur enfant et adolescent a laissé courir son imagination, c’est là qu’il a connu ses premières émotions face à la nature; pour la première fois, il s’est senti troublé par des femmes : la duchesse de Guermantes, fascinante et inaccessible, qui, de son château, domine la contrée, et une fillette aux cheveux roux, Gilberte, fille d’un ami de ses parents, Charles Swann. L’univers aristocratique des Guermantes et le monde bourgeois de Swann sont à ses yeux inconciliables. Contrairement à ce que croit l’enfant, Swann, avec ses bonnes manières, est très bien introduit dans les milieux de l’aristocratie mais ses amis Guermantes n’ont pas accepté son mariage avec une ancienne demi-mondaine, Odette.
- Un amour de Swann, la deuxième partie du premier volume, constitue une longue digression de près de deux cents pages et raconte une histoire d’amour qui a précédé la naissance du narrateur d’une dizaine d’années environ. D’abord indifférent à la beauté de cette jeune fille rencontrée chez les Verdurin, des bourgeois se feignant grands amateurs d’art dans l’espoir de s’élever dans l’échelle sociale, Swann finit par la vénérer et en devenir jaloux. Il s’agit d’un cas typique de la psychologie proustienne : le désir n’est tel que lorsque son objet est inaccessible.
- Noms de pays : le nom raconte l’histoire du narrateur avec son premier amour : Gilberte.
- À l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1918. Thèmes : des jeunes filles, amour, peinture, esthétique. Après avoir aimé deux ans durant Gilberte sans retour, le narrateur se rend en vacances à Balbec, localité balnéaire, inventée de toutes pièces, sur la côte normande et où il rencontre des jeunes filles en fleurs (Albertine aussi). Au terme de son séjour, il mesure toute la distance entre le Balbec dont il a rêvé, sauvage et désert, et le Balbec réel avec sa foule élégante.
- La Côté de Guermantes, 1920-21. Thèmes : le monde / le moi du narrateur, le snobisme. De retour à Paris, le narrateur s’installe avec ses parents dans un appartement de l’hôtel des Guermantes. Ses rêveries de jeune bourgeois snob ont projeté sur ces aristocratiques une poésie illusoire : vus de près, les Guermantes ressemblent plus aux riches bourgeois de leur temps qu’aux superbes vitraux du Moyen Âge où sont représentés leurs ancêtres.
- Sodome et Gomorrhe, 1921-22. Thèmes : le monde, la perversion sexuelle. Au cours de son apprentissage mondain, le narrateur finit par déchiffrer les apparences et comprend que, pour connaître la véritable nature d’une personne, il faut savoir renverser ses affirmations explicites. Ainsi, le baron de Charlus, qui ne perd jamais l’occasion d’accuser les jeunes d’être efféminés, est en fait un homosexuel; son orgueil cache le besoin d’être humilié et de souffrir. Il ne s’agit pas d’un cas particulier : c’est la société tout entière qui semble comme dominée par l’homosexualité, masculine et féminine. Nul n’est vraiment tel qu’il paraît. Le narrateur se sent lié à Albertine, non par plaisir, mais par une attache beaucoup plus forte, l’angoisse.
- La Prisonnière, 1923. Thèmes : l’amour douloureux, la colère, les perversions sexuelles. Le narrateur (Marcel), jaloux, profite d’une longue absence de ses parents pour inviter la jeune fille Albertine à s’installer chez lui. La cohabitation met immédiatement l’accent sur un aspect paradoxal de l’amour proustien, pour lequel il n’existe pas de bonheur dans l’assouvissement. Prisonnière docile Albertine perd tout son charme aux yeux de son amoureux et sa présence même procure à ce dernier plus d’ennui que de plaisir. Un matin il découvre qu’elle a pris la fuite en lui laissant une lettre d’adieu, sa douleur et intolérable.
- La fugitive, 1925. Thèmes : l’amour douloureux, la colère, les perversions sexuelles. Initialement intitulé Albertine disparue, lointaine et insaisissable, Albertine redevient l’objet de désir; l’angoisse de la séparation fait renaître l’amour mais le transforme en torture. Tandis que le narrateur invente de complexes stratagèmes pour la faire revenir, la jeune fille meurt en tombant de cheval; le passé d’Albertine lui échappe à jamais. L’oubli vient graduellement : en voyage à Venise, avec sa mère.
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