Introduction à la pragmatique linguistique
La pragmatique linguistique est née au XXe siècle. Le père de cette discipline est Ferdinand de Saussure avec le "Cours de linguistique générale", 1972. Il commence à penser à la linguistique comme une partie de notre quotidienneté. Il y a l'inauguration d'une façon de concevoir les faits de langue et l'introduction de la linguistique dans le paysage scientifique. La linguistique naît au moment où les États-Unis envahissent le Vietnam.
Ferdinand de Saussure dit que la langue est différée de la parole. La langue exprime des "faits de la langue" tandis que je prononce la parole parce que je veux faire quelque chose. Nous sommes capables de comprendre l'implicite d'une phrase qui cache une signification implicite : "il fait chaud" se traduit comme "est-ce que tu peux ouvrir la fenêtre ?"
Langue et parole
La langue est un ensemble abstrait d'unités qui forme un système autonome. Elle est l'objet de l'analyse linguistique structurale définie par De Saussure. Ses dépositaires sont les dictionnaires.
La parole est une actualisation singulière de la langue dans un contexte particulier. Cette manifestation individuelle de la langue fait le discours, la langue en fonctionnement. Les trésors de la parole sont les discours.
| Langue | Discours |
|---|---|
| Ce qui est collectif | Ce qui est individuel |
| Ce qui est répertorié | Ce qui est accidentel (une partie du répertoire) |
Selon Saussure, l'objectif de la linguistique est d'écarter tout ce qui est étranger à son organisme, à son système, en un mot tout ce que l'on désigne par le terme « linguistique externe ».
Linguistique interne et externe
Linguistique externe : déterminations externes (historiques, sociales, géographiques).
| Compétence | Performance |
|---|---|
| Ensemble des règles linguistiques intériorisées par les locuteurs d'une langue. | Elle correspond à un acte d'utilisation individuel et singulier de la langue. |
Par la priorité accordée à la compétence, le linguiste entend étudier la grammaire interne commune à tout locuteur (linguistique interne). La langue est un code sémiotique.
À partir des années 1970, il y a trois questions à la base de la linguistique :
- Que faisons-nous lorsque nous parlons ?
- Pourquoi certains énoncés sont-ils susceptibles d'interprétations différentes ?
- Et à propos de l'implicite ?
Ces questions font appel à la pragmatique. Elle est née d'horizons différents (logique, philosophique et linguistique) et elle s'intéresse à la notion de sens. La pragmatique s'efforce de trouver les moyens d'analyser et de comprendre pourquoi l'énoncé "J'ai mal à la tête" engendre, selon son contexte d'occurrence, des interprétations différentes.
| Contexte d'occurrence | Interprétation |
|---|---|
| Soirée agrémentée de musique | La musique est trop forte |
| Conversation un peu houleuse | Tais-toi, tu parles trop |
| Un enfant sur le chemin de l'école | Je ne veux pas aller à l'école |
| Chez le médecin | "Interprétation 0" supplément d'information |
Le contexte exige, donc, de prendre en compte des données non linguistiques et fournit l'interprétation complète de l'énoncé dont cherche à rendre compte la théorie pragmatique — c'est le contexte.
Pragmatique et sémantique
La sémantique traite la relation entre la chose et le signe (le micro et le mot "micro") et s'attache au contenu descriptif sémantique des énoncés.
La pragmatique s'intéresse à la relation entre le signe et son utilisateur. Elle emploie ce signe-là pour faire quelque chose (c'est ça qui intéresse la pragmatique).
La pragmatique intéresse aussi les psycholinguistes et les sociologues et met en avant le rôle de la connaissance du monde dans l'accès au sens non explicite. Le sens pragmatique est une unité complexe qui porte à la fois sens et référence : sens parce qu'elle est informée de signification; référence parce qu'elle se réfère à une situation de communication donnée, la situation donnée on l'appelle aussi.
Elle introduit un sujet, un individu parlant et agissant par le discours sur son interlocuteur. Le sujet est acteur d'un faire, en parlant il réalise des actes de langage qui modifient le réel.
La pragmatique s'attache aux conditions d'utilisation de l'énoncé :
- Contexte
- Le moment — conditions temporelles
- Pourquoi ?
- Vers qui ?
Acte perlocutoire : en prononçant une phrase, je fais quelque chose : "Je m'excuse".
Sens explicite vs sens non explicite
La situation de communication peut être en présence ou différée.
En présence
Le locuteur s'adresse à un interlocuteur présent.
Différée
Le locuteur s'adresse à un récepteur absent (publicité), le récepteur correspond à une représentation, à une image idéale de la cible que le locuteur tente de convaincre. Le récepteur aura une participation de type comportemental (il achète ou pas le produit).
Le locuteur est un être physique, doté d'un certain nombre de propriétés psychologiques et sociales appartenant à la situation de communication dans laquelle il se trouve en interaction avec l'interlocuteur (cas de situation de communication en présence).
Exemples de situation de communication
- Le locuteur s'adresse à un interlocuteur présent : dialogue.
- Le locuteur s'adresse à un récepteur absent : le locuteur met en scène un énonciateur.
L'énonciateur est un être linguistique, distinct du locuteur, porteur d'un point de vue construit dans l'énoncé. Chaque énonciateur est en relation avec un co-énonciateur ou destinataire.
| Les différents rôles en jeu | Exemples |
|---|---|
| Locuteur | Être physique |
| Énonciateur | Être de parole qui s'exprime dans le discours |
| Récepteur | Consommateurs de produit : les hommes d'affaires |
| Agence de publicité, une entreprise | Nous vs vous |
Le locuteur met en scène un énonciateur et construit, plus ou moins explicitement, son destinataire. L'exemple du discours touristique :
| Rôle | Exemples |
|---|---|
| Locuteur | Télé-Québec |
| Énonciateur | Boucar Diouf |
| Destinataire absent | Téléspectateur (public québécois) |
| Objectif nord | Rôle social de l'énonciateur |
| Internaute (public international francophone) | L'énonciateur offre au destinataire son expérience |
En ce cas, le locuteur met en scène une situation d'énonciation dans laquelle il donne à voir un univers de représentation avec sa propre scénographie. L'énonciateur est ainsi construit par le locuteur. Le destinataire/récepteur absent correspond à une représentation, à une image idéale à qui le locuteur, par le biais de l'énonciateur, fournit une représentation du monde (le grand nord). Cette représentation peut être sincère (sens explicite) ou insincère (sens non explicite).
Les conditions d'utilisation des énoncés
Par rapport au « discours touristique » :
Le propre d'une communauté sociale est de produire des discours pour justifier ses actes. Une communauté peut donc construire son discours sur l'autre pour légitimer son action et pour défendre le système de valeurs qu'elle s'est donnée.
Le lieu des conditions de production du discours
La MM est une entreprise, ses travailleurs ont un statut et des fonctions (directeurs, chefs de rédaction, producteurs). Dans cet espace on décide :
- La hiérarchisation du travail
- Les modes de financement et recrutement
- Les choix de programmation
Les buts sont :
- Mettre le produit/information à la portée du plus grand nombre
- Déclencher chez le public un acte de consommation
- Étudier les prix, la diffusion, les circuits de distribution du produit
Les acteurs dans cet espace sont : les journalistes, les réalisateurs, les rédacteurs en chef qui conceptualisent ce qu'ils vont mettre en discours à l'aide des moyens techniques dont ils disposent.
Des autres buts sont :
- Produire un discours en fonction de la visée de sens vis-à-vis d'un destinataire idéal
- La cible (destinataire idéal) est supposée être réceptive à la visée envisagée
Le producteur d'information
- Télé-Québec
- Projet de société : faire la promotion du grand nord québécois
- Répond à une demande du Ministère du Tourisme et du Ministère de l'économie
Le locuteur
Boucar Diouf, rôle social du locuteur. Le locuteur offre à son destinataire son expérience individuelle, subjective et autobiographique (carnet du voyage). Le locuteur construit l'énonciateur qui s'exprime par un « je », il s'agit d'un narrateur qui raconte l'histoire.
Énonciation et pragmatique
L'énonciation (Problèmes de linguistique générale, 1966) pour Émile Benveniste est la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation. Dans les années '60, l'objet de la linguistique devient l'énoncé comme résultat d'une activité humaine.
Les formes qui désignent la personne, le temps et le lieu sont les formes principales étudiées par la linguistique énonciative. Toutes permettent de poser la question de la relation des signes à la réalité. Le monde entre dans la linguistique. Le monde est convoqué pour bien interpréter la parole. Étude de l'architecture externe de la langue.
L'énoncé est la production linguistique effective résultant d'un acte de parole et d'un contexte singulier : il est un résultat, il est le produit d'une pratique linguistique et sociale et il est dépourvu d'autonomie.
L'énonciation est donc l'acte de fabrication d'un énoncé. Cet acte est indissociable d'un lieu, d'un moment et d'un locuteur qui s'adresse à un interlocuteur. L'énonciation est une activité de fabrication d'un énoncé caractérisé par des indices qui renvoient à cet acte de mise en scène.
L'énoncé résultant d'un acte d'énonciation est l'objet d'une intention attribuable à un sujet (à son auteur) et il s'accomplit dans un lieu et à un moment donné. L'énoncé résultant intègre ces informations qu'il revient au linguiste de décrire et expliquer en tant que traces de l'activité énonciative et comme voie d'accès au sens.
La communication selon Roman Jakobson
Dans la communication, il y a un destinateur et un destinataire, qui sont des êtres physiques avec leurs caractéristiques sociales et psychologiques :
| Destinateur | Destinataire |
|---|---|
| À l'origine d'une activité de production | À l'origine d'une activité d'interprétation |
Les deux sont unis par une intention de communication particulière. Ils peuvent être en situation de face-à-face ou distants dans l'espace (communication téléphonique) et le temps (communication épistolaire). L'énoncé porte les marques de ces variations de situation. Le message est influencé par le contexte. Il y a d'autres facteurs qui jouent présents ou absents, réels ou imaginaires, inscrits dans la situation de communication.
Je/tu versus il
Je (nous), tu (vous) dépendent du procès d'énonciation. Ils renvoient directement à la situation d'énonciation dans laquelle est l'être qui parle et l'être à qui s'adresse. Moi, toi, vous, votre reviennent également à la situation d'énonciation.
Il repose sur une référence indépendante des données situationnelles. Il s'appuie sur un syntagme nominal présent dans le contexte linguistique.
La notion de situation
| Situation de communication | Situation d'énonciation |
|---|---|
| Renvoie à l'environnement extralinguistique dans lequel se trouvent des êtres physiques | Renvoie à l'appareil formel de l'énonciation. Elle relève d'une mise en scène et se caractérise par des marques langagières construisant des êtres linguistiques. |
Exemple, en publicité : l'agence est à l'origine du message publicitaire, le consommateur potentiel est bien en position d'interlocuteur.
Les scènes
| Englobante | Générique | Scénographie |
|---|---|---|
| Concerne les types de discours (littéraire, politique, publicitaire, religieux). Chaque scène englobante construit le statut de ses partenaires. | Se trouve en dessous de la scène englobante. On parle alors de genre littéraire, par exemple, qui permet de délimiter une zone précise de la scène englobante. | Elle permet d'observer la manière dont tel discours est "mis en scène", tel qu'il s'offre au destinataire. Nous trouvons un énonciateur, un co-énonciateur, un chronographe (un moment) et une topographie (un lieu) d'où surgit le discours. |
L'analyse
| Englobante | Générique | Scénographie |
|---|---|---|
| Scène littéraire | Roman épistolaire | Est-ce par quoi ce texte se donne au lecteur. On peut donc dire qu'il s'agit d'un discours amoureux, plein de marques d'investissement subjectif (un être qui souffre). |
De l'énonciation au sens
L'énonciation est une activité de fabrication d'un énoncé caractérisée par des indices qui renvoient à cet acte de mise en scène. Les indices concernent : la subjectivité (le sujet, l'énonciateur), le temps, l'espace et l'action. L'analyse de ces marques est nécessaire pour interpréter tout énoncé.
Les indices qui renvoient à l'acte de mise en scène d'un énoncé constituent une voie d'accès au sens. Donner la juste valeur aux formes linguistiques d'un énoncé veut dire mettre en relation le dire avec un extérieur dont il dépend (contexte situationnel). La production et l'interprétation d'un énoncé se réalisent sans un cadre interpersonnel qui définit le sens comme une co-construction.
Le locuteur se sert des pronoms personnels pour mettre en scène l'information. Dans son discours, il détermine sa relation avec les différents participants de l'acte langagier et avec le propos lui-même.
Les 3 interprétations de "nous"
| La personne : Nous | Exemples |
|---|---|
| Inclusif : désigne l'énonciateur + le co-énonciateur (je + tu + vous) | Ne passons pas à côté des choses simples |
| Exclusif : je + il + tu à l'exclusion de vous | Nous civilisons la micro-informatique |
| Collectif ou de majesté, de modestie : un "nous" qui désigne seulement l'énonciateur | Nous analysons dans cet article le thème de l'argent |
Les 2 interprétations de "vous"
| La personne : Vous | Exemples |
|---|---|
| Désigne par le vouvoiement un co-énonciateur conçu comme une somme de "tu" | Venez, passez par ce chemin pour vous approcher |
| Il recouvre plusieurs référents de seconde personne (tu+tu+tu) | Nous parlons, vous écoutez |
Le pronom "on"
| La personne : On | Exemples |
|---|---|
| Il n'assume que la fonction sujet | On me parle en anglais |
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