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Texte


« Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande."
"Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur. »
Chateaubriand, René

Commentaire


René raconte à Chactas sa jeunesse pleines de rêves. Il s’est lancé dans les voyages mais cela n’a fait qu’entretenir sa mélancolie. Après avoir vécu au milieux de la foule parisienne, il s’est retiré à la campagne, dans son pays natal, dans l’espoir d’y trouver la paix du cœur ; cependant le spectacle de la nature ne fait qu’ accroître sa détresse.
Le texte peut être divisé en trois parties : les rêveries de René, les aspirations de René, l’appel de René
René ne précise pas l’endroit où il a choisi de vivre pour guérir de son mal ; cependant, le paysage évoqué nous rappelle la région de Combourg où Chateaubriand a passé une partie de sa vie. Pour trouver un remède à son mal, René cherche des sensations nouvelles dans les lieux qui l’entourent. Les images sont très simples, sans éclats e sans couleurs. Certaines images évoquent l’automne (feuille séchée, cime dépouillée, jonc flétri), d’autres impliquent une idée de fragilité et d’abandon (la mousse qui tremblait, la roche écarté, l’ étang désert). Toutes les images mettent l’accent sur la correspondance entre le paysage et l’âme de l’écrivain, aussi solitaire et désolée, dans la tradition romantique, la plus pure. Le rythme est très lent comme s’il s’agissait d’une musique nostalgique. A un certain moment, la vue de René s’éloigne et se porte plus loin : il aperçoit alors un clocher solitaire. Le clocher n’est pas seulement une métaphore de la solitude du jeune, il suggère tout ce qu’il y a de mystique dans sa mélancolie et dans son impossibilité de fixer sa surabondance de vie sur on objet bien précis.
Ensuite, dans la deuxième partie, René donne libre cours à son imagination et le rythme se précipite. Cependant, ses aspirations sont mal définies parce que les bords sont ignorés et le climats lointains. Tout d’un coup il entend une « voix du ciel » intervient en rappelant à René que seulement la mort peut satisfaire le besoin de bonheur. Et alors, on a l’image des oiseaux migrateurs qui symbolisent René transporté par le vent vers des régions inconnues. L’image est en relation aussi avec l’idée chrétienne de la félicité céleste qui attend l’homme après leur mort.
A la fin du passage, René lance un appel, non à la mort, ma à une autre vie. Il faut remarquer l’antithèse enchanté/tourmenté : ce la signifie que René trouve du plaisir dans son mal.
En conclusion, on peut dire que ce passage définit très bien le mal du siècle de toute une génération romantique qui a été déçue par Napoléon et ce n’est pas seulement le mal de René, mais celui aussi de Jacopo Ortis et du Jeune Werther.
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