Chapitre 1 : deux siècles d'histoire de l'immigration en France
L'immigration
Sur les routes de l'Ancien Régime
Depuis des siècles des femmes et des hommes sont arrivés sur le territoire français : certains n'étaient que de passage, d'autres sont restés quelques temps avant de repartir, d'autres encore se sont installés durablement. Ces migrations sont nées comme immigration de proximité et de rencontre avec les immigrants de l'intérieur, tous à la recherche d'un travail.
Le Moyen Âge marque une époque différente dans l'histoire de l'immigration parce qu'il y a deux genres d'immigration : une immigration liée à la culture, que l'on peut aussi définir comme élitaire, théologiens, marchands, banquiers, et une immigration plus modeste qui comprend artisans, domestiques, colporteurs, marins, pêcheurs et paysans. Par ailleurs, il y a une ouverture vers l'Europe même pour des raisons diplomatiques : les mariages princiers.
C'est la Révolution Française qui marque un tournant dans l'histoire de la perception de l'étranger car elle marque aussi une nouvelle conception de la Nation : se dessine l'État-Nation et sont introduits les concepts d'égalité, fraternité, liberté, donc la France accorde la qualité de Français à ceux qui sont nés sur son sol. Un autre tournant est marqué par la Révolution Industrielle parce qu'elle fait entrer l'immigration dans l'ère des masses. On s'approche de l'idée de recrutement.
1820 - 1914 : révolutions politiques et Révolution Industrielle augmentent les migrations de masse
L'asile et le travail
Lors de la Révolution Industrielle les besoins de l'agriculture, de la mine et de l'industrie, donc de main d'œuvre, attirent vers la France de nombreux migrants, souvent temporaires. Dans cette période la France est une terre de liberté et d'asile pour les personnes à la recherche d'un travail ou pour ceux qui ont des problèmes politiques : des Allemands, des Polonais de la Grande Émigration, des Juifs persécutés de Tsars. De nombreux étrangers participent à la Commune de Paris. En conclusion, à une immigration économique s'ajoute à cette période-là une migration qui fuit des révolutions politiques.
Tous ces réfugiés prennent part à l'économie française, en répondant aussi aux exigences de main d'œuvre. Ils participent notamment au développement de l'industrie textile, des chantiers navals et des chemins de fer. Suisses, Allemands et Espagnols passent aussi la frontière, mais les Belges et les Italiens sont les plus nombreux : ces derniers forment le groupe national le plus important, en occupant les postes les plus durs et les plus mal payés. En raison du déclin de la natalité française et de l'exode rural en 1881 les étrangers représentent 3% de la population. Des chaînes migratoires se mettent en place et donc les employeurs cherchent à organiser le recrutement. L'immigration frontalière ne suffit plus.
La loi de 1889 et les épisodes de xénophobie
Pour répondre à cette forte présence étrangère la Troisième République adopte en 1889 une loi qui accorde la nationalité française aux enfants d'étrangers nés en France d'un parent déjà né en France, deux générations, dès leur naissance ; et aux enfants d'immigrés à leur majorité, sauf s'ils y renoncent, droit du sol, pas de sang.
En ces temps de nationalisme il y a des épisodes de violence xénophobe contre les immigrés, accusés de concurrence déloyale, d'être porteurs de maladies ou encore des terroristes anarchistes. Les Italiens sont les plus visés : il y a un épisode qui fait l'histoire de l'immigration italienne en France. C'est l'événement de Aigues Mortes en 1893 : beaucoup d'Italiens qui travaillaient dans les salines du Midi furent victimes de plusieurs lynchages parce que certains trimards rejoignent Aigues Mortes et ont lancé la fausse nouvelle que des Italiens avaient tué des concitoyens lors d'une bagarre. Cela conduit la population et les travailleurs locaux qui étaient au chômage à soutenir les Français. Il y a donc la nécessité de surveiller les étrangers par leur imposant de s'enregistrer en mairie pour pouvoir travailler, 1888.
Ensuite, en 1893, ils doivent obtenir la Feuille de 46 sous, c'est-à-dire un permis de travail qui est aussi l'ancêtre de la carte de séjour. Cela est donc une tentative de les ficher pour comprendre qui se trouve, à ce moment-là, à l'intérieur du territoire français. C'est précisément ce qui se passe aujourd'hui en Italie, parce que nous avons une histoire d'immigration tout à fait différente.
Stéréotype de l'Italien en France
L'étranger Italien en France a deux appellations : "le Rital", en raison de la prononciation erronée de la "r" par les Italiens ; et "les Macarons" pour sa culture alimentaire. L'Italien en France est celui qui gesticule et qui mange.
Une Belle Époque pour les étrangers ?
La Belle Époque est une période historique qui va des dernières années du 1800 jusqu'à la Première Guerre Mondiale. La définition de "Belle Époque" était donnée rétrospectivement car la guerre éclate et donc tout est beau comparé à ce qui est venu après, définition nostalgique. C'est une période d'essor culturel, on voit beaucoup de mouvements artistiques, une période où le cinéma naît, une période du divertissement avec le Moulin Rouge ou le cancan, une période où Paris s'impose comme "ville lumière"... Dans ce cas "Belle Époque" peut être interprété même au sens littéral, c'est-à-dire une belle époque pour les étrangers qui commencent à gérer des petites entreprises et des petits commerces, donc à être intégrés dans la société. La xénophobie s'atténue.
1914 - 1918 : étrangers et coloniaux dans la Grande Guerre
Au début de la guerre des immigrés s'engagent comme volontaires dans l'armée française, 3000 volontaires Italiens forment à part un bataillon de "Garibaldiens". Toutefois, très vite la France fait appel à ses troupes coloniales d'Algérie, du Sénégal, du Maroc, d'Afrique et du Madagascar, donc à ce moment-là les recrutements ne sont plus volontaires, mais sous la contrainte et conduiront à des tensions ou des soulèvements. D'autre part, le gouvernement français valorise largement ces troupes indigènes, notamment ceux que l'on appelle la Force Noire, et découvre concrètement l'étendue de "leur empire".
À la fin du 1914 on parle d'immigration du travail : c'est la fin de la liberté de circulation et la carte de travail devient obligatoire. À partir de 1916 il y a une organisation de recrutement de la part de l'armée, en puisant même à l'étranger qu'aux colonies. On voit aussi l'apparition d'une nouvelle ethnie, car la France s'ouvre vers la Chine, en recrutant nombreux travailleurs chinois*. Ensuite, une nouvelle forme d'immigration apparaît : les travailleurs coloniaux sont maintenus à l'écart des populations et s'installent de nouveaux stéréotypes racistes.
Formation des micro-organismes gérés par leurs propres règles, un club, ex. San Marino, Citta del Vaticano.
1919 - 1939
Il y a plusieurs moments de crise économique, mais le plus important que la France a traversé est lié aux années 30 : il arrive le krach boursier à Wall Street en 1929 et les répercussions de la crise arrivent également en France dans les années 30 et 31. Pendant les années 20, les immigrés étaient nécessaires à la reconstruction de la France, surtout à cause de l'expansion industrielle et du dépeuplement rural ; mais dans cette période de crise ils deviennent des indésirables. La période entre deux guerres est partagée en deux micro-périodes : les années 20, période de la reconstruction qui fait terminer les années folles, et les années 30, où on commence à comprendre qu'une autre catastrophe va arriver.
Les années 20
En 1919-1920 l'État français signe des conventions d'immigration qui garantissent l'égalité des salaires et le bénéfice des lois de protection sociale. Pour lutter contre la crise démographique le parlement adopte en 1927 une loi qui facilite la déposition de la demande de naturalisation : ne sont plus nécessaires 10 ans de séjour, mais seulement 3. L'immigré peut répondre aux nécessités démographiques, économiques, de refuge politique. On perçoit, donc, qu'il y a une importance de l'État et du nationalisme qui concourt aussi aux choix en matière d'immigration.
Ensuite on assiste à la naissance de la Société Générale de l'Immigration, très importante à ce moment-là parce que l'État s'en remet au secteur privé en ce qui concerne le recrutement. Effectivement elle s'occupe exactement de ça, mais pas seulement : transport, recherche, sélection, placement des ouvriers et des immigrés. En 1931 la France figure au premier rang des pays d'immigration, devant les États-Unis, 7% de la population. L'origine des immigrants se diversifie et il semble que chaque ethnie a sa région. L'immigration coloniale se développe aussi.
Les années 30
Pendant ces années la xénophobie gagne toutes les couches de la société et on renvoie chez eux de nombreux chômeurs. L'antisémitisme s'aggrave quand antinazis, juifs et républicains espagnols viennent se réfugier en France. Des lois de "Préférence Nationale" interdisent à ces réfugiés l'exercice des professions libérales. C'est parce que les Français ont peur que les immigrés leur volent leur travail. Étrangers et immigrés participent aux grèves et aux manifestations de l'été 1936. Toutefois, le Front Populaire constitue un répit : pendant son mandat il s'est efforcé de préserver les ouvriers :
- En définissant un salaire minimum plus réglementaire,
- En introduisant deux semaines de congés payés et la journée du travail,
- En favorisant la nationalisation de certaines industries.
On peut remarquer qu’il y a une attention particulière à leur quotidien et à l’aspect humain, qui s’étend également aux travailleurs migrants. Malheureusement, en 1938, Daladier se remet à considérer comme indésirables les étrangers.
Le Front Populaire représente une coalition des partis de gauche, donc des communistes, socialistes et radicaux qui gouverne de 1936, jusqu'à 1938 pour lutter contre le fascisme. La devise : Pain, Paix, Liberté.
1939 - 1945 : résistants et victimes au temps de la barbarie nazie
De la mobilisation à l'armistice
La France fait son entrée dans la Seconde Guerre Mondiale le 3 septembre 1939 en déclarant la guerre à l'Allemagne. Suite d'une période avec quasiment aucun combat, à partir du 1940 les forces allemandes s'attaquent à la France, qui fait appel à nouveau aux travailleurs et aux soldats venus des colonies. En juin le maréchal Pétain est appelé à la tête du gouvernement français et quelques jours plus tard la France, à la tête du général de Gaulle, est veincue par l'Allemand. Pétain est contraint de signer l'armistice. Le pays est alors divisé en deux parties : au nord, Paris y compris, la zone occupée, au sud la zone "libre", mais pas trop. En effet le général Pétain voudrait une véritable révolution nationale, c'est-à-dire changer la France, éliminer toutes les réformes du Front Populaire et revenir à l'idée d'un État-Nation en abolissant tous les droits de la Révolution Française. Liberté, égalité et fraternité sont remplacés par l'idée de travail, famille, patrie. Le travail est conçu comme un cadeau que le citoyen fait à l’État. Comment change la devise française dans le temps ?
| Révolution Française | Liberté, Égalité, Fraternité |
| Front Populaire | Pain, Paix, Liberté |
| Occupation | Travail, Patrie, Famille |
Le 18 juin 1940 le Général de Gaulle, sur les ondes de la BBC, exhorte ses compatriotes à continuer le combat contre l'Allemagne nazie : c'est le début de la Résistance, où étrangers, travailleurs et soldats coloniaux jouent un rôle important avec leur présence active dans la guerre. Le régime Vichy est un régime politique qui fait la suite à la Troisième République : les pleins pouvoirs sont donnés au maréchal Pétain, qui s'installe dans la ville de Vichy en zone libre. On est dans l'ordre du chef d'état.
Pour Vichy, les étrangers sont des indésirables, au point que le régime engage des procédures de dénaturalisation contre certains d'entre eux, en particulier les Juifs venus d'Europe de l'Est. Un décret d'octobre 1940 rend possible leur internement. Avec l'instauration de la "Solution Finale" en Allemagne, le port de l'étoile jaune devient obligatoire pour les Juifs français à compter de 1942. À partir de ce moment-là les rafles prennent un caractère massif, comme lors la r