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Stalker

(Pique-nique au bord du chemin)

Arkadi & Boris Strougatski

Stalker

Andreï Tarkovski

Stalker des frères Strougatski, paru en 1972, a connu une postérité singulière.

L’adaptation cinématographique qu’en a donné Andréï Tarkovski en 1979 et la catastrophe de

Tchernobyl en 1986 ont réactivé certains motifs de l’œuvre : la Zone et le stalker, figure

paradigmatique du lieu hostile et parangon du passeur, l’une appelant l’autre. Ces deux

événements ont fortement infléchi l’horizon d’attente et la réception du roman originel,

comme en témoigne la variété de son paratexte éditorial (les couvertures des différentes

éditions renvoyant explicitement au film ou à la catastrophe, et le titre original passant en

position de sous-titre dans la plupart des éditions actuelles, érigeant le stalker en héros

éponyme de l’oeuvre).

Il s’agira ici de proposer quelques remarques sur les dispositifs spatiaux mis en œuvre

par le roman et de voir comment ces dispositifs construisent une image de l’altérité

particulière, en même temps qu’ils posent, par les décentrement qu’ils opèrent, une

interrogation sur l’humain et sur les possibilités de la connaissance humaine. Nous établirons

aussi quelques parallèles avec le film de Tarkovski quand il nous semblera éclairer les

dispositifs spatiaux du roman en leurs proposant un contrepoint intéressant.

L’espace du genre

Le chronotope qui s’offre au lecteur est flou. Si nous pouvons apprécier l’empan

chronologique de la fiction en rapport avec l’âge du héros (huit ans, de ses 23 ans à ses 31

ans) et placer l’action en 2019, il nous est par contre beaucoup plus difficile de faire

correspondre l’espace de la fiction à un espace réel. La toponymie est peu éloquente et

l’anthroponymie nous amènerait à considérer avec beaucoup de réserve que l’action a lieu en

1

Amérique du nord, dans des espaces de densité urbaine moyenne . En outre, la zone évoquée

dans le roman n’est que l’une parmi les six autres visitées par la présence extra-terrestre :

l’histoire qui se déroule en son cœur et à ses marges se présente donc comme un cas

particulier dont on peut supposer des avatars pour chacune des autres zones, faisant du récit le

cas d’espèce d’une problématique de l’expérience extra-terrestre plus large.

Le roman commence par poser la dialectique intérieur/extérieur de manière inversée

par rapport aux canons génériques de la science-fiction : si le héros est amené à explorer un

espace, il ne s’agit pas de l’espace technologique du space opera classique. De la même

1 Il est pourtant bien difficile de lire le roman sans avoir à l’esprit le chronotope particulier de l’Europe de

l’ouest, pendant la période des derniers feux de la tutelle soviétique. La récupération du couple Zone/Stalker par

les discours qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl, la colossale adaptation par le cinéaste Tarkovski ainsi

que la nationalité des auteurs orientent et « forcent » la lecture spatiale du roman. 2

manière, la science et l’avancée technologique qui sont les ressorts habituels et nécessaires

pour réduire l’altérité à du connu et le lointain à du proche, n’est présente dans le roman qu’à

la marge, illustrée par les seconds couteaux de la fiction. Plus encore, cette même science

brille par son impuissance à résoudre le problème que pose la Zone, à comprendre le

fonctionnement des objets que les stalkers en rapportent et à produire un discours scientifique

sur la « Visite ». Dès le prologue du roman, nous sommes amenés à prendre connaissance de

la situation aporétique dans laquelle va baigner l’univers scientifique du roman : le Docteur

Pilman, prix Nobel de physique, sape d’emblée toute foi en la science comme en ses propres

découvertes (le « radiant de Pilman » n’est pas une avancée sérieuse, elle est à mettre au

compte d’un écolier, il en produit une explication on ne peut plus prosaïque). Les auteurs

s’offrent au passage le luxe de tourner en dérision les caractères de la science-fiction

2

traditionnelle . Ainsi le roman contredit les codes habituels des récits de premier contact avec

une civilisation extra-terrestre : il n’use pas du personnel romanesque approprié (l’explorateur

scientifique) et il propose une rencontre in absentia (il s’agira seulement d’une rencontre

médiée par les objets supposément laissés par les Visiteurs).

Dans Stalker, les auteurs renversent le paradigme de l’exploration en ce sens que les

personnages sont amenés à produire une sorte de reconquête spatiale : les hommes ont subi

une visite dans un espace qui était autrefois le leur et l’exploration qu’ils doivent mener dans

les zones visitées se présente comme une inspection après intrusion et non comme une

découverte obéissant à un véritable désir de projection vers l’inconnu. Ainsi Stalker reprend

certains codes et présente certains traits caractéristiques du roman d’aventure : l’explorateur

dur à cuire, la traversée en territoire hostile, le motif de la carte, la recherche d’objets-trésor,

l’économie particulière et les relations humaines qui découlent de cette recherche. Mais parce

que le roman s’inscrit dans une perspective inver

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Sintesi

Stalker

Stalker des frères Strougatski, paru en 1972, a connu une postérité singulière. L’adaptation cinématographique qu’en a donnée Andréï Tarkovski en 1979 et la catastrophe de Tchernobyl en 1986 ont réactivé certains motifs de l’œuvre : la Zone et le stalker, figure paradigmatique du lieu hostile et parangon du passeur, l’une appelant l’autre. Ces deux événements ont fortement infléchi l’horizon d’attente et la réception du roman originel, comme en témoigne la variété de son paratexte éditorial (les couvertures des différentes éditions renvoyant explicitement au film ou à la catastrophe, et le titre original passant en position de sous-titre dans la plupart des éditions actuelles, érigeant le stalker en héros éponyme de l’œuvre).

Il s’agira ici de proposer quelques remarques sur les dispositifs spatiaux mis en œuvre par le roman et de voir comment ces dispositifs construisent une image de l’altérité particulière, en même temps qu’ils posent, par les décentrements qu’ils opèrent, une interrogation sur l’humain et sur les possibilités de la connaissance humaine. Nous établirons aussi quelques parallèles avec le film de Tarkovski quand il nous semblera éclairer les dispositifs spatiaux du roman en leur proposant un contrepoint intéressant.

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