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Maupassant Appunti scolastici Premium

Appunti di Letteratura francese della prof.ssa Zanola su Maupassant: Jeunesse normande, Paris des employés, Maupassant chroniqueur, Caractère de l'oeuvre, Récits fantastiques, Femmes, Normandie, Politique, Travail du récit, Un romancier, Bibliographie, Maupassant à l'écran.

Esame di Letteratura francese docente Prof. M. Zanola

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Maupassant des souffrances considérables à partir de 1888. Soigné au mercure, au

bromure, aux excitants, il se drogue en outre à l'opium et à l'éther. Il prend des eaux

à Chatelguyon, Aix, Plombières, Luchon, Divonne, à partir de 1883. Peu de contes

à partir de 1889. Débuts de romans, restés inachevés, en 1890 et 1891 : L'âme

étrangère, L'angélus. Dépression en 1891, tentative de suicide en janvier 1892.

r r

Internement à la maison de santé du D Blanche (le fils du D Esprit Blanche, qui

soigna Gérard de Nerval). Maupassant meurt le 6 juillet 1893, après une lente

dégradation. Il est enterré au cimetière Montparnasse.

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Guy de Maupassant / Caractère de l'œuvre

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Oublier les clichés

Longtemps, une image toute faite de Maupassant a voilé la véritable portée de son

oeuvre : Maupassant ? Un homme à femmes, un joyeux canoteur, un amateur

d'histoires de chasse. Et si clair, si net dans ses récits, que l'agrément de les lire est

total. Faits pour le délassement, puisqu'ils suscitent la gaieté, et pour l'enseignement

de la langue, puisqu'ils sont si aisés et classiques, ils ne vont cependant pas jusqu'à

la « grande littérature ». On classe Maupassant parmi les petits maîtres du réalisme ;

quelques récits fantastiques comme Le Horla s'expliquent par la folie dans laquelle

a sombré l'écrivain. Quant à Maupassant romancier, c'est bien connu, il n'a pas été à

la hauteur de Maupassant nouvelliste... Guy de Maupassant

Une oeuvre sombre

Des clichés, Maupassant n'est pas le seul auteur français à en

avoir été la victime. Ils ont sévi dans tous les domaines de la

littérature : Gérard de Nerval a bel et bien passé pour un poète

de second plan jusque dans les années 1930. A vrai dire, un

lecteur de bonne foi n'a pas de mal à constater que très peu des

récits de Maupassant sont conformes à l'image qu'on en donnait

naguère encore. Dans l'ensemble, ils sont noirs, même si leur

pessimisme s'exprime à travers un sourire. Par exemple, dans

les Contes normands dont on célèbre la saveur du terroir et le pittoresque, la cruauté

perce souvent. Pour un conte franchement drôle comme La bête à Maît'Belhomme,

où toute une diligence s'égaie de trouver une fourmi dans l'oreille d'un paysan, que

de contes où s'expriment la dérision universelle, et la tristesse de la vie ! Un paysan

est calomnié, il meurt parce qu'on l'a vu ramasser une ficelle (La ficelle), un

aubergiste tue d'alcool une femme pour avoir son bien (Le petit fût), le gros Toine,

devenu paralytique, est forcé par sa femme à couver des oeufs et battu s'il bouge

(Toine). Il en va de même dans toute l'oeuvre de Maupassant. Une partie de

campagne, gaieté, amour charnel qui triomphe, tableau à la Renoir ? Mais 6

seulement si l'on veut oublier la fin du récit, qui nous montre la jolie

héroïne, un an après, « l'air triste », assise dans le même paysage près du

garçon « aux cheveux jaunes », dormant « comme une brute », auquel

on l'a mariée. La belle journée, unique dans sa vie, n'est plus qu'un

terrible regret. Quant aux romans de Maupassant, ils montrent des

femmes à la vie manquée (Une vie), des hommes qui souffrent (à partir

de Pierre et Jean), un grand monde sans noblesse (les deux derniers

romans), la force brutale de l'argent dans la société (Bel-Ami, Mont-

Oriol).

Puissance sensuelle, joie de vivre

Pourtant, un lieu commun ne s'établit pas sans raison, et si celui du « joyeux

Maupassant » a pu faire tant de ravages, c'est que cette oeuvre est pleine d'un

appétit de vivre, d'un élan pour sentir la nature, pour goûter l'amour physique, qui

donnent une vigueur poétique et sensuelle aux choses et aux êtres. Maupassant

saisit le monde avec une force de primitif. Il en perçoit et en célèbre les détails

heureux. « Je suis une espèce d'instrument à sensations (...) J'aime la chair des

femmes, du même amour que j'aime l'herbe, les rivières, la mer » (à Gisèle d'Estoc,

janvier 1881). Quoiqu'il ait reçu une bonne culture, ce n'est pas un « intellectuel », à

la différence de la plupart des écrivains français : les sensations ne lui parviennent

pas filtrées par les livres, et les systèmes d'idées lui paraissent très pauvres, à côté

des « courtes et bizarres et violentes révélations de la beauté » dont il vit et vibre

(lettre à Jean Bourdeau, 1889). Superbes descriptions de la Seine chatoyante, de

Rouen vu de haut, du Paris des boulevards, des femmes aux petits cheveux

frisottant sur la nuque, d'un repas fin, d'un meuble rare. Impression que nous avons

de happer avec lui le plaisir, de nous laisser pénétrer par un paysage...

des auteurs Sélectionnez une page

Guy de Maupassant / Caractère de l'œuvre

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Retournement : un monde en perte.

« Je suis de la famille des écorchés »

Mais cette faculté de jouir, n'est-elle pas justement l'indice d'une aptitude hors du

commun à recevoir toutes les sensations, à souffrir par conséquent des tristesses et

des médiocrités ? Maupassant est un homme sans illusion, qui est tôt persuadé du

caractère passager du bonheur, et voit la mort s'insinuer en toute chose. S'il est une

vision du monde avec laquelle il s'accorde, c'est bien celle de Schopenhauer,

plusieurs fois cité dans ses lettres et ses récits (Auprès d'un mort) : néant des

attachements, perte irrémédiable où va le monde. De son cher Etretat, il écrit à sa

mère, en janvier 1881 : « J'ai froid plus encore de la solitude de la vie que de la

solitude de la maison. Je sens cet immense égarement de tous les êtres, le poids du 7

vide. Et au milieu de cette débandade de tout, mon cerveau

fonctionne, lucide, exact, m'éblouissant avec le Rien éternel. »

Les salons, dans lesquels il a peu à peu pénétré, ne suscitent en

lui qu'éloignement. Il y reste silencieux et distant. « Dans un

salon, je souffre dans tous mes instincts, dans toutes mes idées,

dans toutes mes sensibilités, dans toute ma raison » (même date,

à Gisèle d'Estoc). « Convictions, idées et morale d'imbéciles »,

assure-t-il encore à Mme du Noüy, en 1886. Il méprise le

monde politique ; il trouve dérisoire, mais pitoyable, le monde des petits

fonctionnaires, dont il fut. Les femmes lui sont chair à plaisir, il en change sans

cesse, mais l'usage et abus de ses appétits toujours vifs se retourne contre lui ; la

syphilis le mine. Puis, certaines lui inspirent des sentiments toujours marqués par

l'inquiétude : attachement pour Mme Leconte du Noüy, crainte et attirance pour

Mme Potocka, Mme Kann, intelligentes, « rosses » et brillantes. « J'ai un pauvre

coeur orgueilleux et honteux, un coeur humain, ce vieux coeur humain dont on rit,

mais qui s'émeut et fait mal et dans la tête aussi, j'ai l'âme des Latins qui est très

usée. Et puis il y a des jours où je ne pense pas comme ça, mais où je souffre tout de

même, car je suis de la famille des écorchés. » (1890, à une destinataire inconnue).

Malignité du monde

L'extrême acuité des sens est donc par elle-même source de malheur autant que de

plaisir, et cette ambivalence se marque dans les récits de Maupassant. La Seine des

insouciants canotiers est aussi celle des trahisons (La femme de Paul) et des suicides

(Lettre trouvée sur un noyé). Les brasseries si animées, si drôles dans Bel-Ami sont

aussi des lieux où des solitaires blessés par la vie mènent une existence isolée

(Garçon, un bock ! ; Monsieur Parent). Rouen est le lieu d'enfance chéri par Bel-

Ami, mais aussi le théâtre des terreurs du Horla et de Qui sait ? La fille qu'on

choisit comme une viande se révèle être le propre enfant du narrateur, ainsi devenu

incestueux (L'ermite). L'enfant naturel, l'enfant adultérin, autant de pièges de la

nature : fruits d'étreintes qu'on croyait brèves, ils souffrent, font souffrir, tuent leurs

parents retrouvés. Le petit, L'enfant, Un fils, Un parricide, Monsieur Parent, Pierre

et Jean, autant de témoignages d'une véritable obsession pour Maupassant. Tout

dans le monde recèle finalement du noir et de la mort : la joie se retourne ; c'est

toujours la misère qui triomphe. Maupassant est, comme son maître Flaubert, un

lecteur de Sade. Il rencontre ce grand contre-moraliste dans l'idée que la nature nous

veut du mal, est mal agencée pour l'homme. « Ah, le pauvre corps humain, le

pauvre esprit, quelle saleté, quelle horrible création. Si je croyais au Dieu de vos

religions quelle horreur sans limites j'aurais pour lui ! », écrit-il à Mme Potocka

après avoir rencontré son frère fou. Ce n'est pas un sentiment de circonstance. Dans

L'Inutile Beauté, nous lisons : « Sais-tu comment je conçois Dieu : comme un

monstrueux organe créateur inconnu de tous, qui sème dans l'espace des milliards

de mondes, ainsi qu'un poisson unique pondrait des oeufs dans la mer. Il crée parce

que c'est sa fonction de Dieu : mais il est ignorant de ce qu'il fait, stupidement

prolifique, inconscient des combinaisons de toutes sortes produites par ses germes

éparpillés. La pensée humaine est un heureux petit accident des hasards de ses

fécondations, un accident local, passager, imprévu, condamné à disparaître avec la

terre (...) Nous lui devons d'être très mal en ce monde qui n'est pas fait pour nous. » 8

Ainsi que Sade, Maupassant a été attiré par les descriptions cruelles, comme tenté

lui-même, ainsi qu'il le dit dans Sur les chats, tandis que l'amère pitié est au

contraire le ton de certaines oeuvres, comme Une vie.

Place du fantastique

On peut accumuler les éléments qui font connaître le terrain névrotique sur lequel se

construit toute l'oeuvre de Maupassant : hérédité lourde du côté de sa mère,

impression d'abandon produite par la séparation des parents, syphilis brochant là-

dessus et parvenant au stade tertiaire, avec des traitements à la fois calmants et

excitants, et l'usage de la drogue pour calmer la douleur. Maupassant est un

cyclothymique passant par des alternances d'excitation et de dépression. Mais

comment croire que le conteur fantastique soit chez lui un produit de la maladie ?

Du conte pessimiste, du conte cruel, au conte fantastique, il n'y a pas loin, car le

fantastique de Maupassant vient du coeur et des choses, il suinte de l'univers, il est

la fine pointe de la réalité. Mais le lecteur français est tellement méfiant devant

l'irrationnel qu'il voudrait à toute force le caser dans une catégorie spéciale, le

rendre inoffensif : voyez, c'est un fou qui écrit des histoire de folie ; nous pouvons

les lire sans être entamés par elles ! Pareille assertion ne résiste pas à l'examen.

Dans la courte et si remplie carrière littéraire de Maupassant, les contes fantastiques

sont présents dès le début (« Sur l'eau » fait partie de La maison Tellier, « Fou ? »

de Mademoiselle Fifi) et connaissent un maximum de fréquence en 1885-1886, le

moment du Horla, pour diminuer en nombre ensuite, comme si Maupassant avait

précisément reculé devant des récits qui mettraient en scène un destin dont il sentait

qu'il serait le sien. Il n'a pas donné de place spéciale à ses contes fantastiques, qu'il a

fait paraître dans des recueils où ils avoisinaient des récits dits « réalistes ». Et

quand il les a écrits, il n'était pas « fou ». Il maîtrisait parfaitement son sujet et son

écriture ; il prenait distance. Le moment où Maupassant sombre dans la folie, c'est

précisément celui où il cesse d'intéresser la littérature : il hésite, il commence des

romans, restés inachevés ; puis il n'écrit plus rien, toute création artistique procédant

d'un contrôle dont il est désormais incapable. Les contes fantastiques sont l'indice

d'un tempérament sensible jusqu'à la souffrance ; mais pour expliquer leur talent, le

talent, ce tempérament ne saurait servir de fil conducteur. Elevé dans les mêmes

conditions, atteint du même mal, mort à l'asile trois ans avant Maupassant, son frère

Hervé n'a jamais rien écrit. Sélectionnez une page

Guy de Maupassant / Récits fantastiques

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e temps de Maupassant est celui où, à la suite du choc de la défaite de la France

en 1870, et de l'orientation de la philosophie et de la science, les écrivains et la

société qui les lit passent par une crise de conscience collective. Négation ou usure

des valeurs religieuses et morales, fin de l'anthropocentrisme, idée que nos sens sont

imparfaits et nos connaissances relatives, sont à l'origine d'un mal de vivre, d'un « 9

ennui fin de siècle » plus forts que le « mal du siècle » des romantiques, car il

englobe la nature et l'amour dans un sentiment de néant. Névroses, recours à la

drogue, aux diverses expériences sexuelles, parfois refuge cherché dans des sectes

religieuses, c'est le temps d'une société lasse et violente qui ressemble en bien des

points à la nôtre. Beaucoup d'écrivains sont alors des auteurs de récits fantastiques,

d'ailleurs très réussis, qui témoignent d'une certaine culture de la névrose, d'une

volonté d'établir un malaise chez le lecteur en faisant appel à des situations

extrêmes : Jean Lorrain, avec ses histoires de drogue et de masques ; Remy de

Gourmont, dans ses Histoires magiques (1895) où règnent le sexe et la mort ;

Catulle Mendès avec ses Monstres parisiens (1882).

Les récits fantastiques de Maupassant, presque toujours, au contraire, sont

vraisemblables : si l'on considère que Le Horla procède d'une croyance alors très

répandue dans l'existence d'êtres d'une constitution différente de la nôtre et

supérieure à elle, et qu'il utilise en somme une science-fiction, il n'est guère que le

récit Qui sait ? pour nous montrer un événement « impossible » : des meubles qui

se déménagent tout seuls de leur maison. Ailleurs, les faits sont plausibles, et ils

nous sont souvent garantis par la qualité du narrateur, homme sérieux, médecin ou

juge. Nous avons vu que le tempérament, l'expérience de Maupassant l'incitaient à

croire que l'inexplicable n'a pas à être artificiellement suscité : il est bien

suffisamment maître de notre coeur et de notre terre. C'est un fantastique intérieur

qu'il pratique.

Le héros de ces récits est la plupart du temps un homme sans souci particulier, qui

vit heureux, bien portant, qui n'est torturé ni par ses nerfs, ni par son intelligence,

jusqu'à ce que le hasard (toujours mauvais chez Maupassant) lui présente une

affreuse vérité. Il vit dans un décor ordinaire, et l'on ne trouve pas chez Maupassant

de ces châteaux hantés, de ces paysages d'horreur qui font le cadre du fantastique

d'épouvante. Mais peu à peu, les objets quelconques se révèlent porteurs d'une

charge de terreur : une carafe, une rose, un livre prouvent l'existence du Horla. Le

secrétaire amoureusement cherché et acheté contient une chevelure de perdition.

Persuadé que notre identité est floue, que les limites de notre personnalité sont

toujours difficiles à définir et menacées, Maupassant fonde ses récits fantastiques

sur les risques d'aliénation constants de notre être. D'abord par l'autre, sous sa forme

la plus proche : la femme aimée. En étant infidèle, en étant malade, en mourant, elle

révèle à l'homme qu'il est mortel, et qu'il est un mortel parmi d'autres (Animaux

compris. C'est d'un cheval que la femme est amoureuse, c'est ce cheval que tue le

mari qui parle dans Fou ? ). Dans Un cas de divorce, le mari s'éloigne de sa femme

pour s'adonner à un monstrueux amour des fleurs de sa serre. Dans La tombe,

l'amant déterre sa maîtresse morte pour la voir encore et garder « comme on garde

le parfum d'une femme après une étreinte d'amour, l'odeur immonde de cette

pourriture ». Mais ces cas sont extrêmes. Dans la relation amoureuse la plus

ordinaire, on risque aussi d'être possédé, mangé par l'autre : magie noire qui

empoisonne ce qui devrait être la source même du bonheur. L'amoureux se suicide

parce qu'il a compris à un tout petit détail que la femme ne sera jamais à l'unisson

de son âme (Lettre trouvée sur un noyé). Ou bien, la vision d'une simple tache sur

un corps féminin obsède un homme et le rend impuissant, obsédé (L'Inconnue).

L'érotisme se retourne donc contre lui-même. Une belle chevelure mystérieuse,

glacée, obsède toute sa vie l'homme qui l'a peignée (Apparition) ; chevelure de 10

morte, elle conduit son découvreur à un amour sans bornes et à l'asile de fous (La

chevelure).

Proche de la longue chevelure est l'eau mouvante des rivières, qui charrie l'angoisse,

parfois la mort : la Seine de Sur l'eau, d'Histoire d'un chien, du Horla, par

opposition à la mer qui garde au contraire une valeur apaisante. Elle est opaque et

dissolvante. La rivière de la Brindille offre au viol le corps de la petite Roque. Dans

la rivière, on se suicide. Elle suscite cet être supérieur aux hommes et qui va les

réduire à néant ou en esclavage : le Horla, qui ne vit d'ailleurs que d'eau ou de lait.

La liquidité de la pluie ronge les nerfs du héros de Lui ?, errant dans les rues de

Paris. L'eau trompe ; elle est inconnaissable comme la femme ; elle nous dépossède

de nous-mêmes par ses reflets. De même le miroir, présent dans Fini, Adieu, et dans

Le Horla où il prouve paradoxalement l'existence du Horla parce qu'il ne reflète

plus rien, l'être venu d'ailleurs ayant un autre indice de réfraction que les choses de

la terre.

Le fantastique de Maupassant est celui du double, cet autre qui veille en nous tous,

sournoisement, et qui surgit grâce aux autres, pour nous montrer que nous ne savons

pas comment nous situer par rapport à nous-mêmes, dans ce monde mal fait. De là

une abondance de points d'interrogation dans les titres de ces récits. Qui voit son

double, comme dans Lui ?, qui perd son double, comme dans Le Horla, est menacé

dans son intégrité. Il sait qu'il est condamné à l'inconnaissable, au néant. Ce peut

être vous ou moi : on s'assimile facilement au héros de ces récits. C'est pourquoi

certains voudraient se rassurer en se disant qu'ils sont l'oeuvre d'un malade.

Maupassant met en cause la notion de « folie », car le fou est celui qui a vu juste,

qui est lucide. On ne le guérira pas de la vérité. C'est lui qui a raison contre

l'aliéniste, odieux s'il considère le « fou » avec mépris (Mademoiselle Cocotte, La

chevelure), bon s'il se rallie finalement à la vision de son « malade » (Le Horla 1)

des auteurs Sélectionnez une page

Guy de Maupassant / Femmes |

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onsidérées au début par Maupassant comme entièrement

dépendantes de leur physiologie, et ne devant être estimées

que par rapport à elle. « Herbert Spencer me paraît dans le vrai

quand il dit qu'on ne peut exiger des hommes de porter et

d'allaiter l'enfant, de même qu'on ne peut exiger de la femme les

labeurs intellectuels. Demandons-lui bien plutôt d'être le charme

et le luxe de l'existence » Le Gaulois, 30 décembre 1880. Une

façon polie d'exprimer, à propos du sexe, ce que le personnage de

L'Ermite dit crûment : « Ceux qui n'ont pas aimé poétiquement

prennent et choisissent les femmes comme on choisit une côtelette à la boucherie,

sans s'occuper d'autre chose que de la qualité de leur chair. » De nombreuses filles

de joie figurent dans les récits de Maupassant, comme elles ont figuré dans sa vie.

Elles ont des qualités que n'ont pas les autres femmes : marginales, elles ne perdent

rien à donner libre cours à leurs sentiments, et c'est Boule de Suif et Rachel de

Mademoiselle Fifi qui sont chargées d'être les repoussoirs de la lâcheté. Autres 11

femmes « nature » de l'oeuvre de Maupassant, les

paysannes de Normandie, qui

obéissent le plus souvent à

l'instinct du sexe.

Le sentiment à l'égard de la femme

est considéré comme un leurre.

Dès qu'une femme tente de

s'attacher l'homme, dès qu'un

homme se croit amoureux, on court au malheur. Il y a

méconnaissance d'un sexe à l'autre ; la femme trompe, elle

est légère, et surtout elle possède une puissance dissolvante terrible. Incertain de

son identité, l'homme se sent agressé par l'Autre (voir Récits fantastiques). La

femme vampirise. Maupassant n'est pas le seul à la dépeindre ainsi ; c'est courant

e

chez les auteurs de la fin du XIX siècle (par exemple Huysmans) et les peintres

(Khnopff)

Mais si elle ne connaît pas, ou connaît dans la douleur, ce que Maupassant

considère comme son destin de femme, il en fait un personnage qui mérite une

grande pitié. C'est Jeanne, malheureuse en mariage et déçue par son fils, dans Une

vie. C'est Christiane de Mont-Oriol, vite délaissée par son amant, mais qui connaîtra

peut-être une satisfaction de mère. Surtout, ce sont les émouvantes vieilles filles de

l'oeuvre de Maupassant, passées à côté de la vie : Mademoiselle Perle, Miss

Harriett, la tante Lison d'Une vie.

Vers 1886-1887, et sous l'influence de ses expériences personnelles, Maupassant

évolue. Dans Fort comme la mort et Notre coeur surtout, c'est l'homme qui souffre

longuement du fait de la femme, une femme « moderne » que Maupassant décrit

aussi avec une crainte nouvelle dans le récit L'inutile beauté. Cette femme, raffinée,

intelligente, refuse de se laisser dominer par l'homme ; elle est peut-être frigide ; en

tout cas elle place sa propre indépendance au-dessus de la satisfaction des sens. Elle

est énigmatique pour l'homme, et capable d'inverser les rôles traditionnels des

sexes. Sélectionnez une page

Guy de Maupassant / Normandie |

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aupassant est, se veut Normand. Une forte race, de vrais paysages opposés à la

facticité du monde parisien et de la vie parisienne. Une vie se déroule dans le

pays de Caux, Pierre et Jean au Havre. Bel-Ami, originaire de la campagne proche

de Rouen, ne montre de sincérité et de fraîcheur que lorsqu'il retourne au pays, ou

pense à ses parents : une tendresse qu'il garde même devenu puissant et riche. La

seule scène d'amour spontané et partagé de Notre coeur se déroule au Mont-Saint-

Michel. 12

Dans ces récits normands, Maupassant met le plus souvent en

scène des paysans du pays de Caux, avec lesquels il a vécu sa

jeunesse et dont il se sent proche. Il n'en fait ni des misérables, ni

des prétextes à idylles champêtres. Ce sont de rudes travailleurs,

souvent bons vivants comme le héros d'Un Normand, ou Toine au

début du récit, ou le curé de la Bête à

Maît'Belhomme. Ils ne manquent jamais de

finesse, et pratiquent la farce (Farce normande)

dans les occasions de

fête, où l'on sait boire,

manger et rire : noces et baptêmes. Ils ne

sont pas incapables de passion,

tel Boitelle tombant amoureux fou

d'une négresse rencontrée au Havre, ni

de délicatesse dans les sentiments, comme le fermier veuf d'une domestique rongée

par un amour platonique (Le Fermier).

Mais en général, ils ignorent les interdits sociaux sur l'argent ou la sexualité, ce qui

donne lieu à des récits pince-sans-rire, comme La confession de Théodule Sabot ou

Tribunaux rustiques. Le mysticisme ne les tourmente pas ; la religion est plutôt un

code, et le curé de La maison Tellier n'en est que plus mystifié par l'émotion qui,

grâce aux prostituées, se répand dans son église un jour de première communion !

Les filles de la campagne « fautent » couramment, et le bâtard n'est pas considéré

avec le même blâme que dans le reste de la France de l'époque.

Le paysan de Maupassant est très âpre à l'argent. C'est ce qui fait le malheur de

Maître Hauchecorne, qui ramasse une simple ficelle et qui meurt suspect de vol ;

c'est ce qui explique la hâte à enterrer le vieux père et la fabrication prématurée des

douillons* dans Le vieux ; ce qui fait le crime de maître Chicot dans Le petit fût,

celui de la Rapet dans Le diable. Autre trait constant, la méfiance envers le «

horsain », l'étranger. Boitelle ne se mariera pas avec sa négresse, à cause du refus de

ses parents. Une vie renfermée sur elle-même, et qui a donc bien des côtés noirs que

Maupassant n'atténue pas. Mais en montrant aussi la misère, ou du moins la

pauvreté, qui durcissent ces paysans.

Les quelques bourgeois qui paraissent dans ces récits ne sont pas flattés : petite

bourgeoisie chiche de Pierrot et de Mon oncle Jules, impitoyable envers l'animal ou

le parent déclassé ; bourgeoisie rouennaise prête à toutes les concessions lors de

l'invasion allemande, dans Boule de Suif. Ni ces bourgeois, ni ces paysans ne sont

poussés au noir par Maupassant, les documents le prouvent. Pour les paysans, du

reste, on sent bien que l'auteur éprouve pour eux un sentiment de connivence, et

qu'il explique leurs défauts par la tristesse de la condition humaine.

Une stylisation de la géographie. Croisset, Rouen, Tôtes sont très exactement

décrits ; mais la « maison Tellier » est transportée de Rouen à Fécamp, et des noms

sont inventés, avec une consonance cauchoise : Rolleport (Aux champs), Tourteville

(Boitelle). Une stylisation du langage paysan, avec des vocables « avalés » et une

syntaxe ramassée, mais peu de mots véritablement patois, qui constitueraient une

difficulté pour les lecteurs (en majorité parisiens). Un choix donc, tout comme sont

choisies des anecdotes caractéristiques, pour ces courts récits qui doivent frapper. 13

* Douillons : pâtisseries normandes faites de pommes évidées, entourées de pâte.

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Guy de Maupassant / Politique |

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« Je veux n'être jamais lié à un parti politique, quel qu'il soit, à aucune religion, à

aucune secte, à aucune école, ne jamais entrer dans aucune association professant

certaines doctrines, ne m'incliner devant aucun dogme, devant aucune prime et

aucun principe » (à Catulle Mendès, 1876). Maupassant n'aime ni les politiciens de

la Troisième République (voir Bel-Ami), ni les aristocrates. Mais il ne croit pas non

plus qu'une société heureuse soit possible, étant profondément persuadé que le

destin de l'homme est mauvais par nature. Cependant, tout abus excessif lui semble

digne d'être dénoncé. Il participe en 1882 à une campagne menée dans Le Gaulois

en faveur du petit employé misérable et obligé de garder des dehors dignes - ce petit

employé dont il se moque d'autre part dans tant de récits, mais dont il connaît la

triste vie (peinte d'ailleurs dans des récits tels que La parure ou A cheval ). Surtout,

la guerre lui paraît atroce. « Quand j'entends prononcer ce mot : la guerre, il me

vient un effarement comme si on me parlait de sorcellerie, d'inquisition, d'une chose

lointaine, finie, abominable, monstrueuse, contre nature. » (Gil Blas, 11 décembre

1883). Il la dénonce directement dans le récit L'horrible, indirectement dans des

récits comme Boule de Suif.

Envoyé spécial du Gaulois en Algérie lors de l'affaire tunisienne, il pense que les

méthodes de colonisation française sont inadéquates : spoliation de paysans

indigènes, injustices des colons contre les indigènes et surtout méconnaissance de

leur civilisation, coutumes et religion ; pourtant il n'est pas ce que nous appellerions

un « anticolonialiste », car il pense que les chefs indigènes sont despotiques et les

tribus divisées. Il voudrait donc un changement profond de la politique française.

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Guy de Maupassant / Travail du récit |

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préciser d'abord : Maupassant, ainsi que la plupart des écrivains de son temps,

emploie « conte » et « nouvelle » indifféremment. C'est en vain qu'on voudrait

en définir deux typologies. Il serait commode d'avoir en français un terme comme le

« récit court » des Anglais, pour qualifier ces oeuvres.

Elles sont très travaillées, et leur aspect facile, lisse, ne doit pas faire illusion.

Comme dans ses romans, Maupassant suggère. C'est un visuel, un sensuel, dont les

images sont groupées de manière à cheminer longuement dans l'esprit du lecteur,

après l'avoir frappé dès l'abord : ainsi, les évocations de la nature normande au 14

printemps, ou des boulevards parisiens sous la pluie. Des tableaux de synesthésies.

Un travail de stylisation, de choix, de tempos rapides et qu'on sent tels (cinq jours

dans Boule de Suif, deux jours dans La maison Tellier, quelques mois dans Le petit

fût ). Des métaphores continues, par exemple le langage religieux, commercial,

militaire, employé tout au long de La maison Tellier (la lanterne de la maison close

est comme celles qu'on allume au pied de certaines madones, les femmes sont des «

recluses » ; il y a des « consommateurs » et un « personnel », Madame fait un « bon

métier » ; elle conduit son « régiment », sa « troupe », son « état-major »).

Maîtrise du récit, et soin de sa structure : comparer les deux versions du Horla.

Dans la première, il s'agit pour le « fou » de convaincre les médecins assemblés

près de lui. Le discours est du type « persuasif », avec une exposition, des appels à

la bienveillance, une généralisation du cas particulier à la science objective. Le récit

est faussement encadré : il s'ouvre, en réalité, car le médecin est prêt dans les

dernières lignes à adopter les conclusions du « fou » ; rien n'est fini. Dans Le Horla

2, il n'y a plus de médecin ; le récit est donné sous forme d'un journal conduit par la

thématique de la dissolution, et construit en redoublement : la partie qui commence

le 2 août recommence, mais en accélération, le processus du début. Le « double »

est donc inscrit dans le texte.

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Guy de Maupassant / Un romancier |

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es romans de Maupassant font l'objet, actuellement, d'une

réévaluation. La diversité de leurs sujets est très grande :

elle permet de comprendre toute une part de la vie sociale de la fin

du siècle dernier, vie des provinciaux, hommes ou femmes, dans

Une vie et Pierre et Jean, des employés, des journalistes et des

financiers dans Bel-Ami, des spéculateurs dans Mont-Oriol, des

gens du monde et des artistes dans Fort comme la mort et Notre

coeur. Pourtant, il ne faudrait pas croire que Maupassant est parti

d'un projet qui englobe la société tout entière comme Zola ; notre

écrivain se refuse en effet à écrire sur des personnages qu'il ne peut connaître que de

l'extérieur, et c'est la raison pour laquelle les classes populaires sont absentes de ses

romans. Maupassant n'est pas un naturaliste. Il refuse de travailler sur dossier.

C'est un romancier réaliste, dans la mesure où il peint les vérités de la vie, en n'en

refusant aucune sous prétexte qu'elle est « laide », car l'art doit traiter de tout (ainsi,

Bel-Ami a été un soldat brutal, et demeure un brutal dans ses rapports avec les

femmes, qu'il dupe et exploite ; la carcasse d'un vieil âne mort, dans Mont-Oriol, est

très longuement décrite, parce qu'elle est un présage funeste pour Christiane,

l'héroïne). Maupassant est aussi un réaliste, parce qu'il préfère remplacer les

longues analyses psychologiques par l'observation des faits et gestes des

personnages, révélatrice, si elle est exacte et fouillée, de leur psychologie. Mais le « 15

réalisme » n'est pas du tout une vision extérieure et neutre, chez ce disciple de

Flaubert. Dans le développement sur « Le roman », qu'il a placé en tête de Pierre et

Jean (et qui n'est pas la préface de ce roman en particulier, mais un article général

sur le sujet), Maupassant explique : « Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non

pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision

plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. » Un choix

s'impose donc dans les éléments fournis par la vie au romancier. « Faire vrai

consiste à donner l'illusion complète du vrai. » La réalité, d'autre part, est vue par

chacun suivant son tempérament. Il n'y a pas d'art objectif. « Chacun de nous se fait

une illusion du monde (...) Et l'écrivain n'a d'autre mission que de reproduire

fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut

disposer. »

Par exemple, Bel-Ami semble au premier abord nous offrir une vision très exacte de

la carrière d'un arriviste parisien qui réussit. Que de détails méticuleux ! Les prix

des repas, l'examen des costumes, des différents intérieurs, depuis la chambre d'un

misérable immeuble de rapport habité par Duroy (le futur « Bel-Ami ») quand il est

simple employé, jusqu'au somptueux hôtel particulier du banquier Walter dont il

finit par épouser la fille... Sans compter la description d'une situation politique qui

transpose fidèlement l'affaire tunisienne - expédition coloniale donnant lieu à des

spéculations -, replacée ici au Maroc ; et celle de l'exercice du journalisme, dans

e

cette fin du XIX siècle où il n'est même plus nécessaire, pour y réussir, d'être un

homme cultivé comme l'étaient au moins les journalistes d'Illusions perdues de

Balzac, roman dont l'action est située dans les années 1820. On peut trouver aux

personnages de journalistes que nous décrit Maupassant des modèles contemporains

tout à fait proches. On peut vérifier en lisant les publications de l'époque tous les

renseignements donnés par le romancier. Etude de moeurs, étude historiquement

fondée, minutieusement localisée dans les quartiers de Paris, Bel-Ami nous frappe

par la sévérité vraie du regard porté sur une époque où l'argent est la grande affaire,

et contamine les médias (le journal La vie française est au service des capitaux du

banquier Walter), la politique (Walter achète les députés et suscite les crises

ministérielles), les sentiments (Duroy, amant de Mme Walter, spécule d'après ses

conseils, puis il enlève sans amour sa fille Suzanne afin de faire un riche mariage).

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Corso di laurea: Corso di laurea in lettere (BRESCIA - MILANO)
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