CHARLES BAUDELAIRE
Œuvre majeure : Les Fleurs du Mal.
1857 : c’est la date de la première édition qui a subi une accusation d’immoralité et donc pour
cette raison Baudelaire et son éditeur ont été condamnés à payer une amende et à éliminer 6
poèmes de l’ouvrage.
1861 : que fait-il donc ? il décide de réimprimer son recueil dans une deuxième édition en notant
les 6 poèmes condamnés. Il enlève les 6 poèmes censurés et il en ajoute une trentaine d’autre
pour compenser ce manque. Il donne une sorte de message : en tant que poète il a été censuré
mais en tant que poète il continue à écrire et à faire de la poésie. Il continue à être un poète
même si on avait censuré des poèmes car il peut écrire encore ! C’est un des gestes qui forment
l’héroïsme de Baudelaire d’après Walter Benjamin.
1866 : il publie à Bruxelles, sous un régime plus libre, les Épaves, qui ont dans une section titrée
Pièce condamnés les poèmes censurés.
1868 : troisième édition posthume, mais il la critique dans les lettres à sa mère. À quoi de faire une
autre édition sous Noel ? quelle maman ou quel papa achèterait ce recueil comme cadeau pour
ses enfants ?
Héroïsme de Baudelaire : dans une époque où on écrivait des romans feuilletons qui faisaient
gagner de l’argent aux écrivains, que fait-il ? il n’écrit pas des romans feuilletons mais il publie un
recueil poétique. C’était fou à une époque où c’était l’argent qui compte. Baudelaire est donc un
héros car il se refuse de se donner au roman feuilleton et, en tant que poète, il préfère publier un
ouvrage poétique. Il est un héros aussi pour le fait de savoir qu’il avait écrit un ouvrage difficile et
incompréhensible dans son époque car c’était une œuvre sous-estimée ; toutefois il sait qu’il a
écrit un livre qui se vendra toujours mais il faut voir si la justice n’aura d’autres choses à dire. Cet
héroïsme montre une sorte de dandysme baudelairien et une considération de soi supérieure par
rapport aux autres. Baudelaire savait la grandeur de ce qu’il avait écrit et il continue à tenir une
attitude bouffonne. Peut-être qu’il considère son œuvre au-delà de son époque à cause de la forte
impersonnalité volontaire de ses poésies : il y met tout sa haine, tout son cœur, tout sa religion
travestie, et on affirme que c’est un livre atroce où il a mis tout ce qu’il a pu de lui-même, mais
Baudelaire affirme qu’il s’agit de l’art pur, de l’art pour l’art !
Rire baudelairien, sarcasme, ironie, toujours une grimace sur son visage qui est expression de son
idée d’être supérieur et un révoltant.
L’œuvre est le témoignage de sa haine et de son dégout pour toute chose. Mais certains critiques
affirment qu’en lisant ces poèmes on peut avoir aussi des moments où on en doute de l’état
mental de Baudelaire, à cause, peut-être de la répétition monotone des mèmes idées, pensées et
mots. De plus, on est scandalisés à niveau moral car on a trop de seins mâchés et donc ça serait
une revue de démons, de fétus, de vermine. Ce serait un livre qui lance un défi aux lois qui
protègent la religion et la morale. Le tribunal donc fait à Baudelaire ce deux accusations.
Baudelaire pense que seulement 3 ouvrages seront immortels : les Fleurs du Mal, le Spleen de
Paris (les petits poèmes en prose) et le Paradis artificiel (poèmes sur la drogue, le vin, l’alcool) ; et
il sait qu’il resterait dans la mémoire du public aux cotés de Byron, Hugo et Gautier.
De ses ouvrages, c’est plutôt la morale qui a choqué.
La religion a toute une section à elle dédiée, consacrée à ce qu’on appelle le Satanisme
baudelairien. Constituée de trois poèmes, le Reniement de Saint Pierre, les Litanies de Satan, et
Abel et Cain, qui n’ont pas été touchés par le tribunal, donc c’est-à-dire qu’on a censuré d’autres
pièces, même si Baudelaire dans ces poèmes se place de la coté de Satan, de Cain, de Saint Pierre
contre Dieu.
Quelles sont les Pièces condamnées ?
Ce sont des poèmes qui parlent de sexe, de femmes terribles et belles et sont intitulés
Les bijoux
Le Léthé
À celle qui est trop gaie
Lesbos
Femme damnée
Les métamorphoses du vampire
Dans ceux titres on a peu de référence à la religion et sont plutôt loin de l’accusation qu’on lui a
fait, Le Léthé c’est le seul poème qui peut nous renvoyer au fleuve infernal, déjà nommé par
Dante.
Plusieurs éditions : organisation différente
Première édition du 1857
5 section (Spleen et Idéal, Les fleurs du mal, La révolte, Le vin, La mort) et 100 poèmes. Le nombre
des poèmes nous rappelle de Dante, comme si Baudelaire voulait lancer un signe de son propre
parcours. Il ne descend pas dans l’Enfer, car peut-être il s’y trouve déjà dans la vie quotidienne,
dans la métropole Paris du XIXème siècle.
Deuxième édition du 1861
il ajoute 35 poèmes et il revoit aussi la disposition des poèmes, et c’est la structuration qu’on voit
aujourd’hui ! donc, 6 sections (Spleen et Idéal*, Tableaux Parisiens**, Le vin, Les fleurs du mal, La
révolte, La mort) pour un total de 121/126 poèmes.
On a enlevé les 6 poèmes censurés à Spleen et Idéal (3) et à Les Fleurs du Mal (3).
*condition du poète sur la Terre et aspirations, la condition du poète est le thème principal… mais
c’est un romantisme plus noir.
** Walter Benjamin traduira cette section en allemand sans toutefois traduire tous les sections,
car d’après lui, c’est la section la plus emblématique du recueil et le symbole du rapport des fleurs
du mal, de l’inspiration de Baudelaire, avec la ville de Paris. Et pourquoi on dit qu’il est le père de
la poésie moderne ? la poésie ne change pas de forme car il écrit encore en suivant des formes
très classiques (ex. en alexandrins), mais c’est le contenu qui a changé. On y parle plus du poète
qui veut s’isoler et qui cherche dans la nature sa source d’inspiration, mais on parle du poète qui
cherche son inspiration dans la ville moderne. Comme la source d’inspiration, la ville, est
moderne, de même la poésie est moderne. Baudelaire a apporté une vraie révolution poétique
pas seulement dans la littérature française !
Troisième édition posthume du 1868
après la mort de Baudelaire. On a un peu de révisions de la part des éditeurs, des ajouts et la
réintroduction des pièces condamnées, qui avaient été déjà publiées dans Les Épaves. C’est donc
une édition qui cherche à reprendre un peu tout, aussi des textes qui avaient paru dans d’autres
publications, comme dans Les Épaves. On a donc un total de 150 textes environ.
DONC… COMMENT ALFRED DE VIGNY ANTICIPA CHARLES BAUDELAIRE DE 20/25 ANS ?
Passage de Hugo aux Parnassiens : on a un changement de position et de prise de conscience car
selon les Parnassiens, le poète doit écrire pour soi-même et qui veut le comprendre, comprendra
son message incompréhensible (c’est de l’art pour l’art !). Donc les poètes. Ils écrivent et même si
personne ne les écoute pas ou ils sont mécompris, ils ne se suicident pas comme Chatterton !
Baudelaire, même s’il était considéré proche aux Parnassiens, ne choisit pas l’incompréhension ou
l’obscurité dans l’écriture. Il est près de Gautier mais on ne peut pas dire qu’il est un vrai
parnassien. On a une forme de dandysme et de supériorité du poète car il ne s’intéresse pas de ce
qu’on pense de sa poésie, autant qu’il publie un recueil plutôt que se donner au roman feuilleton.
Il pense que le poète ne doit pas s’isoler dans la société, il doit plutôt se confondre parmi les
autres : le poète doit être un homme commun parmi les hommes communs.
Il se place donc parmi ceux qui croient que le poeta vate n’existe plus ! La nouvelle condition du
poète est très minutieusement décrite dans les poèmes de Les Fleurs du Mal et dans l’épisode de
la perte d’auréole.
Poète qui perd ses insignes, son auréole, grâce à laquelle il était toujours reconnu dans la rue. Il
devient maintenant un simple mortel parmi d’autres mortels. S’il n’a plus son auréole, il n’est plus
un poète pour eux et il peut faire ce que les autres font sans être indiqué ou jugé, donc il peut se
livrer aux actions basses !
On a une différente prise de conscience de sa condition de poète mécompris par rapport à celle de
Chatterton : Chatterton réagit tragiquement, Baudelaire réagit avec de l’auto-ironie !
Il réagit d’une façon différente par rapport à Hugo (qui éloge les poètes classiques qui s’isolent
dans la nature pour chercher de l’inspiration) et par rapport à de Vigny. Par rapport à l’exemple de
Chatterton de ce dernier, Baudelaire ne se suicide pas, il rigole et il fait de l’auto-ironie. Il n’a plus
d’auréole ? pas grave, il ne sera plus indiqué comme poète et pourtant on ne doit plus faire
remarquer ses futures actions basses car, en tant qu’homme commun, il n’a plus d’exemple à
donner. Toutefois, on ne met jamais en doute sa capacité d’écrire d’une façon extraordinaire mais
il affirme que c’est comme si personne ne lui reconnait cette capacité, car un vrai poète porte une
vraie auréole ! Qui prendra son auréole croira d’être un homme spécial, un poète, mais l’auréole
ne fait pas un poète. Le poète du XIXème siècle, d’après lui, n’est personne et donc, pourquoi
devrait-on se retenir différent des autres seulement avec une auréole sur sa tête ?
De Vigny anticipe Baudelaire car le déroulement historique des évènements porte en France au
XIXème siècle ce qui s’était déjà passé en Angleterre au XVIIIème siècle :
* à niveau historique, Chatterton avait déjà vécu la Révolution industrielle en tant qu’anglais du
XVIIIème siècle et ce progrès qu’elle apportait apporte plusieurs conséquences, comme la
modification du rôle du poète dans la société anglaise. Baudelaire, par contre, ne vit la Révolution
industrielle qu’à son siècle, le XIXème.
* à niveau politique, Chatterton avait déjà vécu la monarchie constitutionnelle anglaise du
XVIIIème siècle, qui se développait en France à l’époque de Baudelaire (et à l’époque où De Vigny
écrit son œuvre) !
* à niveau économique on a une référence au capitalisme en Angleterre (celui qui offre un travail a
Chatterton est le symbole des premiers capitalistes au XVIIIème siècle), en revanche, le
capitalisme français se développe après le Second Empire (XIXème siècle).
Titre : Les Fleurs du Mal indique que ce sont des fleurs, de la beauté qui est tirée du mal, de la
chaleur, de la souffrance. Ce n’est pas le seul titre qu’avait été choisi pour le recueil :
* Les Lesbiennes, mais c’était trop en référence au sexe féminin ;
* Le Limbe, mais ça faisait référence à l’état intermédiaire entre Paradis et Enfer et on pourrait le
reconduire au fait que Paris était une ville suspendue dans le néant ;
* Les Fleurs du Mal, le beau qui cache le mal et il utilisait le mot fleurs pour se référer aux poèmes
qu’il envoyait à sa mère.
Dédicace à Théophile Gautier, en tant qu’ami et maitre, car il voudrait s’inspirer de lui grâce à la
relation personnelle et professionnelle qui les lie. Qui est Théophile Gautier ? il a lutté pendant la
bataille de la représentation de l’Hernani ; il participait au Cénacle de Victor Hugo ; il défendait le
Romantisme ; on peut le définir un parnassien car il est très précis dans la recherche des mots
anciens et pas très utilisés et il écrit car écrire est son métier de poète (l’art pour l’art, classicisme
qui retourne sous une autre forme) ; il ne fait jamais de références politiques dans sa création
linguistique et poétique… et donc, Baudelaire, est-il un poète qui prône l’art pour l’art ?
Épigraphe pour un livre condamné, introduite dans la troisième édition. C’est un sonnet où le
poète s’adresse au lecteur, défini bucolique car il est sans pensée : afin qu’il jette ce livre, car c’est
saturnien (Saturn est la planète qui décide notre état de mélancholie) et donc est condamné.
Satan : le rusé doyen
lis-moi : lis mon livre le but serait d’apprendre à aimer le poète et sa poésie
plains-moi, car le lecteur peut le comprendre puisqu’il connait la souffrance dans laquelle le poète
est tombé.
Au lecteur, le poète invite le lecteur à la lecture de ces poèmes. Le but du poète est de le mettre
face &agrav