Fondements de la linguistique
Apprendre une langue ne signifie pas seulement apprendre les règles et la grammaire, mais aussi comprendre comment la langue fonctionne et réfléchir sur son fonctionnement. L'étude de la linguistique devrait aider à comprendre les phénomènes linguistiques qui surgissent dans le discours.
Les fonctions de la langue
En plus, la langue ne sert pas seulement à communiquer quelque chose, mais aussi à parler de soi-même. En effet, une des six fonctions théorisées par Jacobson, la fonction référentielle, désigne la fonction la plus importante de la langue, c’est-à-dire parler de choses qui existent, désigner un élément de la réalité ; mais la langue a aussi la fonction métalinguistique, c’est-à-dire la capacité de la langue de parler de et réfléchir sur soi-même.
La linguistique dans l'espace et le temps
La linguistique a pour objet de description les langues naturelles dans l’espace et dans le temps. En effet, chaque langue diffère par rapport au lieu : par exemple, le français n’est pas toujours le même dans les espaces francophones, mais à cause de raisons historiques et coloniales, on a eu la formation de variétés de la langue (aussi à cause du sexe, âge, travail, niveau de scolarité, etc). La sociolinguistique et la linguistique de la variation s’occupent d’étudier la variation des langues dans l’espace, ce qu’on appelle la variation diatopique.
Deuxièmement, une langue est une entité vive, donc son histoire doit servir à faire l’étude de l’évolution de la langue dans le temps.
Nature de la linguistique
La linguistique a une double nature, une nature théorique et une nature empirique. En ce qui concerne la nature théorique, cela signifie que l’étude de la langue doit prévoir l’étude des règles qui gouvernent son fonctionnement. La langue a une nature empirique parce qu’elle décrit des phénomènes linguistiques dont nous sommes entourés quand nous parlons (nous sommes plongés dans des situations de communication qui nous obligent à pratiquer ces règles). La langue se manifeste à travers l’énonciation, c’est-à-dire l’acte individuel d’utilisation de la langue ; la linguistique est donc l’ensemble des phénomènes linguistiques que les linguistes recherchent.
Historique de la linguistique
L’essor de la linguistique remonte à l’antiquité (Platon, Aristote) : les philosophes se sont toujours interrogés sur le rapport entre la langue (= système de signes), le monde (= la réalité) et la pensée, mais c’est avec Saussure que la linguistique nait comme science. Est-ce que la faculté de parler précède la pensée? Au XVIIe siècle, les philosophes jansénistes croyaient que la pensée préexistait à la langue : les grammairiens de Port Royal croyaient qu’il y avait déjà une pensée bien structurée qui formait l’énonciation. Au début du XXe siècle, Ferdinand de Saussure met en cause ce principe : pour la linguistique moderne, la pensée est une masse amorphe, c’est la langue en tant que système qui permet à la pensée de prendre une forme.
La date de parution du "Cours de Linguistique Générale" est 1916, qui représente aussi le début de la linguistique moderne : jusqu’au XIXe les linguistes (historiques) s’étaient occupés de l’histoire des langues pour remonter à une langue mère qui avait engendré toutes les autres (l’indo-européen). En fait, Saussure n’a pas écrit un mot du "Cours de Linguistique Générale" : entre 1906 et 1911, il avait donné des cours de linguistique à Genève et deux de ses élèves, Charles Bally et Albert Sechehaye, ont rassemblé ses notes et ils les ont publiées.
Idées principales du cours de Saussure
L’idée maîtresse qui ressort du "Cours de Linguistique Générale" est que la linguistique est une science qui s’inscrit dans une science plus générale que Saussure appelle sémiologie. Selon Saussure, « la sémiologie étudie la vie des signes au sein de la vie sociale ». Si nous parlons, c’est en vertu de conventions sociales : les règles qui permettent la communication sont partagées par tous. Pour l’autonomie de la science linguistique, il faut définir ses tâches, qui font d’elle une science autonome et indépendante.
Le véritable objet de la linguistique n’est pas le langage, mais la langue. Le langage est une faculté universelle qui nous a été donnée par la nature : la nature nous a pourvus d’une série de caractéristiques et d’aptitudes physiologiques et cognitives pour exercer cette faculté. Donc le langage est la faculté de mettre à l’œuvre l’ensemble des conventions symboliques qui composent la langue, tandis que la langue est un produit social.
Selon Saussure, la langue est un système de signes ; les signes de la langue sont des symboles ; contrairement aux indices et aux icônes, les symboles sont conventionnels. Les linguistes qui avaient précédé Saussure considéraient les langues comme des nomenclatures, une taxonomie, c’est-à-dire qu’à chaque mot correspond une chose dans la réalité (correspondance univoque). Cela est un point critique pour Saussure (si les langues étaient nomenclatures, la syntaxe n’existerait pas), qui croit que, au sein de la sémiologie, la langue est un système de signes. Un système est un ensemble d’éléments qui ne sont pas isolés, qui communiquent entre eux et entretiennent des rapports de complémentarité ou d’opposition.
Oppositions conceptuelles chez Saussure
Dans la première partie du "Cours de Linguistique Générale", Saussure met en évidence des couples d’opposition, des catégories notionnelles :
Langue vs parole
La langue est un système abstrait ou virtuel, clos (= fermé) et se réalise pratiquement dans la parole ; c’est un fait social (= collectif), essentiel (= permanent) et enregistré passivement (= intériorisé). La parole est constituée par l’ensemble des réalisations ou actualisations concrètes de la langue ; c’est un fait individuel (chaque réalisation est à elle-même), accidentel, et un acte volontaire. Saussure compare langue et parole à une symphonie : la langue est la partition de la symphonie alors qu’on peut jouer avec la parole. Saussure établit la primauté de la langue sur la parole, mais cela ne signifie pas forcément qu’il n’a pas pensé à une linguistique de la parole, tout simplement son projet n’a pas eu une origine. Il faut attendre les années 60 et 70 pour que naisse une véritable linguistique de la parole, avant étouffée par le courant pragmatique et les théories cognitives des années 30, 40 et 50, qui s’est développée grâce à Émile Benveniste, qui s’est basé sur la notion d’énonciation.
Linguistique interne vs linguistique externe
Quand on étudie une langue, plusieurs variables interviennent ; elles peuvent être internes (conditions nécessaires) ou externes (historiques, sociologiques, anthropologiques, cognitives ; elles ont une influence dans le langage). Comme la linguistique interne étudie la langue comme un système de signes, la linguistique interne prédomine sur la linguistique externe.
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