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Traduction

Remue-méninges sur la traduction : langues, textes, médiation, dictionnaires, interprétation, sens, compréhension, contexte, communication, culture, adaptation, différence, unicité, variation diatopique, échange, adaptation, types de textes, fidélité au texte de départ, périphrase/réformulation.

Traduction littérale = traduction à la lettre, mot à mot vs traduction littéraire = traduction de la littérature.

Prototexte = texte de départ, le texte à traduire.

Métatexte = le produit final de la traduction.

« Traduttore traditore » est une expression créée par Umberto Eco pour signifier que le traducteur est toujours, malgré tout, un traître, parce que dans le passage d’une langue à l’autre et d’une culture à l’autre, il y a toujours quelque chose qui va se perdre. En fait, le même auteur a choisi d’intituler un de ses livres comme Dire presque la même chose.

Définition de la traduction

La définition du mot « traduction » qui est donnée dans le TLF est « action de traduire, résultat de cette action », donc ce mot désigne l’acte de traduction aussi bien que le produit. L’acte de traduction est le fait de transposer un texte d’une langue dans une autre.

Pour la traduction comme produit, on a plusieurs résultats :

  1. Texte ou œuvre traduite ;
  2. Transposition d’un système linguistique dans un autre ;
  3. Transposition d’un art dans un autre ;
  4. Transposition, la représentation de la réalité dans les arts plastiques.

Traduire est tout d’abord comprendre ; les erreurs de traduction sont souvent des erreurs de 1 compréhension. On distingue deux volets dans la traduction : le thème et la version. La version est la traduction d’un texte en langue étrangère vers sa langue maternelle. Le thème est la traduction d’un texte en langue maternelle vers une langue étrangère. Idéalement on devrait traduire toujours vers sa langue maternelle.

Histoire et statut de la traduction

La traduction est un exercice très ancien, lié à l’apprentissage des langues mortes. Pendant des siècles, on a étudié les langues à travers la traduction. Pendant longtemps, on a assisté à un déni de la traduction sur plusieurs niveaux :

  • Comme besoin : pendant longtemps, la traduction a été au service des autorités royales et religieuses, et donc les seuls textes qui étaient traduits étaient des textes littéraires et des textes sacrés. Cela explique pourquoi surtout les textes ordinaires n’ont pas été traduits.
  • Comme activité à part entière : la traduction n’est pas reconnue comme un travail qui demande des compétences. Le préjugé sur la traduction est que c’est un processus mécanique qui peut être réduit au mot-à-mot.
  • Comme profession : on a une sorte de mépris et de dévalorisation de la figure du traducteur qui remonte déjà à la fin du Moyen Âge, au 15e siècle.
  • Comme discipline : pendant longtemps, on a cru qu’il n’était pas nécessaire d’enseigner la traduction, et en effet la traductologie (= science de la traduction) est une discipline apparue très récemment dans les universités et qui pendant longtemps n’a pas été reconnue comme discipline autonome.

= lett. scuri, persiane delle finestre ; fig. sezione, parte. 1

En ce qui concerne le statut de la traduction aujourd’hui, on assiste à la prolifération d’étiquettes pour désigner la traduction. Par exemple, on parle de localisation pour la traduction des produits informatiques comme les sites web, les logiciels et les jeux vidéo. On parle de versionisation pour le domaine de l’audiovisuel, et de post-édition (= activité qui consiste à corriger manuellement les traductions automatiques et les traductions assistées par ordinateur). Ces étiquettes sont dues aussi aux exigences du marché, auxquelles la traduction doit s’adapter.

Théorie de la traduction au XXe siècle

On va se concentrer sur la théorie de la traduction au XXe siècle. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la traductologie consiste à une série de réflexions de la part des grands traducteurs sur leur art. Il n’y a pas encore un véritable appareil théorique de la traduction. Déjà on identifie deux grands courants : d’un côté, on a ceux qui sont en faveur d’une traduction plus littérale, c’est-à-dire les sourciers, alors que d’un autre côté, on a les partisans d’une traduction plus libre, ceux qui s’appellent les ciblistes. Cette distinction entre sourciers et ciblistes a été faite par Jean-René Ladmiral, un traductologue français. Le mot sourcier vient de « source », alors que les « ciblistes » avaient comme « cible » un public précis. On constate un changement à partir des années 1950, quand l’autoréflexion sur la traduction se donne un nouvel objectif, c’est-à-dire la création d’instruments pédagogiques. On s’interroge donc sur la façon dans laquelle on peut enseigner la traduction.

Le mot « traductologie » est assez récent : il a été inventé en 1972 par le Canadien Brian Harris et il est enregistré dans les dictionnaires et dans les logiciels d’écriture depuis peu de temps. La traductologie vise à analyser d’un point de vue théorique tous les aspects de la logique de la traduction. La définition qu’on peut donner du mot traductologie est la suivante : il s’agit de l’analyse d’un phénomène que les individus pratiquent d’une façon instinctive et qui a pour nom traduction. En effet, tout le monde commence à faire des traductions depuis l’enfance, quand par exemple on cherche à reformuler, c’est-à-dire à expliquer un concept avec d’autres mots : c’est ce qu’on appelle la traduction intralinguale (vs traduction interlinguale).

Les périodes de la traductologie selon Ladmiral

En 1996 Ladmiral distingue quatre grandes périodes de la traductologie :

  1. La traductologie normative et prescriptive, qui s’attache à des considérations prelinguistiques touchant à la traduction. Les représentants les plus importants de cette phase sont Walter Benjamin, Meschonnic, qui s’est occupé de traduction poétique, Larbaud, Steiner, Etkind et Berman.
  2. La traductologie descriptive, qui se développe dans les années 1970 et s’intéresse surtout aux langues : c’est le cas de l’approche contrastiviste, qui accorde plus d’importance aux langues qu’aux textes. Elle est très influencée par le structuralisme en linguistique, qui était le modèle théorique dominant à cette époque-là. Parmi les représentants les plus éminents de cette période, il y a Georges Mounin, qui a dit que « tous les arguments contre la traduction se résument en un seul : elle n’est pas l’original » (1955, Les belles infidèles), c’est-à-dire que la traduction est considérée comme un produit de seconde main. Pour Mounin une approche à la traduction qui s’appuie exclusivement sur des aspects linguistiques présente des limites. En réalité la théorie de Mounin connaît des évolutions. En 1963 il publie un ouvrage qui s’appelle Problèmes théoriques de la traduction. Il comprend que dans la traduction il faut prendre en compte des aspects qui sont normalement étudiés par d’autres disciplines, comme la sociologie (= étude des dynamiques qu’on trouve à l’intérieur de la société), l’anthropologie (= étude de l’homme dans sa totalité), l’ethnologie (= étude des ethnies humaines). Sa réflexion s’enrichit des apports de ces trois disciplines. En particulier, pour ce qui concerne la traductologie française, elle s’enrichit des travaux menés dans deux écoles parisiennes, l’ESIT (= École supérieure en interprétariat et traduction) et l’ISIT (= École supérieure en interprétariat et traduction), qui sont encore en fonction aujourd’hui. Mounin a été l’un des enseignants dans ces écoles et son travail a impulsé leurs recherches.
  3. La traductologie inductive et scientifique, aussi appelée théorie interprétative, qui a parmi ses représentants les plus éminents Lederer et Seleskovitch. Leur approche se base sur une modalité de type scientifique, qui regarde du côté de la psychologie cognitive. On essaie de comprendre et identifier les mécanismes qui sont à l’œuvre dans le cerveau du traducteur pendant l’activité de traduction. On est dans les années 1980. Dans les années 1950 et 60, on parlait d’unité de traduction, dans le sens d’unité à traduire, comme un mot ou un syntagme, alors qu’avec la théorie interprétative on parle d’unité de sens, qui remplace le concept d’unité de traduction. Les recherches menées dans le cadre de cette théorie se sont appuyées sur des corpus de traductions orales (e.g. domaine de l’interprétariat) et ensuite sur des corpus de traductions littéraires. Ce qui est important est de garantir une équivalence de discours.
  4. La traductologie productive ou pragmatique dans les années 1990, dont le représentant le plus éminent est Michel Ballard. Avec ses travaux, on commence à travailler surtout sur les corpus parallèles de textes littéraires. Un corpus est un ensemble de textes. Les corpus parallèles sont des ensembles de mêmes textes disponibles en plusieurs langues (i.e. un prototexte dans une langue et plusieurs metatextes dans de différentes langues ; e.g. textes littéraires : un roman et sa traduction en différentes langues). Les corpus comparables sont des ensembles de textes différents qui abordent le même sujet en plusieurs langues (e.g. deux textes différents en deux langues différentes, qui ne sont pas la traduction de l’un ou de l’autre) ; l’intérêt est de voir comment deux langues-cultures abordent les mêmes thèmes. On étudie les corpus pour identifier et étudier les problèmes rencontrés par les traducteurs pendant la pratique de la traduction. En d’autres mots, les observations des traductions permettent de mettre en lumière des phénomènes qui ne sont pas décrits dans les dictionnaires bilingues.

Dans les années 1990 la traductologie devient une discipline universitaire et son but est celui d’explorer la compétence de traduction dans ses multiples dimensions (linguistique, ethnologique et culturelle).

Traduction pédagogique et traduction professionnelle

La traduction pédagogique est la traduction qui se fait en contexte scolaire et universitaire, et a pour finalité l’apprentissage d’une langue étrangère. La traduction professionnelle est la traduction qu’on fait dans le cadre d’un travail et représente une finalité en soi, parce que sa finalité est celle de transmettre un message et faire comprendre un message à des destinataires qui autrement ne pourraient pas comprendre. Une autre différence concerne la nature du texte traduit : dans le cas de la traduction pédagogique on traduit pour comprendre, alors que dans le cas de la traduction professionnelle on traduit pour faire comprendre. Une différence réside aussi dans les destinataires : dans le cas de la traduction pédagogique les destinataires sont les professeurs, ceux qui doivent corriger l’exercice, alors que dans le cas de la traduction professionnelle, cela dépend du type de texte. Il y a donc plusieurs paramètres à prendre en compte : le style, le registre de langue, l’efficacité du message et la source de destination (= l’endroit où sera publiée la traduction : e.g. revue, collocation éditoriale). Les situations d’énonciation (= le contexte de production du message à traduire) de la traduction pédagogique et de la traduction professionnelle sont donc très différentes pour ce qui concerne les destinataires, le cotexte et le contexte. Le cotexte 2 est l’immédiat environnement linguistique d’un mot, un terme ou une expression ; le contexte est l’environnement cognitif, extralinguistique, lié à la situation d’énonciation.

Traduction littéraire et traduction spécialisée

Les différences principales entre la traduction littéraire et la traduction spécialisée (e.g. commerciale, juridique, scientifique, pour les sites Internet, pour le tourisme) concernent essentiellement le volume (= nombre de textes traduits), les compétences du traducteur et les supports (= les textes à traduire). La traduction littéraire représente moins qu’1% des textes qui sont traduits chaque année dans le monde : elle n’est donc qu’une infime partie des traductions qu’on fait dans le monde, parce qu’en fait la traduction spécialisée concerne tous les domaines de la vie quotidienne et donc on a beaucoup plus de demande. Les compétences du traducteur dans la traduction littéraire sont plus orientées vers la maîtrise des moyens linguistiques et stylistiques des langues-cultures en présence. Dans la traduction spécialisée les compétences du traducteur sont plus orientées vers la connaissance de contenus spécialisés, en particulier scientifiques et techniques. Les supports de la traduction littéraires sont des supports papier et des supports numériques : les supports papier sont par exemple des romans, des poèmes des pièces de théâtre, des essais, des textes religieux et philosophiques, les livrets d’opéra, les chansons, les sujets des films ; les supports numériques sont des textes lisibles dans des tablettes et des liseuses (= ebook). Dans le cas de la traduction spécialisée, les supports papier sont des revues spécialisées, des manuels d’instructions, des essais scientifiques, des textes juridiques, alors que les supports électroniques sont les sites Internet, les jeux vidéo, les logiciels, l’audiovisuel.

Synonymie, paraphrase et traduction

La synonymie est une relation sémantique entre deux ou plusieurs mots qui ont des signifiants différents mais des signifiés similaires. Il n’existe pas de synonymie parfaite, parce qu’il y a plusieurs entraves : tout d’abord il y a des différences de registre (i.e. deux synonymes ne peuvent pas être utilisés dans les mêmes contextes ; ex. automobile-voiture-bagnole) ; il y a aussi des différences diachroniques (ex. chef-tête) ; on a aussi les discours spécialisés (ex. dans la langue courante on utilise les mots énergie-force comme des synonymes, mais en physique il s’agit de deux mots qui ont un sens différent). La synonymie en traduction est liée à la paraphrase : le mot paraphrase découle du latin « paraphrasis » et sa première attestation en français remonte à 1525. C’est un concept lié à l’origine à l’exégèse biblique et puis à la rhétorique. La paraphrase est une reformulation en d’autres mots qui aidait à mieux comprendre les écritures. En rhétorique la paraphrase se définit comme une pratique de reformulation-explication des textes littéraires. Au fil des siècles, la pratique de la paraphrase a acquis une connotation négative, allant dans le sens d’une distorsion, d’une trahison du message original. En linguistique la paraphrase peut être définie comme une synonymie de phrase : la paraphrase est donc une identité de sens entre deux phrases. « On peut aussi bien qualifier la traduction de ‘paraphrase interlinguale’ que voir dans la paraphrase un cas particulier de traduction (intralinguale) » (FUCHS 1994:26). Donc on peut dire que traduire d’une langue à l’autre revient à établir une relation d’identité ou de quasi-identité entre deux discours. Le risque lié à la synonymie et à la paraphrase est l’utilisation d’un mot dans un registre ou un contexte dans lequel le mot ne peut pas être utilisé.

2 Un mot appartient plutôt à la langue commune, alors qu’un terme est une unité lexicale spécialisé, qui fait partie d’un discours spécialisé (e.g. économie, biologie…).

Domaines de compétences du traducteur

On identifie 6 domaines de compétences du traducteur :

  1. Compétence en matière de prestation du service de traduction : cette compétence est divisée en deux sections, une dimension interpersonnelle, qui se réfère à la capacité du traducteur d’établir des relations et à ses qualités, et une dimension de production, qui se réfère à la traduction en soi, à savoir gérer le travail.
  2. Compétence linguistique (→ A est la langue maternell
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Scienze antichità, filologico-letterarie e storico-artistiche L-LIN/04 Lingua e traduzione - lingua francese

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