George Perec (1936-1982)
Vie et œuvres
Né à Paris, George Perec est fils d’émigrés juifs polonais ; il devient très tôt orphelin, son père étant mort au front en 1940 et sa mère ayant été déportée en 1943 à Auschwitz. Élevé par sa tante paternelle et son mari, Perec grandit dans un milieu aisé, mais le déchirement qui a suivi la séparation d’avec sa mère laissera en lui une blessure inguérissable. Il n’achèvera pas ses études à l’université, mais commencera dès 1955 à écrire des articles, des comptes rendus et tentera le roman. À partir de 1962, il travaille comme documentaliste dans un laboratoire de recherches neurophysiologiques.
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Il débute comme romancier en 1965 avec Les Choses : apparemment, le point de départ est autobiographique. Les deux héros, Jérôme et Sylvie, ont abandonné leurs études pour se consacrer aux recherches de marché. Ils se trouvent plongés dans un monde dominé par les choses et finissent par être obsédés par les objets de luxe qu’ils ne peuvent se permettre et par le style de vie des classes supérieures. Ce n’est pas la description d’un phénomène sociologique ni la condamnation de la société de consommation qui intéresse Perec : en virtuose de l’écriture et du jeu littéraire, il s’amuse à utiliser le style de L’Éducation sentimentale de Flaubert, instaurant une sorte de dialogue à distance avec l’un des romanciers qu’il admire le plus.
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Il écrira deux livres : Un homme qui dort et La Disparition, un roman policier où le "E", la lettre la plus fréquente de la langue française, a été aboli. Il écrira Les Revenentes, en utilisant exclusivement la voyelle "E" – ce qui le rapprochera précisément du groupe oulipien qui lui permettra de cultiver certaines amitiés, notamment celle avec Calvino.
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W ou le souvenir d’enfance (1975)* qui mêle fiction et autobiographie, et La Vie mode d’emploi (1978) : les huit étages d’un édifice situé à Paris, dans une rue imaginaire, accueillent les histoires de centaines de personnages, réunissant une foule de biographies imaginaires, les unes émouvantes, les autres bizarres, d’autres encore tragiques ou comiques. Une grande partie des thèmes traités et des objets décrits provient d’une liste préparée à l’avance, en fonction d’un système de contraintes. L’histoire principale se noue autour de trois habitants du n°11 de la rue Simon-Crubellier : le riche Percival Bartlebooth, l’artisan Winckler et le peintre Valène, qui a enseigné à Bartlebooth l’art de l’aquarelle. Bartlebooth s’est donné pour objectif de peindre cinq cents marines qui devront être transformées en puzzles par Winckler. Il parcourt donc le monde, tout en peignant des aquarelles au rythme d’une tous les quinze jours qu’il livre avec la même régularité à Winckler. Ce dernier en fait des puzzles. Le projet, inutile et gratuit, est de recomposer tous les puzzles et ensuite de les plonger dans une solution chimique qui en efface l’image, revenant ainsi à la feuille blanche initiale. Au début du roman, le lecteur est informé que Winckler est mort après avoir terminé son travail, Bartlebooth lui aussi mourra à la fin mais sans avoir pu recomposer le dernier puzzle. Quant à Valène, il a de son côté le dessein de représenter dans un tableau, l’immeuble « de façade », autrement dit ce qui se passe dans chacune des pièces du 11 rue. Il s’agit, encore une fois, d’un projet impossible. L’œuvre est fondée sur un paradoxe : concentrer dans l’espace circonscrit d’un immeuble et au même instant une interminable pluralité de personnages, de micro-romans qui se croisent à l’infini. À huit heures du soir, Bartlebooth meurt devant un puzzle inachevé et tout l’immeuble privé de sa façade se déroule devant le lecteur : la description de chaque pièce introduit la présentation d’histoires passées, parfois très anciennes, tout un univers dans une seule maison, un roman pluriel, à la richesse inépuisable.
Dans ses œuvres, on trouve toujours l’élément autobiographique : les personnages de Choses habitent dans une rue où il a vécu et ils font un séjour en Tunisie comme lui ; la dépression du personnage de l’Homme qui dort ressemble à celle vécue par Perec quand il était jeune. On trouve aussi un sentiment du manque de quelque chose d’important ; mais pourquoi veut-il exprimer toujours ce manque ? Il s’agit d’une motivation personnelle et autobiographique. Il a souffert énormément depuis le meurtre de son père au front et la déportation de la mère à Auschwitz ; cette absence sera l’élément qui le poussera à écrire et à donner un sens à cette vie marquée par le double deuil. La littérature est alors devenue pour lui, le moyen pour retrouver le parcours de son enfance.
Oulipo (1960)
Perec devient collaborateur actif de l’OuLiPo : OUvroir de LIttérature POtentielle = Opificio di Letteratura Potenziale. C’est un groupe qui se définit...
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