Analyse du discours de presse
Introduction à l'analyse du discours de presse
Analyser le discours de presse, ce que l’on va aborder :
- Domaine de l’analyse du discours (branche de la linguistique)
- Qu’est-ce qu’est la « presse » ?
- Pourquoi est-il important d’analyser le discours de presse ?
- Chaque fois que l’on a besoin de connaitre un événement, on va de suite chercher des journaux en ligne.
- Mais comment l’information est-elle véhiculée ?
Aspects de l'analyse du discours de presse
On va s'interroger sur :
- Identité éditoriale
- Normes de l’écriture journalistique
- Genres journalistiques
- Fonction de l’« interdiscours »
- Genres du journalisme
- Type de récit
- Discours professionnel
- On vous sera demandé d’élaborer un corpus (choisir un ou deux articles), sur lequel appliquer ce que l’on va étudier.
Histoire de l'analyse du discours
Althusser (1974) considère les médias comme un « appareil idéologique de l’État ». Années où l'on analyse le langage politique et les idéologies (marxisme, socialisme, etc.). À partir de là, on commence à s’interroger aussi sur la presse. Dans les années ’80–’90, suite à l’essor des sciences de l’information et de la communication, on place les médias comme objets de recherche linguistique et sociale. La presse reste prépondérante dans les corpus de ces études. L’étiquette et la catégorie de « discours journalistique » émerge en même temps que s’affirme la sociologie du journalisme, c’est-à-dire dans les années 1990. On parle donc d’approche « sociodiscoursive » du journalisme. En Angleterre, on parle de « media studies », « journalism studies », les deux issus des « Cultural studies ».
Autour du terme « discours »
Différence entre énoncé et discours… C’est un terme récent : il suffit de penser que Saussure, dans son « cours de Linguistique générale » (1916) ne le mentionne pas. L’analyse du discours à proprement parler naît dans les années 1970. Analyser un discours signifie prendre en compte les relations qui s’établissent entre :
- Énonciation (« la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation », Benveniste, 1974 : 80)
- Énoncé (le résultat de l’acte d’énonciation)
Ex. : on peut avoir le discours de presse, le discours féministe, le discours politique, etc. Analyser le discours de presse signifie donc prendre en compte le contexte de production de ce langage, son aspect sociologique, social, politique, culturel, etc. Dans cette analyse, il ne faut pas oublier le contenu.
Différences dans l'énonciation
- Énonciation textuelle : Investigation des énoncés journalistiques, analyse iconique (photographies, infographies), analyse verbale, étude de l’organisation d’un texte, de sa mise en forme.
- Énonciation éditoriale : « Texte second », pas ces mots de la langue, analyse de tout ce qui sert de support à l’écriture.
Lorsque l’on analyse le discours de presse, il faut toujours garder en tête ces différences.
Différences entre lecteur et analyste
- Si le lecteur lit la presse, l’analyste étudie le corpus.
- Différences entre parole publique et parole journalistique (les discours politiques et sociaux sont élaborés et retravaillés par les journalistes).
Identité et fonction dans le journalisme
Définition de l’identité d’un journal : journalisme et média, la fonction de l’interdiscours. Différence entre « journal » et « presse » : le journal peut être télévisé, en ligne, radio ; la presse implique l’impression du journal. Par contre, on a aussi la « presse en ligne », la presse classique mais dans un format numérique. Il y a des journaux qui naissent en ligne : ce sont les « pure players » (ils sont une minorité) ; mais il y a surtout les journaux qui sont imprimés et également mis en ligne. Les journaux en ligne offrent la possibilité de cliquer sur des liens ; ils renvoient à blogs ; ils sont « interactifs ».
Caractéristiques des journaux imprimés et en ligne
| Imprimé | En ligne |
|---|---|
| Il peut être gratuit ou payant | Il peut être gratuit, payant ou mixte |
| Quotidiens, hebdomadaires, mensuels, trimestriels | Fil d’actualité, temps réel, actualisation directe des contenus |
| National, régional | National, régional, ville quartier |
| Slogan avec devise (Figaro) | « Qui sommes-nous » |
| Pagination : volume, pages, segmentation | Pagination : arborescence, hyperliens, portails |
| Les rubriques sont fixes et ponctuelles | Les rubriques sont fixes, ponctuelles et mixtes |
| Iconographie : photos, dessins, infographie, habillage graphique | Iconographie : photos, dessins, infographie, habillage graphique + visuels interactifs |
| Discours rapporté : dispositif de citation des sources | Discours rapporté : dispositif de citation des sources + liens |
| L’interactivité : rubriques des lecteurs, complémentarité papier | L’interactivité : dispositifs d’interactivité, commentaires, blogs, réseaux sociaux, coopération de l’internaute |
| La « Une » est la première page | La « Une » correspond à la home page |
En tout cas, tous les deux expriment une identité précise et ont un style incitatif et informatif. En outre, ils représentent une hiérarchisation et une thématisation des informations. Ils possèdent une périodicité de parution, une sorte de rendez-vous avec le lectorat. L’identité de deux ressorts à travers la comparaison avec les autres journaux.
Écriture journalistique : professionnelle ou personnelle ?
Chaque journal a son identité, qui ressort aussi du style de son écriture. Ce style est le résultat d’un balancement entre les règles d’écriture en vigueur dans la profession et celle des normes propres et spécifiques des journaux. Chacun fait ses choix stylistiques en fonction des paramètres qui le déterminant : sa périodicité, le public visé, son image identitaire. À propos de l’image identitaire, il ne faut pas oublier que les journaux sont « gérés » par des institutions politiques, syndicales, associationnelles, etc. Il existe une dimension polyphonique à l’intérieur des journaux : auteurs externes (intellectuels, scientifiques, experts, etc.).
Quelques précisions sur l'histoire du journalisme
La presse a permis la naissance d’un espace public. La quotidienneté de la presse s’établit durant la Révolution française. Selon Charron et Bonville, l’histoire du journalisme est scandée selon quatre grandes périodes :
- Journalisme de transmission (XVII siècle)
- Journalisme d’opinion (XVIII siècle)
- Journalisme d’information (XIX siècle)
- Journalisme de communication (XX siècle)
Journalisme et médias
En principe, journalisme et médias sont deux choses différentes. Toutefois, de nos jours leur liaison – et parfois leur fusion – est évidente. Banalisation d’Internet. Mélange de la sphère publique et de celle privée (Facebook, Instagram, Twitter, etc.). Tendance à ne pas faire confiance à la presse en ligne.
L'interdiscours dans le journalisme
La presse n’est jamais un discours à soi. Il y a l’intervention d’autres discours (politique, économique, social, etc.). Cette interdiscursivité n’existe pas seulement à l’intérieur du journal, mais aussi entre les journaux, entre journaux et médias, entre journalisme et autres discours sociaux. Quel que soit l’interdiscours, il s’établit toujours entre trois instances fondamentales : les professionnels (pairs), les sources et le public (le lectorat).
Discours constituant et discours second
Maingueneau et Cossutta divisent le monde du discours en deux catégories :
- Discours constituants, formulés et reçus à l’intérieur d’une communauté restreinte : discours philosophique, littéraire, religieux, scientifique.
- Discours « non constituants » ou second : le journalisme, qui aborde les discours constituants.
La question de la légitimité
Vu que le journalisme est un genre non constituant, est-il légitime ? Il doit aborder des discours sérieux sans apparaître savant. Il puise le matériel des discours scientifiques, mais il les personnalise selon son système des valeurs, selon le contenu de l’information, de l’intérêt public et du niveau d’actualité. Par exemple, une nouvelle qui dans le monde de la médecine est de premier plan, sur « Le Monde » sera dans les dernières pages. Rôle de l’État.
Histoires des journaux français
L'histoire de « Le Monde »
Né à la toute fin de la 2e Guerre Mondiale, en 1944, par Hubert Neuve-Méry (journaliste, fondateur aussi de « Le Monde Diplomatique »), Le Monde a été en ligne depuis le 19 décembre 1995. Il contient quasiment tous les contenus de son format papier. Il a la particularité d’être imprimé et diffusé à Paris en fin d’après-midi, daté du lendemain. Il est un journal de référence et à l’étranger. Il est de centre-gauche. Son PDG est une femme : Isabelle André ; son genre est généraliste, son format berlinois, sa périodicité quotidienne. Le prix au numéro est 2,50€ (dimanche-lundi à vendredi inclus), 4,20€ (samedi). La ville d’édition est Paris.
L'histoire de « Le Parisien »
« Le Parisien libéré » a été créé le 22 août 1943. Il a été fondé sous forme de coopérative ouvrière par Émilien Amaury, Robert Buron, Jean Hellen, Félix Garras, et Claude Bellanger. Le PDG est Stéphane Albouy. La ligne éditoriale est de droite, gaulliste, mais il se dit de centre. Le genre est généraliste, le format tabloïd (moitié du format traditionnel), la périodicité est d’un quotidien régional. Le prix au numéro est 1,30€. « La Parisienne » : tous les premiers samedis du mois ; « Le Parisien économie » : tous les lundis. Ville d’édition : Saint-Ouen.
L'histoire de « Le Figaro »
Né durant le règne de Charles X, il est le plus ancien des quotidiens français. Il est né en 1826 comme journal satirique de Paris, grâce au chansonnier Maurice Alhoy et un écrivain et politique, Étienne Arago. Depuis 2004, il appartient à l’industriel et sénateur Serge Dassault. Il bénéficie de subventions de la part de l’État français. Le PDG est Alexis Brézet. Sa périodicité est d’un quotidien, le format berlinois, le genre généraliste/d’opinion. Le prix au numéro est 2,40€ ; 5,30€ le vendredi et le samedi avec « Le Figaro Magazine » et ses suppléments du week-end. Son nom vient du personnage de Beaumarchais, dont il met en exergue la réplique : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».
L'histoire de « Charlie Hebdo »
Créé en 1970 pour remplacer la version hebdomadaire d’Hara-Kiri, qui venait d’être interdite, il a été fondé par François Cavanna et le professeur Choron. Il est publié régulièrement jusqu’en 1981. Défenseur acharné de la liberté de la presse, sa position est une gauche critique issue de Mai 68, libertaire. Il cesse de paraître dès 1982 à 1992, après il se renouvelle. Le 7 janvier 2015, un attentat perpétré par les frères Kouachi tue 12 personnes, dont huit collaborateurs de l’hebdomadaire. Le numéro qui suit l’attentat vend 8 millions d’exemplaires et il passe en mois d’un mois de 10.000 à 200.000 abonnés. Il est presse satirique. Le prix au numéro est 3€, l’éditeur « Editions Rotative », ville d’édition Paris, le directeur de publication et de rédaction Riss, le rédacteur en chef Gérard Biard.
L'histoire de « L'Express »
L’Express est un magazine d’actualité hebdomadaire français ; il a été créé en 1953 par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud comme supplément politique du journal libéral « Les Échos ». Depuis mai 2011, « L’Express » est vendu dès les mercredis à Paris, et le jeudi dans le reste de la France. Son genre est généraliste, le prix au numéro est 4,50€, l’éditeur Groupe « L’Express », la ville d’édition Paris, les propriétaires Patrick Drahi et Marc Laufer, le directeur de publication Guillaume Dubois.
L'histoire de « Le Point »
Fondé en 1972, son modèle générique est celui du magazine américain « Time », fondé dans les années 1920. « Le Point » est créé par une équipe de journalistes qui avaient quitté, une année plus tôt, la rédaction de « L’Express ». Il s’appuie financièrement sur le groupe Hachette, et sa ligne éditoriale est conservatrice et libérale. Sa périodicité est hebdomadaire. Prix au numéro : 4,50€ ; ville d’édition Paris, le propriétaire Artémis, le directeur de publication Étienne Grenelle, le directeur de la rédaction Sébastien Le Fol.
L'histoire de « Le Nouvel Observateur »
Fondé le 19 novembre 1964 par d’anciens résistants – Gilles Martinet, Roger Stéphane, Claude Bourdet et Hector de Galard de Combat et la collaboration de Jean-Paul Sartre, l’Obs est un hebdomadaire français d’information générale de gauche. Héritier de « L’Observateur politique, économique et littéraire », il est né en 1950. Il bénéficie de subventions de la part de l’État français. Prix au numéro : 3,90€ ; ville d’édition : Paris.
La valeur marchande de la presse
La presse classique se fonde sur le principe de « double marché » : le marché des lecteurs et le marché des annonceurs. Pourquoi le lien entre information et publicité ? L’information est devenue un bien qui s’achète et se vend ; pour être de qualité, la presse doit se servir de la publicité. Si l’on est en présence d’un journal (qu’il soit imprimé ou en ligne) sans publicité, l’information ne sera pas de haute qualité. Ces journaux gratuits se servent souvent des nouvelles déjà utilisées par d’autres journaux payants ; aujourd’hui les journaux imprimés sont payants pour la plupart. Les journaux en ligne deviennent un support à part entière avec ses propres modalités énonciataires. Les journaux en ligne se distinguent entre : gratuits, payants et mixtes.
Aide publique (de l’État)
Certains journaux sont financés par l’État. L’argent public devient alors un autre facteur de revenus. Si d’un côté cela assure une certaine qualité de l’information, de l’autre cela représente un contrôle de l’État sur l’information, qui devrait être au contraire libre. On distingue entre aides directes (argent direct) et aides indirectes (réduction de la TVA et aides sociales). C’est la Commission paritaire qui décide quel journal financier (journaux financés : Le Monde, Le Figaro, Ouest France, La Croix, Libération).
Critères d’éligibilité pour les subventions de l’État
- Apporter de façon permanente sur l’actualité politique et générale, locale, nationale ou internationale, des informations et des commentaires tendant à éclairer le jugement des citoyens.
- Consacrer la majorité de leur surface rédactionnelle à cet objet.
- Présenter un intérêt dépassant d’une façon manifeste les préoccupations d’une catégorie de lecteurs.
La notion de « gatekeeping »
Élaborée par Kurt Lewin (1947), c’est un filtre d’information : la personne, l’organisme et le processus qui ont le pouvoir de décider ce qui constitue ou non une information, ce qui sera diffusé ou non.
Filtrage à trois niveaux
- Niveau individuel : le journal
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