Histoire littéraire début du 1900
Entre le début du 900 et la Première Guerre mondiale on a une ferveur créative. On assiste à la naissance de mouvements et tendances littéraires en art et en littérature, grâce à la connaissance des découvertes scientifiques et techniques (rays X, cinéma, voiture…). Le monde est dominé par la vitesse, ce qui choque le sens du temps et de l’espace.
Pour résister à ce nouveau monde, les artistes antiréalistes et postsymbolistes commencent à redéfinir le rôle de l’art et de l’artiste dans la société. Par exemple, le poète focalise son attention sur la science et le dynamisme, pour ouvrir les yeux toujours fermés. Il faut trouver des nouvelles manières pour communiquer une réalité changée, tout en considérant l’hérédité du symbolisme, qui a éloigné la poésie des gens et de la vie.
On oppose au symbolisme un contact avec la nature et la société, avec le besoin d’agir et de rester dans des espaces ouverts.
Ce ferment poétique qui portera à l’Avant-garde se divise en plusieurs itinéraires :
- Abbaye de Créteil fondée en 1906 par Georges Duhamel, Charles Vildrac et René Arcos : la poésie est la voix de l’entité qui se forme à partir de l’union entre les hommes et le monde. Ils s’inspirent de Walt Whitman en exaltant la modernité des villes et des machines. Ils se tenaient en contact avec Marinetti. Jules Romains aussi a contribué à publiciser les idées de l’Abbaye à travers son mouvement, l’unanimisme.
- Unanimisme, fondé par Jules Romains. Comme on sait que l’homme appartient à la communauté du « nous éternel », on veut libérer l’individu de sa fragilité. Les gens ont une même âme.
- Paul-Jean Toulet et Francis Carco se sont opposés au Romanticisme, au parnasse et au symbolisme. Ils ont récupéré la tradition populaire et burlesque, pour rénover le langage poétique, vers l’avant-garde.
- Œuvres burlesques et mystiques de Frère Martorel, 1912 et la poétique cubiste dans Le Cornet à dés, La lampe d’Aladin, Max Jacob avec.
- Jean Cocteau, avec ses premières récoltes poétiques : Le prince frivole, 1909, 1910.
Charles Péguy
La plus importante révolution poétique de l’avant-garde a été faite par deux auteurs éloignés qui avaient en commun le catholicisme.
Charles Péguy semble ignorer le symbolisme et donne naissance à une poésie concrète, consciente de la condition douloureuse de l’homme à l’intérieur d’une redécouverte du christianisme, où la grâce est une joyeuse révélation de Dieu dans l’homme.
Péguy était socialiste et dreyfusiste. Pour lui, l’homme doit obtenir sa salvation dans la réalité du quotidien.
Le protagoniste de ses œuvres est Jeanne d’Arc, figure politique et religieuse. Nous la retrouvons dans Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, 1910 (œuvre politique-sociale, théologique et mystique où la dimension éternelle et celle temporelle sont unies), les poèmes Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1911, La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, 1912. À partir de ces poèmes, il construit une œuvre où la spiritualité et le charnel sont unis, Eve, 1913.
Il emploie les vers libres ou les alexandrins.
Péguy n’a jamais été à faveur de la modernité, cependant il a permis à la poésie de s’éloigner du symbolisme, pour être ouverte au monde.
Paul Claudel
Paul Claudel a été poète, dramaturge et diplomatique. Sa vie a été signée par la découverte de Rimbaud et la conversion, les deux évènements se sont passés en 1886. Son passage définitif à l’orthodoxie catholique adviendra en 1906, avec son mariage.
La politique et la religion ne se distinguent pas chez Claudel.
Le point du début, pour sa poétique, est la question « qui suis-je ? » « Dans quel espace et dans quel temps je me trouve ? », la même question qui angoisse Kafka, Proust, Sartre, Camus, Heidegger…
La réponse initiale de Claudel est l’affirmation d’une conscience de soi-même qui coïncide avec la conscience de la réalité circonstante : la naissance de l’homme et des choses, qui advient au même temps, est une « co-naissance ». L’individu s’étend vers l’extérieur en prenant possession du monde.
Élan vers le réel pour le posséder totalement, mais le monde ne semble pas avoir un fondement stable. Ce n’est que Dieu qui pourra garantir une naissance à l’homme et aux choses, en stabilisant la co-substance. Dieu donne même naissance à l’homme et au monde avec un acte, ce sont deux forces antagonistes, liées par la dialectique. L’homme s’étende vers le monde, qui exercice sur lui une pression. La poésie exprime le rapport entre homme et monde en faisant correspondre le monde (fini) avec Dieu (infini).
Le but de la poésie est la possession de la totalité du monde fini pour en connaître la richesse infinie. On veut découvrir la raison des éléments du créé, les nommer et les comprendre.
La poésie de Claudel trouve son origine dans le conflit intérieur où agissent les nombreuses voix où le contraste entre attachement à la patrie et le rappel à la transcendance. Pour équilibrer ce désaccord intérieur il est nécessaire de créer une nouvelle forme poétique.
Œuvres de Claudel : Cinq Grandes Odes, 1904/1909, Processionnal pour saluer le siècle nouveau 1911, Cantate à trois voix, 1913, Corona benignitatis anni Dei, 1915.
Claudel privilégie l’emploie des métaphores. Il utilise les vers dans ses œuvres théâtrales aussi, pour témoigner le lien entre théâtre et poésie.
Les personnages de Claudel se divisent entre acceptation et refuse de l’espoir, entre péché et rédemption.
Le théâtre de Claudel abandonne le naturalisme pour mélanger prose et poésie.
Paul Valéry
Paul Valéry a été poète, philosophe, critique et théoricien de la littérature et de l’art.
Il était étrange à l’avant-garde et à la transcendance. Il supère le symbolisme pour élaborer une autre modernité littéraire.
Son maître était Mallarmé.
Valéry a une conception sacrale de la littérature. Le poète disparait dans l’œuvre, pour permettre au Livre d’apparaitre avec la révélation idéale de tout.
L’adhésion de Valéry à cette esthétique est interrompue par la « notte di Genova », entre le 4 et le 5 octobre 1892, après lequel il abandonne la poésie pendant 20 ans. Ces années seront caractérisées par une distance critique de la littérature et une réappropriation esthétique.
Désacralisation de la littérature, qui est maintenant considérée comme un instrument de découverte théorique. Refuse de la réalisation de l’œuvre, parce que la chose importante c’est la connaissance des processus qui la rendent possible.
Les méditations sur le fonctionnement et sur les pouvoirs de l’esprit suivants la « notte di Genova » sont écrites sur les Cahiers, que Valéry écrit tous les jours à l’aube.
Dans l’œuvre Introduction à la méthode de Léonard de Vinci du 1895, Valéry élabore une poétique visée à établir les connexions entre les principes généraux sur lesquels se basent les règles de la fabrication de l’œuvre. Léonard représente celui qui applique ses pouvoirs sans considérer les créations de l’esprit et la connaissance du monde. Son esprit est universel dans le savoir total.
Dans l’œuvre La soirée avec Monsieur Teste (1896) aussi on a une destruction de l’individu, dans ce cas parce que Teste ne se concentre que sur lui-même. Teste veut que le monde coïncide avec ses pensées.
Si Léonard disparait dans la création de l’œuvre, Teste refuse l’accomplissement de l’œuvre.
La question qui tourmente Teste est « qu’est-ce qu’un homme peut réaliser ? », mais il ne donnera jamais une réponse à cette question, car il faut maintenir séparés l’esprit et le monde. Cette séparation est évidente dans les Théâtre de l’Opéra, deux actes qui divisent l’œuvre. Le premier acte se situe chez le Théâtre de l’Opéra, où Monsieur Teste peut dominer les gens avec son regard. Le second acte se déroule dans sa chambre, où il souffre à cause d’une douleur physique qui le domine et détruit sa conscience. Il voulait plier sa vie à l’intelligence, mais sa pensée n’a pas de pouvoir ni sur le monde, ni sur son corps. La fracture du corps de Teste est la représentation de la séparation entre connaitre et être (=impossibilité d’identité qui disparait dans la recherche du pouvoir de l’esprit sur soi-même).
La soirée avec Monsieur Teste signe le début d’un autre début, une autre littérature encore inédite.
Valéry reprend à écrire des poèmes, comme par exemple La Jeune Parque (1912/1917). Ce poème a été écrit parce que Gide et l’éditeur Gallimard lui avaient proposé de publier ses poèmes de la jeunesse dans la « Nouvelle Revue Française » et tandis que Valéry corrigeait les vieux poèmes il a eu la nécessité d’écrire à nouveau un poème. Le poème parle du changement d’une conscience pendant une nuit, la structure de l’œuvre est une fabrication, un exercice de style. Dans ce poème on voit surgir un rapport entre langage et sensibilité, entre poésie et nature (la poésie ne veut pas imiter la nature, elle veut plutôt changer ses mécanismes de création) le langage de la poésie doit retrouver sa dimension de chant. Les mots n’ont pas la fonction de représenter les choses en leur s’adaptant, mais ils ont une relation entre sens et son. Le poème doit être considéré autonome, parce qu’il se base sur la correspondance ente harmonie du son et harmonie du signifié. Dans ce poème on a à nouveau l’idée impossible de l’identité exhaustive de soi-même, avec soi-même. On a une séparation entre vie et connaissance. Ce poème a été écrit en réaction à la Première guerre mondiale.
Dans les poèmes de Valéry, le gros constant est qu’on a toujours un personnage qui doit se rapporter avec le monde. Grâce au poème, on crée un espace-temps où le monde est allégorie de l’esprit, le personnage nous montre l’extérieur pour nous décrire son intériorité.
Chez Valéry on a deux réalités poétiques : la première est lucide et calculatrice, la deuxième se base sur la profondeur intime et obscure du personnage, c’est le concept de la « voix de l’être » qui unifie les deux choses.
Valéry Larbaud (1881-1957)
Valéry Larbaud est un exemple de la figure du cosmopolite. Dans son recueil poétique A. O. Barnabooth, Ses Œuvres complètes, c’est-à-dire un Conte, ses Poésies et son Journal intime du 1913 on peut retrouver de l’autobiographie mais aussi une influence étrangère : celle de Walt Whitman. Le héros doit concilier l’humanisme ancien et celui de la modernité. Larbaud a aussi un sentiment mystique et chrétien de la vie.
Il a été un important traducteur. C’est grâce à lui que les œuvres de Joyce, Svevo et Gomez de la Serna ont été connues en France.
Blaise Cendrars (1887-1961)
Blaise Cendrars a beaucoup voyagé pour satisfaire son besoin de connaitre de nouveaux espaces géographiques et mentaux. Sa première œuvre, Séquences, est pleine du symbolisme et de la vision du monde de Schopenhauer. À fur et à mesure qu’il écrit, il s’ouvre à la dimension cosmique, sous l’influence de Bergson, Romains, Nietzsche et Whitman. Sa poésie fait beaucoup d’expérimentes, sans renoncer à la liberté.
Il ne veut pas décrire le monde, il veut écrire dans le monde, pour en découvrir des nouveaux signifiés.
Le premier résultat de cette quête a été Pâques à New York (1912), où il ressent de l’angoisse. Le voyage est comparé à la Passion de Jésus, mais sans rédemption.
Le désir du voyage est aussi fort en La prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France (1913), où le poète traverse l’Asie avec un ami et une prostituée pendant la guerre entre Russie et Japon. C’est le premier texte simultané, et un poème-objet, publié en forme de dépliant grâce aux dessins cubistes de Sonia Delaunay.
La même alternance entre mots et images se passe dans Dix-neuf poèmes élastiques (1919), en suivant la technique du ready made (=déstructuration de la syntaxe en fonction de la mobilité élastique du réel).
L’ouverture de Cendras à la modernité est désenchantée, il en observe les contradictions et les violences, comme le risque du prédomine de l’économie (Le Panama ou les aventures des mes sept oncles 1918). La modernité est pleine de merveille et de charme, mais elle ne génère rien.
Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Guillaume Apollinaire, Apollinaris Albertus de Kostrowitsky, est au milieu des transformations esthétiques du début du siècle, grâce à sa prédisposition pour l’aventure. Il est né à Rome ; sa mère était une noblesse polaque et son père était un officiel du Royaume des Deux Siciles. Il va vivre à Paris, où il commence à beaucoup lire. Il sera toujours au milieu de deux tendances : la dimension collective et celle intime de la poésie. La même indécision se présente en littérature : il est à faveur de l’innovation littéraire et artistique, mais il ne veut pas rompre avec la tradition (manifeste futuriste du 1913, L’Antitradition).
Entre symbolisme et avant-garde
Alcools (1913) est un recueil fondamental pour la poésie du 1900. Il contient des textes écrits entre le 1898 et le 1913, disposés en alternant les poèmes traditionnels à ceux innovateurs. Le poème qui ouvre le recueil est Zone (figure du poète, qui ne réussit pas à comprendre son rôle dans l’avenir, avec l’angoisse de la fuite du temps), la dernière écrite et totalement moderne. D’autres poèmes ici contenus sont Pont Mirabeau (eau du fleuve=vie qui retourne au passé), Cortège (passé lumineux et futur incolore), Cors de chasse (la mémoire, qui devrait sauver les souvenirs de la mort apparait… mourante).
Apollinaire propose de résoudre le contraste entre passé et présent en établissant un nouveau type de rapport avec le temps : même si on a nostalgie du temps passé, on ne peut pas lui courir après, parce que le passé est partout dans notre présent actuel, sous forme de couleurs, odeurs et sensations. Ce nouveau rapport avec le temps implique un bouleversement de la dimension spatiale aussi (dans Zone le poète se trouve en 4 villes différentes au même temps vitesse des transports).
Apollinaire cherche à reproduire en littérature ce que les artistes cubistes avaient déjà fait avec leurs peintures, et donc dépasser la métaphysique symboliste pour représenter le monde actuel, avec ses transformations continues et rapides. Il réussit à le faire grâce à la parataxe, à l’élimination de la ponctuation et à la poésie visuelle, qui neutralise le temps de lecture.
Dans Calligrammes (1918), le poète devient un peintre de mots. La poésie peut être visualisée, et pas seulement lue. Elle permet d’établir un lien direct avec le monde. L’écriture se libère des normes académiques et en adopte d’autres qui rompent la barrière entre poète et vie concrète. Apollinaire refuse le futurisme, parce qu’ils ne considèrent pas le passé, alors qu
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