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Giorgia Trocini - Charadeau - Grammaire du sense et de l'expression

Les principes d’organisation du discours

Dans l’étude du langage, les grammaires traditionnelles se sont longtemps limitées à la description des catégories

linguistiques, en ignorant la dimension fondamentale du discours. Pourtant, si l'on souhaite réellement comprendre

comment la langue est utilisée pour communiquer, il est impératif de dépasser cette approche formelle et d’intégrer les

mécanismes du discours dans l’analyse. C’est précisément l’objectif de cette partie, qui vise à éclairer les principes

d’organisation du discours, en tenant compte de la manière dont les locuteurs mettent en œuvre les ressources

linguistiques pour produire un acte de communication significatif. Le discours, en tant que mise en œuvre concrète de la

langue dans un contexte de communication, a été abondamment exploré ces dernières décennies par différentes

disciplines, telles que l’analyse du discours, la grammaire textuelle ou encore la sémiotique. Si cette richesse théorique a

permis d’approfondir la compréhension des processus communicatifs, elle a également contribué à une certaine

confusion conceptuelle, notamment dans le domaine de l’enseignement, où des notions comme « communication », «

acte de parole » ou encore « grammaire textuelle » sont parfois employées de manière floue, voire contradictoire. D’où la

nécessité, soulignée par les auteurs, de clarifier ces concepts et d’introduire des outils d’analyse rigoureux, permettant

de mieux cerner les phénomènes de discours. La communication verbale ne peut être réduite à une simple transmission

d’informations. Contrairement à une conception héritée des grammaires générales du XVIIe siècle, qui considérait le

langage comme le reflet de la pensée, les recherches contemporaines montrent que le langage et la pensée sont

intimement liés, s’influençant mutuellement. Communiquer, c’est bien plus qu’exprimer une pensée préexistante : c’est

construire du sens dans un échange, en fonction d’un interlocuteur réel ou imaginé, et dans un cadre spécifique. La

communication devient ainsi un véritable acte de mise en scène, où le locuteur mobilise différents éléments – langue,

situation, finalité – pour produire un effet voulu. L’acte de communication repose sur un dispositif complexe composé de

quatre éléments fondamentaux : la situation de communication, les modes d’organisation du discours, la langue et le

texte. La situation de communication constitue le cadre physique, social et psychologique dans lequel l’échange verbal a

lieu. Elle inclut les identités des partenaires, les relations qu’ils entretiennent, le canal utilisé (oral, écrit, visuel), les

conditions d’échange (interlocution ou non), ainsi que les rituels et rôles attendus dans une interaction donnée. Ce cadre

n’est pas simplement un décor : il détermine en grande partie la manière dont le discours est formulé. Les modes

d’organisation du discours, quant à eux, sont les principes qui guident la structuration linguistique en fonction de l’objectif

communicatif du locuteur. On distingue, entre autres, les modes énonciatif, descriptif, narratif et argumentatif. Ces modes

traduisent des intentions spécifiques : énoncer une opinion, présenter une situation, raconter des faits ou convaincre un

auditoire. Ils orientent les choix syntaxiques, lexicaux et stylistiques de l’énoncé, et doivent être distingués des catégories

grammaticales proprement dites. La langue constitue le matériau brut de l’acte de communication. Elle est organisée en

catégories (mots, temps, modes, types de phrases, etc.) qui possèdent à la fois une forme et un sens. C’est à partir de

ces éléments que le locuteur élabore son discours. Toutefois, ces catégories n’ont de sens qu’insérées dans un contexte

discursif : elles ne suffisent pas à expliquer la nature du texte produit. Enfin, le texte est le résultat observable de l’acte de

communication. Il se construit à partir des choix opérés dans les catégories de la langue et les modes d’organisation du

discours, en fonction des contraintes imposées par la situation. Le texte est donc le produit d’une série de décisions

conscientes ou inconscientes du locuteur, et peut être classé selon des types : publicitaire, scientifique, informatif,

injonctif, etc. Il convient cependant de ne pas confondre ces types de textes avec les modes d’organisation du discours.

Un même type de texte peut combiner plusieurs modes (par exemple, une annonce d’emploi peut contenir de la

description, de l’argumentation et de l’interpellation énonciative). De nombreux exemples montrent la complexité de

cette interaction entre type de texte, mode de discours et catégories de langue. Une intention comme « demander » peut

se manifester dans une lettre administrative, un échange oral, ou encore une enquête, et être structurée différemment

selon le registre utilisé. De même, un mode de discours comme l’argumentatif peut se retrouver dans des genres variés :

article de presse, manuel scolaire, publicité, débat oral, etc. Il est également important de revenir sur la notion de

situation de communication, souvent confondue avec celle de contexte. Le contexte désigne ce qui entoure un énoncé à

l’intérieur du discours : il peut être linguistique (les mots voisins d’un mot donné) ou discursif (l’ensemble du texte). La

situation, elle, est extérieure au texte mais conditionne sa production. Elle inclut les paramètres physiques (présence ou

non des interlocuteurs, canal utilisé), les identités sociales et psychologiques des partenaires, les relations qu’ils

entretiennent, le contrat de communication (échange ou non), les rituels de début et de fin d’échange, ainsi que les rôles

de communication assignés. L’opposition traditionnelle entre langue parlée et langue écrite est ici nuancée. Il est plus

pertinent de parler de situation interlocutive (présence physique, possibilité d’échange, canal oral) et de situation

monolocutive (absence d’interaction directe, canal oral ou écrit). En situation interlocutive, le discours est souvent

redondant, segmenté, influencé par la perception immédiate de l’interlocuteur et par le contexte physique. Les

hésitations, répétitions, gestes, mimiques et intonations y jouent un rôle important. À l’inverse, la situation monolocutive

exige une organisation plus rigoureuse et hiérarchisée du discours, avec un ordre des mots progressif, une explicitation

plus grande, et une autonomie de l’énoncé par rapport au contexte. Enfin, le texte produit dans l’acte de communication

peut combiner différentes configurations. Une lettre peut mêler discours monolocutif et interlocutif, tout comme un

journal télévisé ou un cours universitaire. Ces formes hybrides montrent que les situations ne sont jamais entièrement

séparées, mais souvent enchâssées les unes dans les autres. En somme, ce chapitre insiste sur la nécessité d’une

approche globale du langage, qui prenne en compte non seulement les structures linguistiques, mais aussi les finalités

du discours, les conditions de sa production, et les effets recherchés par le locuteur. Comprendre le discours, c’est

comprendre comment un sujet parlant utilise la langue dans une situation déterminée pour produire du sens. C’est une

entreprise qui nécessite des outils d’analyse à la fois linguistiques, discursifs et pragmatiques, et qui permet

d’appréhender la langue dans toute sa richesse fonctionnelle et sociale. Les modes d’organisation du discours

constituent les différentes manières dont un locuteur ordonne les catégories linguistiques en fonction de la finalité de son

acte de communication. On en distingue principalement quatre : le mode énonciatif, le mode descriptif, le mode narratif

et le mode argumentatif. Chacun de ces modes repose sur une fonction discursive spécifique, correspondant à une

question fondamentale : qu’est-ce qu’énoncer, décrire, raconter ou argumenter ? À travers ces modes, le locuteur

construit non seulement un monde référentiel — c’est-à-dire une certaine vision ou représentation de la réalité — mais

également une mise en scène discursive de ce monde, que l’on retrouve dans les notions de mise en description, mise

en narration ou mise en argumentation. Le mode énonciatif occupe une place à part dans cette organisation : sa vocation

première est de rendre compte de la position du locuteur vis-à-vis de son interlocuteur, de lui-même et du monde. Ce

mode permet donc la construction de ce qu’on appelle l’appareil énonciatif, et c’est pourquoi il intervient dans la mise en

scène de chacun des trois autres modes. Il constitue en quelque sorte le cadre dans lequel s’inscrivent les autres modes

et les commande. Par conséquent, la catégorie de la personne, qui relève de ce mode, est placée en tête dans l’étude

des catégories de la langue. Lorsqu’un locuteur s’exprime, il agit en fonction de la situation de communication dans

laquelle il se trouve. Il met en œuvre une stratégie discursive qui dépend à la fois de la perception qu’il a de

l’interlocuteur, de ce qu’il imagine que celui-ci attend de lui, des connaissances partagées et des rôles sociaux ou

institutionnels que chacun doit jouer. Parler ou écrire revient donc à s’interroger sur la manière de s’adresser à autrui, en

tenant compte de l’identité des partenaires et de l’enchaînement des énoncés précédents. Ainsi, pour atteindre un but

précis, comme obtenir une action de l’interlocuteur, un locuteur pourra choisir différents procédés discursifs : donner un

ordre direct, formuler une demande sous forme de question, faire un constat implicite ou même raconter une histoire. La

forme choisie dépendra du contexte et du projet de parole. À ce titre, il est nécessaire de distinguer deux niveaux

d’identité dans un acte de communication : d’un côté, les sujets psychosociaux, partenaires de l’échange (le locuteur-

émetteur et l’interlocuteur-récepteur), qui existent en dehors de l’acte linguistique mais y sont impliqués ; de l’autre, les

sujets de parole proprement dits, c’est-à-dire les protagonistes internes de l’énonciation (le locuteur-énonciateur et

l’interlocuteur-destinataire), qui sont définis à travers leurs rôles discursifs. Le destinataire n’est pas simplement celui qui

reçoit le message, mais celui auquel le locuteur choisit d’adresser son discours, en lui assignant une position dans le

texte. Ce dispositif permet d’expliquer des phénomènes comme l’ironie. Par exemple, dans une situation où une

personne dit « je te félicite » à quelqu’un qui vient de faire une erreur, on comprend qu’il ne s’agit pas d’une félicitation

sincère. Pour que le message soit interprété comme un reproche, il faut que le locuteur-émetteur pense négativement,

que l’énonciateur exprime formellement un jugement positif, que le destinataire perçoive qu’il y a un décalage entre ce

qui est dit et ce qui est réellement pensé, et que le récepteur, à son tour, soit capable de décoder cet indice contextuel.

Le texte, en tant que résultat visible et audible de l’acte de communication, reflète cette mise en scène, il est donc le

produit d’un agencement intentionnel par le locuteur, dans une situation donnée, au service d’un projet de parole. Ces

textes peuvent être classés en types, en fonction des finalités et des modes de discours dominants qui les caractérisent.

Parfois, un type de texte repose essentiellement sur un seul mode d’organisation ; dans d’autres cas, plusieurs modes

sont combinés. Par exemple, les textes publicitaires — qu’il s’agisse d’affiches, de spots ou d’encarts dans des

magazines — font souvent appel au mode descriptif et narratif pour capter l’attention, mais peuvent également mobiliser

le mode argumentatif, en particulier dans les revues spécialisées. Dans la presse, les comptes rendus, les faits divers ou

les reportages privilégient souvent les modes narratif et descriptif, tandis que les éditoriaux ou les analyses critiques font

davantage appel à l’argumentation. Les manuels scolaires, eux, combinent généralement des modes descriptif et

argumentatif. Quant aux recettes, notices techniques ou règles de jeu, ils relèvent du descriptif, parfois associé à une

touche narrative. Enfin, les récits littéraires — romans, nouvelles, témoignages — s’appuient sur une dominante

narrative, mais avec une présence plus ou moins marquée de la description et, dans certains cas, de l’énonciation, selon

la nature du narrateur ou l’effet de subjectivité recherché. Il est encore difficile d’établir une typologie exhaustive des

textes, tant les combinaisons sont nombreuses et varient selon le genre, le support, la visée ou le registre. Mais cette

réflexion permet de comprendre que chaque texte résulte d’un travail de mise en scène où s’entrelacent la situation de

communication, les intentions du locuteur, les modes d’organisation du discours et les contraintes de la langue.

Le mode d’organisation enonciatif

Le mode d’organisation énonciatif ne doit pas être confondu avec la situation de communication elle-même, car alors

que cette dernière fait intervenir des partenaires sociaux et psychologiques externes au langage, le mode énonciatif

s’intéresse à des protagonistes internes à l’acte de langage, des êtres de parole, construits discursivement. De même, il

ne faut pas le confondre avec la modalisation, bien qu’il lui soit étroitement lié ; la modalisation regroupe les procédés

purement linguistiques permettant d’exprimer explicitement le point de vue du locuteur, tandis que l’énonciatif est une

catégorie de discours qui reflète la manière dont le sujet parlant construit la scène de communication. Ainsi, comme les

rapports entre action et narratif ou qualification et descriptif, les catégories de discours se traduisent par des catégories

de langue, et inversement. Le verbe "énoncer" est lui-même porteur d’ambiguïté. Dans un sens large, il renvoie à l’acte

global de produire du langage, tandis que dans un sens plus restreint, il peut se rapporter soit au contenu du message (le

propos référentiel), soit à l’acte même de production (l’énonciation). Mais en réalité, tout acte de langage comporte ces

deux dimensions : un propos enchâssé dans un point de vue énonciatif, lui-même inscrit dans une situation de

communication. Ainsi, énoncer signifie ici organiser les catégories linguistiques de manière à refléter la position du sujet

parlant par rapport à l’interlocuteur, à ce qu’il dit, et à ce que l’autre peut dire. Le mode énonciatif a donc trois fonctions

principales : établir un rapport d’influence entre le locuteur et l’interlocuteur, révéler le point de vue du locuteur sur ce

qu’il dit, et témoigner de la parole d’un tiers. Dans la première de ces relations, le locuteur établit une influence directe

sur l’interlocuteur : dans l’instant même où il parle, il l’interpelle, l’implique, et lui assigne un rôle à tenir dans l’échange.

Cette relation peut prendre la forme d’un rapport de force, lorsque le locuteur s’exprime en position de supériorité, par

exemple en donnant un ordre ou en interpellant, ou bien d’un rapport de demande, lorsqu’il s’exprime en position

d’infériorité, en posant une question ou en formulant une requête. Dans la deuxième relation, le locuteur ne cherche pas

à agir directement sur l’interlocuteur, mais à exprimer sa propre position par rapport au propos énoncé : il s’agit là d’une

modalisation subjective, où le locuteur fait apparaître dans son discours ses connaissances, ses jugements, ses

motivations, son engagement, ou encore son statut et sa prise de décision. C’est ainsi que le propos référentiel prend

place dans l’univers mental du loc

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Scienze antichità, filologico-letterarie e storico-artistiche L-LIN/04 Lingua e traduzione - lingua francese

I contenuti di questa pagina costituiscono rielaborazioni personali del Publisher giotrosaio di informazioni apprese con la frequenza delle lezioni di Lingua francese II e studio autonomo di eventuali libri di riferimento in preparazione dell'esame finale o della tesi. Non devono intendersi come materiale ufficiale dell'università Università degli Studi di Roma La Sapienza o del prof Floquet Oreste.
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