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Charles Baudelaire: L'Albatros

Le recueil Les Fleurs du mal(1857-1861) se compose de 126 poèmes, divisés en six sections.
Il ne s’agit pas de poèmes indépendants, mais d’un livre conçu pour avoir un commencement et une fin. Le lecteur est contraint à parcourir, à travers cette œuvre, un itinéraire qui le conduit peu à peu vers un ailleurs, vers l’inconnu.
Le point de départ c’est la condition du poète: partagé entre deux forces contraires, Le Spleen qui le conduit vers Satan et L’Idéal qui le conduit vers Dieu, le poète cherche à échapper à cette condition désolante, qui fait de lui un être immortel condamné à vivre dans un monde vulgaire. Il arrive ainsi à désirer, évoquer le néant. Mais, ni dans son expérience d’artiste ni dans sa solitude le poète n’arrive à se soustraire à ce dualisme. Donc, après les poèmes de la première section (Spleen et Idéal), Baudelaire se tourne vers autrui, dans Tableaux Parisiens. En suite il se tourne vers les paradis artificiels, dans Le Vin. Il se jette dans la débauche, dans les Fleurs du Mal. Il se révolte et blasphème, dans La Révolte. A la fin, il ne lui reste que la mort, à laquelle le poète s’adresse pour sortir de l’ennui, le plus désespérant de tous les maux.

Nous sommes bien loin du prophète du romantisme ou de l’homme de science du siècle des lumières. Le poète maintenant devient « voyant », c’est à dire celui qui voit et qui reconnaît, lui seul, des mondes mystérieux et invisibles aux autres.
Le poète est donc un artiste solitaire capable de décrypter le monde.
Les Fleurs du Mal donc partent du connu et arrivent à l’inconnu. Il s’agit d’un procédé qu’on désigne par le terme technique de synesthésie, c'est-à-dire métaphore, dont les termes appartiennent à des champs sensoriels différents.

Voilà le poème le plus connu dans lequel il établit un parallèle entre le grand oiseau du titre et le poète même :

L’Albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastesoiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navireglissant sur les gouffresamers.
À peine les ont-ilsdéposéssur les planches,
Quecesrois de l'azur, maladroitsethonteux,
Laissentpiteusementleursgrandesailes blanches
Comme des avironstraîner à côtéd'eux.

Ce voyageurailé, commeil est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'ilest comique et laid!
L'un agace son becavec un brûle-gueule,
L'autremime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblableauprincedesnuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilésurle sol au milieu deshuées,
Sesailes de géant l'empêchent de marcher.

Par allégorie l’albatros représente le poète: cet oiseau, avec ses grandes ailes domine le ciel, mais quand il se pose sur la terre il devient gauche et ridicule; ainsi le poète avec sa grandeur spirituelle, sa sensibilité et ses capacités littéraires quand il se mêle aux hommes communs il trouve que personne ne le comprend : il est isolé et marginé, dans une société dominée par le profit et les intérêts et il apparaît comme la victime d’une malédiction ; de là le mythe du poète maudit qui refuse le monde qui ne le comprend pas et qui méprise la médiocrité bourgeoise. Il est marqué par une forte antinomie, dans le cœur du poète se livre la bataille entre l’enfer et le ciel, entre Satan et Dieu. Le poète se partage entre la tentation du mal, du vice et de la dégradation (les paradis artificiels) et une aspiration vers le bien et vers l’idéal (qui est pureté et spiritualité). En effet pour les symbolistes les éléments du monde sensible sont liés entre eux par de mystérieuses relations que l’artiste remarque dans le retour des sensations (correspondances horizontales); d’autre part, le monde matériel semble fonder son essence sur l’existence d’un autre monde, spirituel et obscur, que le poète a le devoir de chercher et d’expliquer, dans les limites de ses forces humaines (correspondances verticales). À travers la métaphore et la synesthésie il construit une relation parmi les perceptions des différents sens.

Pour Baudelaire tout est symbole d’une réalité plus profonde et authentique, qui se trouve au-delà des choses. L’homme commun ne réussit pas à cueillir cette réalité cachée, parce qu’il s’arrête à la surface des choses au lieu de s’abandonner aux sensations comme le poète. La fonction de la poésie est, donc, de rechercher ce qu’il y a au-delà des apparences sensibles. Tout cela provoque chez le poète un profond dégoût de vivre, un sentiment de mélancolie exacerbé qui accentue l’angoisse du temps. Baudelaire désigne cet état d’âme sous le nom de spleen, qui est prise de conscience de l’ennui devant le monde réel. Baudelaire trouvera dans la poésie non seulement une raison de vie, mais aussi la justification de son existence.

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