Sapiens Sapiens 10566 punti

Eugene Ionesco: Rhinocéros (1960)

La pièce, selon l’expression de l’auteur lui-même est une « farce tragique » et elle fait partie de l’anti-théâtre, comme Beckett.

Les habitants d’une petite ville sont atteints d’une étrange contagion, la « rhinocérite », qui les transforment en rhinocéros ; seul Bérenger, qui symbolise celui qui résiste refuse cette situation. Les symptômes sont très reconnaissables : haine, jalousie, égoïsme, hypocrisie, goût de la domination et de la puissance. Dans ce passage, Béranger,en proie au doute, il se demande s’il ne va pas s’il ne serait pas mieux de s’engager dans la voie de la « rhinocérite ».

[…] Ce sont eux qui sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! comme je voudrais être comme eux. Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d’un vert sombre, une nudité décente ; sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n’est pas ça ! Essayons encore, plus fort ! Ahh, ahh, brr ! non, non, ce n’est pas ça, que c’est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n’arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements ! Comme j’ai mauvaise conscience, j’aurais dû les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J’ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant :) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

rideau
Eugène Ionesco, Rhinocéros, acte III, scène finale, 1959.

Signification de la pièce – acte III – scène finale

Il s’agit d’un monologue. Le protagoniste, Béranger, au début du passage voudrait se transformer en Rhinocéros ; en effet , dans le texte les mots qui se réfèrent à l’aspect physique du rhinocéros et qu’il admire sont nombreux : le corne, les mains rugueuses, la peau dure la couleur vert sombre, les barrissements. A la fin, Béranger change d’intention et il affirme qu’il se défendra contre tout le monde pour rester homme jusqu’au bout et donc il arrive à l’exaltation de l’humanisme, en continuant ainsi à défendre toutes les valeurs qu’il a toujours défendues.
Donc, Béranger est le symbole de la résistance de l’homme qui ne veut pas perdre son individualité, même si avant il est tenté de s’abandonner comme les autres à une nouvelle norme (= la rhinocérite). Par conséquent, on peut affirmer que Ionesco dénonce toute forme de totalitarisme ou de massification de la pensée.
La pièce est construite sur une métaphore, Les rhinocéros symbolisent les hommes qui se laissent tenter par les idéologies totalitaire (par exemple le nazisme) et qui défendent pour cela des principes qui sont contraires a toute forme d’humanisme.. Seulement Béranger reste un être humain. C’est pour ce motif que nous pouvons dire que Ionesco est un écrivain engagé, car il incite les spectateurs à la réflexion.

Hai bisogno di aiuto in Letteratura Francese?
Trova il tuo insegnante su Skuola.net | Ripetizioni
Registrati via email
Consigliato per te
Ionesco, Eugène - La tranformation de Jéan