Erectus 3800 punti

Zola: L’alambic - Amnalyse du texte


Texte à analyser


« Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant de l’heure. Mais ils ne sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d’aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour ; et le zingueur, qui l’avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l’appareil, montrant l’énorme cornue d’où tombait un filet limpide d’alcool. L’alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes accompagné de ses deux camarades, était venu s’accouder sur la barrière, en attendant qu’un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu’on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l’emplir, lui descendre jusqu’aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même. L’alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d’alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris. Alors, Gervaise, prise d’un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant : - C’est bête, ça me fait froid, cette machine… La boisson me fait froid… »

D’après L’Assommoir


Introduction au texte


Dans ses romans, Zola décrit la réalité contemporaine avec la précision des sciences expérimentales, en tournant son intérêt surtout vers les milieux populaires, les plus dégradés où des cas pathologiques sont très fréquents, Dans L’Assommoir, par exemple, Zola montre comment l’alcoolisme est la cause de la ruine des deux protagonistes, même si au début ils cherchent à s’en sortir et pour cela il nous donne un exemple très significatif du naturalisme
L’extrait que nous allons analyser est tiré de L'Assommoir, où Zola veut étudier les conséquences négatives de l'alcoolisme dans le milieu ouvrier parisien du Second Empire. Ce passage se situe vers le début du roman. Gervaise, abandonnée par Lantier, son amant, vit seule avec ses deux enfants. Un jour, dans un bistrot, elle rencontre un jeune ouvrier zingueur, Coupeau, et elle imagine que sa vie va peut-être changer. Elle fait des projets pour son avenir : elle voudrait travailler tranquille, pouvoir manger du pain tous les jours, avoir un endroit propre pour dormir, ne pas être battue et mourir dans son lit. Coupeau approuve les intentions de Gervaise, mais l’alambic du bistrot surveille le couple, prêt à en faire des proies.

Analyse du texte


Avant de quitter le débit de boissons du père Colombe, les deux protagonistes vont regarder de près l’alambic. L'extrait met en scène trois personnages : Coupeau, Gervaise et Mes-Bottes et il comporte trois parties :
• la description de l’alambic
• les paroles de Mes-Bottes
• la réaction de Gervaise
L’alambic est décrit à travers plusieurs voix narratives, celle de Coupeau, celle du narrateur, celle de Mes-Bottes, celle de Gervaise ; les points de vue qui en dérivent, en ordre chronologique sont les suivants : (technique du point de vue):
• un point de vue réaliste, objectif, neutre lorsque Coupeau en explique le fonctionnement dans les moindres détails, en utilisant des termes très techniques
• un point de vue positif à travers les mots de Mes-Bottes
• un point de vue négatif à travers le jugements de l’écrivain et e les mots de Gervaise. En e cas, Zola utilise la technique du point de vue
La description est très détaillée, effectuée grâce à un langage argotique, typique des bas-fonds parisiens, fréquentés par des ivrognes. Cependant la description est ambigüe, car sous un aspect rassurant et "sympathique", l'alambic est évoqué aussi comme un monstre inquiétant. L’alambic est personnifié : Mes Bottes en donne une appréciation positive : il utilise des adjectifs tels que « gentille » oui « bien gentille » jusqu’à insister sur une métaphore ( l’alambic avec son bedon est comparé avec une mère qui allaite ses enfants). A souligner que les paroles du propriétaire du bistrot sont rapportées grâce au style indirect libre, c’est-à-dire par une fusion entre le point de vue de Mes Botte et celui du narrateur. Cependant après cette présentation de Mes Bottes, voilà que l’écrivain intervient pour mettre en évidence la dimension négative ; c’est ainsi que l’alambic est qualifié de « travailleur morne, puissant et muet » avec une « mine sombre » Cet instrument nous est présenté aussi sous une dimension fantastique et inquiétante et pour faire cela, Zola a recours à une métaphore : l’alcool est comparé à la sueur d’un « travailleur morne » ; il se transforme en source, puis en déluge, pour ensuite, il va inonder la ville entière. : « envahir la salle », «se répandre sur les boulevards ». Paris est comparé à un buveur, à un alcoolique à travers une métonymie (Paris = les habitants de Paris) et une hyperbole « inonder le trou immense de Paris ».
L’alambic a aussi une signification allégorique. Pour Mes Bottes c’est une sorte de mère nourricière, pour Zola, par contre, il est comparé à un monstre froid qui réduit en esclavage ceux qui boivent l’alcool qu’il produit. Gervaise aussi, prise d'une sorte de pressentiment, perçoit l’aspect trompeur de l’alambic : en effet, sa vue lui donne froid. Malgré cela, elle est attirée par l’engin, même si d’une façon inconsciente.
Gervaise et Coupeau se jureront tous les deux d’ éviter l’alcool dont ils savent par expérience personnelle et familiale les dangers et les ravages. Mais ils n’ arriveront pas à tenir leur résolution et ils cèderont aux attraits trompeurs de l’alambic qui les mènera à la déchéance et à la mort.
L’alambic devient donc le symbole du déterminisme héréditaire alcoolique. En effet, le couple est soumis à l’hérédité : juste avant cet extrait, Gervaise raconte que, autrefois, sa mère buvait de l’anisette et Coupeau se rappelle que son père était mort en tombant d’un toit parce qu’il avait bu. L’accident et l’alcoolisme sont également pour lui héréditaires.
Hai bisogno di aiuto in Letteratura Francese?
Trova il tuo insegnante su Skuola.net | Ripetizioni
Registrati via email
Consigliato per te
Maturità 2018: date, orario e guida alle prove