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Stendhal : Le Rouge et le Noir – ch. VIII-IX pagg. 50-54


Introduction au texte

Le roman se déroule pendant la Restaurantion (1815-1830). Julien Sorel, le protagoniste, fils d’un scieur de bois, est un jeune homme d’origine modeste, mais instruit et surtout très ambitieux. Il a une très forte admiration pour Napoléon qui pour lui représente la force du caractère, le risque, l’ambition, l’aventure qui met l’énergie à l’épreuve et surtout un exemple à suivre de réussite sociale. En effet, il lisait couramment le Mémorial de Saint-Hélène. Très doué pour les lettres latines, il fait ses études suivi par le curé de Verrières, petite ville de la Franche Comté. Il devient précepteur des enfants de Monsieur de Rênal, maire de Verrières. Pour atteindre son but, il parvient à se faire aimer par madame de Rênal.

Texte

Combat sentimental

"Les grandes chaleurs arrivèrent. On prit l’habitude de passer les soirées sous un immense tilleul à quelques pas de la maison. L’obscurité y était profonde. Un soir, Julien parlait avec action, il jouissait avec délices du plaisir de bien parler et à des femmes jeunes ; en gesticulant, il toucha la main de Mme de Rênal qui était appuyée sur le dos d’une de ces chaises de bois peint que l’on place dans les jardins.
Cette main se retira bien vite ; mais Julien pensa qu’il était de son devoir d’obtenir que l’on ne retirât pas cette main quand il la touchait. L’idée d’un devoir à accomplir, et d’un ridicule ou plutôt d’un sentiment d’infériorité à encourir si l’on n’y parvenait pas, éloigna sur-le-champ tout plaisir de son cœur.
Ses regards le lendemain, quand il revit Mme de Rênal, étaient singuliers ; il l’observait comme un ennemi avec lequel il va falloir se battre. Ces regards si différents de ceux de la veille, firent perdre la tête à Mme de Rênal ; elle avait été bonne pour lui, et il paraissait fâché. Elle ne pouvait détacher ses regards des siens.
La présence de Mme Derville permettait à Julien de moins parler et de s’occuper davantage de ce qu’il avait dans la tête. Son unique affaire, toute cette journée, fut de se fortifier par la lecture du livre inspiré qui retrempait son âme.
Il abrégea beaucoup les leçons des enfants, et ensuite, quand la présence de Mme de Rênal vint le rappeler tout à fait aux soins de sa gloire, il décida qu’il fallait absolument qu’elle permît ce soir-là que sa main restât dans la sienne.
Le soleil en baissant, et rapprochant le moment décisif, fit battre le cœur de Julien d’une façon singulière. La nuit vint. Il observa avec une joie qui lui ôta un poids immense de dessus la poitrine, qu’elle serait fort obscure. Le ciel chargé de gros nuages, promenés par un vent très chaud, semblaient annoncer une tempête. Les deux amies se promenèrent fort tard. Tout ce qu’elles faisaient ce soir-là semblait singulier à Julien. Elles jouissaient de ce temps, qui, pour certaines âmes délicates, semble augmenter le plaisir d’aimer.
On s’assit enfin, Mme de Rênal à côté de Julien, et Mme Derville près de son amie. Préoccupé de ce qu’il allait tenter, Julien ne trouvait rien à dire. La conversation languissait.
Serai-je aussi tremblant et malheureux au premier duel qui me viendra ? se dit Julien, car il avait trop de méfiance et de lui et des autres, pour ne pas voir l’état de son âme.
Dans sa mortelle angoisse, tous les dangers lui eussent semblé préférables. Que de fois ne désira-t-il pas voir survenir à Mme de Rênal quelque affaire qui l’obligeât de rentrer à la maison et de quitter le jardin ! La violence que Julien était obligé de se faire, était trop forte pour que sa voix ne fût pas profondément altérée ; bientôt la voix de Mme de Rênal devint tremblante aussi, mais Julien ne s’en aperçut point. L’affreux combat que le devoir livrait à la timidité était trop pénible, pour qu’il fût en état de rien observer hors lui-même. Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l’horloge du château, sans qu’il eût encore rien osé. Julien, indigné de sa lâcheté, se dit : Au moment précis où dix heures sonneront, j’exécuterai ce que, pendant toute la journée, je me suis promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me brûler la cervelle.
Après un dernier moment d’attente et d’anxiété, pendant lequel l’excès de l’émotion mettait Julien comme hors de lui, dix heures sonnèrent à l’horloge qui était au-dessus de sa tête. Chaque coup de cette cloche fatale retentissait dans sa poitrine, et y causait comme un mouvement physique.
Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main, et prit celle de Mme de Rênal, qui la retira aussitôt. Julien, sans trop savoir ce qu’il faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-même, il fut frappé de la froideur glaciale de la main qu’il prenait ; il la serrait avec une force convulsive ; on fit un dernier effort pour la lui ôter, mais enfin cette main lui resta.
Son âme fut inondée de bonheur, non qu’il aimât Mme de Rênal, mais un affreux supplice venait de cesser."
Pour que Mme Derville ne s'aperçut de rien, il se crût obligé de parler ; sa voix alors était éclatante et forte. Celle de Mme de Rênal, au contraire, trahissait tant d'émotion, que son amie la crut malade et lui proposa de rentrer. Julien sentit le danger : si Mme de Rênal rentre au salon, je vais retomber dans la position affreuse où j'ai passé la journée. J'ai tenu cette main trop peu de temps pour que cela compte comme un avantage qui m'est acquis.
Au moment où Mme Derville renouvelait la proposition de rentrer au salon, Julien serra fortement la main qu'on lui abandonnait.
Mme de Rênal, qui se levait déjà, se rassit, en disant, d'une voix mourante :
— Je me sens, à la vérité, un peu malade, mais le grand air me fait du bien.
Ces mots confirmèrent le bonheur de Julien, qui, dans ce moment, était extrême : il parla, il oublia de feindre, parut l'homme le plus aimable aux deux amies qui l'écoutaient. »
Stendhal, Le rouge et le noir, pagg. 50-54, éd Classiques Garnier, Paris, 1963


Résume du texte

Les personnages présents dans cette scène sont Julien, le précepteur des enfants de Mme de Rênal, Mme de Rênal, la femme du maire de la ville de Verrières et son amie, Mme de Derville. Julien, Mme de Rênal et son amie ont l’habitude de passer les soirées d’été sous un tilleul, pas loin de la maison. En parlant, Julien a l’habitude de gesticuler et un soir il touche la main de Mme de Rênal, mais Julien se propose un devoir à accomplir : faire en sorte que la prochaine fois, Mme de Rênal se laisse prendre la main, sans opposer aucune résistance.
Le lendemain Mme de Rênal et Julien se revoient. Elle ne peut pas détacher ses yeux de ceux du jeune homme envers qui, probablement, elle est déjà tombée amoureuse. Quant au jeune homme, il pense seulement à accomplir le devoir qu’il s’est donné et qu’il compare à une action militaire contre un ennemi.
Le soir ils se retrouvent tous les trois au même endroit, sous le tilleul. Après des moment de contraste entre sa timidité et la volonté d’accomplir ce qu’il a décidé de faire, lorsque l’horloge sonne dix heures, Julien serre la main de Mme de Rênal qui retire sa main, mais Julien la reprend aussitôt et à la fin Mme de Rênal se laisse faire et elle est prise par une forte émotion.
A ce moment-là, Mme de Derville remarque que chez son amie quelque chose ne va pas et elle lui propose de rentrer. Mme de Rênal lui répond que, en réalité, bien qu’elle ne se sente pas trop bien, elle préfère rester dehors car le grand air lui fait du bien. En réalité, elle préfère rester en contact avec Julien.
Comme il a gagné sa bataille et qu’ il a obtenu ce qu’il voulait, Julien est très heureux et il reprend son attitude habituelle

Analyse

Habituellement, Julien aimait bien parler, d’une façon très animée, surtout en présence de femmes jeunes. Cette attitude Julien montre déjà l’orgueil et l’ambition du jeune homme qui veut obtenir ce qu’il désire à n’importe quel prix.
Un soir, en parlant comme d’habitude, il touche la main de Mme de Rênal
Ce n’est pas un hasard, ca il l’a fait exprès. D’ailleurs, arriver à ce que Mme de Rênal se laisse toucher la main c’est pour lui un devoir qu’il faut accomplir à tout prix, comme une sorte de défi envers soi-même. Comme Mme de Rênal a retiré sa main, Julien décide de faire tout le possible pour que la prochaine fois la femme ne la retire plus. Il veut atteindre son but parce qu’il ne veut pas être ridicule en cas de refus et donc éprouver un sentiment d’ infériorité.
Le lendemain, Julien observe Mme de Rênal, comme l’on observe les mouvements d’un ennemi avant de s’engager dans la bataille.
Julien compare ce qu’il veut faire à un duel. En effet certains mots utilisés appartiennent au champ lexical du combat: ennemi, battre, fortifier. Dans les lignes successive on trouve : combat, affreux, livrer, duel
Le lendemain Julien ne s’intéresse pas à Mme de Rênal. Il pense exclusivement à ce qu’il avait l’intention de faire le soir même. Donc Julien est un égocentrique. Il ne pense qu’à lui, il ne pense qu’atteindre son but, à tel point qu’il arrive même à abréger la leçon des enfants. Quand il parle il a l’habitude de gesticuler et cela prouve qu’il veut attirer l’attention sur lui
Le soir, ayant des difficultés à faire avancer la conversation, Julien est préoccupé Il a peur de manquer de sûreté et il éprouve de la méfiance envers lui-même et envers les autres car il n’arrive pas à voir l’état de son âme. Par conséquent, il éprouve un sentiment d’angoisse à tel point qu’il préfère que Mme de Rênal soit obligée de rentrer à la maison. Il éprouve aussi un sentiment de lâcheté car le temps passe et il n’ose pas prendre la main de la femme. Dans son âme, il y a un combat entre le devoir qu’il s’est imposé et sa timidité à tel point qu’il pense se suicider s’il n’a pas le courage d’exécuter ce qu’il a décidé de faire.
Le texte est centré sur Julien: Stendhal décrit sa psychologie (l’angoisse, les doutes, l’état d’âme, l’indignation de ne pas pouvoir trouver la force d’agir, la préoccupation, l’anxiété) ainsi que sa réaction physique (la voix altérée, le silence alors que d’ habitude il est très éloquent). Il semblerait que le récit soit fait en focalisation interne et avec le style indirect libre, c’est-à-dire que tout soit vu à travers les yeux du protagoniste. Cependant une phrase nous indique la présence de Flaubert : « Julien, sans trop savoir ce qu’il faisait, la saisit à nouveau ». Julien a pris la main de la Mme de Rênal mais la femme la retire aussitôt, alors Julien la prend à nouveau sans se rendre bien compte de ce qu’il fait.
Ce geste d’amour est comparable à une torture : Julien et Mme de Rênal sont émus tous les deux, la main de la femme est glacée, Julien serre la main avec une force compulsive, elle cherche à se libérer, mais à la fin elle y renonce et elle se laisse faire.
Ensuite, Mme de Rênal est émue et son amie, comme elle la croit malade, lui propose de rentrer au salon. La proposition de Mme de Derville pousse Julien à serrer encore une fois, fortement, la main de Mme de Rênal. Mme de Rênal avoue qu’ elle n’est pas bien mais elle ajoute que le grand air lui fait du bien et la réponse de Mme de Rênal provoque un très grand bonheur chez Julien qui réagit en reprenant a parler selon ses habitudes. Il s’agit, donca, de toute une série d’actions qui s’enchaînent et dépendent l’une de l’autre
La phrase « …non qu’il aimât Mme de Rênal » est prononcée par Julien lui-même car la réalité est vue à travers ses yeux et non à travers les yeux du narrateur qui par conséquent n’est pas omniscient. C’est un exemple de style indirect libre et cela nous permet de comprendre aussi des aspects psychologique de Julien : comme Mme de Rênal a abandonné sa main dans celle de Julien, le supplice du jeune homme se termine et il est très heureux parce qu’il est arrivé à son but et non pas parce qu’il aime la femme.
Le texte n’est pas objectif car le narrateur intervient pour exprimer son jugement sur le comportement des personnages. Envers Mme de Rênal, Stendhal prouve de la pitié lorsqu’il décrit que le lendemain elle a été bonne pour Julien. Par contre, Stendhal n’hésite pas à se moquer du jeune homme : il ne s’aperçoit pas que la voix de Mme de Rênal est tremblante et il se comporte comme s’il s’agissait d’un duel ou d’un supplice. Pour se préparer à accomplir son devoir, il pense fortifier son esprit en lisant le Mémorial de Sainte-Hélène. Le jeune homme n’aime pas Madame de Rênal : pour lui la femme est seulement un objet à conquérir.

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