Le contrôle linguistique : clarté, pureté, soumission de la langue
En 1635, la création de l’Académie Française est réalisée par Richelieu, à partir d'une 'association mainmise amicale' née en 1629, réunissant des érudits et des lettrés amoureux de langage. Cela indique la direction non seulement pour l'Académie, mais aussi pour la politique linguistique de la France à partir de ce moment.
Objectifs de l'Académie
Le but recherché était une nouvelle définition de la langue française : règlement de ce que nous appellerions aujourd'hui l'« élocution discours », ordre interne au système et pureté. Parler d’élocution signifie que ce n’est pas seulement la langue dans sa structure (grammaire, lexique) qui fait l’objet de l’attention des Académiciens, mais tout ce qui règle le discours et l’éloquence, particulièrement prisée par un pouvoir qui a besoin d’imposer sa volonté absolue.
Le projet de Faret est parlant à ce propos : « (...) notre langue plus parfaite déjà que pas une des autres vivantes, pourrait bien enfin succéder à la Latine, comme la Latine à la Grecque, si on prenoit plus de soin qu’on n’avait fait jusqu’ici de l’élocution, qui n’était pas à la vérité toute l’éloquence, mais qui en faisait une fort bonne et fort considérable partie » (cit. dans CHAURAND, p. 234).
Le rôle de la langue française
Faire du français la langue nationale et internationale, et pour ce faire travailler à le rendre clair et pur : voilà pour le projet politique et idéologique. Bien sûr, aucun projet politique ne pourrait vraiment réussir sans qu'une culture ne soit déjà prête à l’accueillir. Le besoin d’ordre et de rationalisme traverse la réflexion littéraire et linguistique depuis la Renaissance. Mais si l’ordre était recherché, il l’était selon des esthétiques différentes, alors que ce sera uniquement la classique à s’imposer.
La notion de pureté
D’ailleurs, quoi de plus ambigu que cette notion de pureté qui s’impose ; la pureté est en même temps morale et intellectuelle. Le Traité sur le style de Mauvillon (1751, un siècle plus tard) insiste sur cette idée de corruption de laquelle il faut sauver la langue française :
« Quant à leurs fonctions (celles des Académiciens) qu’elles seroient de nettoyer la langue des ordures qu’elle avait contractées, ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais (le Parlement, qui est, rappelons-le, un Tribunal) et dans les impuretés de la chicane (encore une fois, le langage juridique), ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, ou par l’abus de ceux qui la corrompent en l’écrivant… » (Cit dans CHAURAND, p. 235).
La querelle du Cid
Dans la Querelle du Cid (affaire de jalousies littéraires, mais très significative du rôle que désormais le pouvoir politique va recouvrir dans cette question), les principaux griefs adressés à Corneille sont de type linguistique : concordance des temps verbaux et leur cohérence avec l’unité de temps de la pièce (peut-on dire « la lettre que j’écrivis hier » ? Non, car 24 heures ne sont pas passées) ; phrase « louche » (qui donne lieu à des ambiguïtés de type trivial).
La création littéraire comme affaire d'État
La leçon essentielle que l’on tire de cette question est la suivante : la création littéraire est désormais affaire d’État, et elle va l’être à partir de ce moment, quel que soit le pouvoir (Monarchie Absolue, Révolution, Roi Citoyen, Empereur, Troisième République). Elle l’est en partie encore, en positif et en négatif. En positif, car la littérature continue de constituer pour tout français un facteur d’identification nationale, un lieu de reconnaissance et de valeurs communes. En négatif, évidemment.
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