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Madame Bovary, Le repas


« Mais c'était surtout aux heures des repas qu'elle n'en pouvait plus, dans cette petite salle au rez-de-chaussée, avec le poêle qui fumait, la porte qui criait, les murs qui suintaient, les pavés humides ; toute l'amertume de l'existence, lui semblait servie sur son assiette, et, à la fumée du bouilli, il montait du fond de son âme comme d'autres bouffées d'affadissement. Charles était long à manger ; elle grignotait quelques noisettes, ou bien, appuyée du coude, s'amusait, avec la pointe de son couteau, à faire des raies sur la toile cirée. »

G. Flaubert, Madame Bovary, éd, Garnier-Flammarion, 1961,parte I, ch.9

Ce passage constitue le pont culminant d’une partie du roman, ayant comme objet l’insatisfaction de Emma Bovary pour sa vie a Tostes, la vielle où s’est établie après le mariage avec Charles.
Pendant longtemps, elle espérait que la situation changerait, que ses rêves se réaliseraient, mais rien ne s’est produit et elle n’a accumulé que des déceptions.

Le « mais » au début du passage indique que Emma est arrivée au bout : partout elle aperçoit la grisaille, la monotonie, l’affadissement, la platitude, la médiocrité.
La scène se passe dans la salle à manger de la maison de Tostes, au moment du repas, déjeuner ou dîner, n’a pas d’importance.
Après ce passage, Emma commencera à négliger la maison, sa santé semblera atteinte jusqu’à ce que son mari ne décide de quitter Tostes pour Yonville, croyant que le nouveau climat pourra améliorer la santé de sa femme.
Le lecteur regarde d’abord Emma et c’est à travers ses yeux qu’il regarde la pièce. Au début, nous connaissons la condition intérieure d’Emma (« elle n’en pouvait plus ») ; c’est un sentiment d’insatisfaction, de lassitude, de déception totale et les détails que l’écrivain nous montre ce sont les détail qui attirent davantage l’attention de Mme Bovary, parce qu’ils ont un rapport très étroit avec la médiocrité du milieu et de la vie qu’elle est obligée de mener.
Et pourtant, ce n’est pas Emma qui parle ; c’est l’écrivain. Emma éprouve les sensations, voit les détails, mais elle serait incapable de synthétiser en une phrase tout ce qu’elle ressent. C’est Flaubert qui intervient pour organiser du point de vue linguistique les sensations, voire la révolte d’Emma.
Charles et Emma sont situés dans deux univers tout à fait à l’opposé : lui, il mange volontiers, elle, elle est dégoûtée et ses gestes nerveux marquent son désespoir. C’est la présence de Charles qui fait déborder le vase : l’atmosphère est lourde, morne, accablante, et la présence de Charles qui avec son attitude prolonge un moment de la vie conjugale qu’elle déteste, la rend encore plus insupportable.
L’écrivain n’intervient jamais pour donner son avis. Son rôle est celui de choisir les événements pour les traduire du pont de vue de la langue.
A propos de l’imparfait, Flaubert multiplie les aspects et les nuances de l’imparfait ; traditionnellement l’imparfait a une fonction descriptive et narrative (»…les murs suintaient, la porte grinçait… ».
Mais dans ce texte on voit déjà apparaître l’imparfait duratif et interactif qui contribuent à la création d’une atmosphère bien précise. Quand Emma rêve, elle utilise l’imparfait (discours indirect libre) : cela prouver que pour Emma le rêve est déjà devenu réalité.

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