La PRAGMATIQUE
« Les paroles sont aussi des actions » :
DIRE, c’est sans aucun doute transmettre à autrui certaines informations sur l’objet dont
on parle, mais c’est aussi FAIRE, c’est-à-dire tenter d’agir sur son interlocuteur, voire sur le
monde environnant
De la linguistique à la pragmatique
au XXe siècle, une nouvelle discipline apparaît dans le paysage scientifique: la
➢ linguistique
le Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure
○ distinction langue / parole : « En séparant la langue de la parole,
■ on sépare du même coup : 1° ce qui est social de ce qui est individuel ;
2° ce qui est essentiel de ce qui est accessoire et plus ou moins
accidentel. » (Saussure, 1972, 30.)
LANGUE = dimension sociale et collective ; système de signes
■ PAROLE = acte individuel
■
Définitions: LANGAGE/LANGUE/PAROLE
LANGAGE
➢ capacité universelle et innée de communiquer(commun à tout être
○ humain)
système organisé, double articulation pour assembler sons et sens
○
LANGUE
➢ ensemble abstrait d’unités qui forme un système autonome
○ la langue est l’objet de l’analyse linguistique structurale telle
■ qu’elle a été définie par Ferdinand de Saussure
outil (commun à un groupe de personnes)
○ nécessite un apprentissage
○ système réunissant un ensemble de mots(lexique) et de règles
○
PAROLE
➢ actualisation singulière de la langue dans un contexte particulier
○ cette manifestation individuelle de la langue avait été rejetée de la
■ linguistique structurale telle qu’elle est définie par Ferdinand de
Saussure on parle plutôt aujourd’hui de « discours » pour
→
désigner la langue en fonctionnement
utilisation concrète et individuelle de la langue, propre à chaque
○ individu(prononciation, accent, intonation, expressions utilisées, etc.)
Les Domaines de l’Analyse Linguistique
PHONÉTIQUE
➢ étude scientifique des sons de la parole du point de vue de leur
○ production articulatoire, de leur transmission dans l’espace et de
leur réception auditive
science qui étudie la production et la perception des sons des langues
○ humaines
unité analysée : le son
○ exemple : quelle différence de prononciation entre tu et tout?
○
PHONOLOGIE
➢ science qui étudie les sons du langage du point de vue de leur fonction
○ dans le système de communication linguistique
unité analysée : le phonème
○ exemple : on constate que la langue chinoise, qui a des mots courts, une
○ structure syllabique très simple et des timbres vocaliques peu variés,
accorde, en compensation, un rôle différenciateur important aux tons.
(Perrot, Ling., 1953, p.114)
MORPHOLOGIE
➢ étude des unités significatives minimales d’une langue
○ elle isole ces unités indivisibles et analyse selon quels processus
■ elles se combinent pour former de nouvelles unités de sens
unité analysée : le morphème
○ exemples :
○ L’enfant qui produit « vous disez » ne fait que généraliser une règle
■ de construction.
Le mot « chaises » comporte deux morphèmes : chaise (base ou
■ racine) et le pluriel (morphème grammatical)
SYNTAXE
➢ étude de la phrase qui analyse les règles selon lesquelles les unités de
○ sens se combinent pour former des unités de sens supérieur
manière de joindre ensemble les mots d’une phrase et les phrases
○ entre elles (Littré)
unité analysée : la phrase
○ exemple : « C’est de ma faute. » S’agit-il d’une phrase correcte d’un point de
○ vue syntaxique ?
SÉMANTIQUE
➢ étude de la signification des unités linguistiques ainsi que de leurs
○ relations
unité analysée : le sème
○ exemple : on dira « il frappe son frère », « il bât son frère », « il le frappe au
○ visage » mais non « il le bât au visage », pourquoi ? Quels sèmes ou quelles
propriétés sémantiques sont en jeu?
PRAGMATIQUE
➢ étude de l’usage de la langue comme pratique énonciative
○ intersubjective contextuellement située et dotée d’un pouvoir de
faire
approche linguistique qui se propose d'intégrer à l'étude du langage le rôle
○ des utilisateurs de celui-ci, ainsi que les situations dans lesquelles il
est utilisé
la pragmatique étudie les présuppositions, les sous-entendus, les
○ implications, les conventions du discours, etc. (Larousse)
unité analysée : l’acte de langage
○ exemples :
○ « Peux-tu me passer le sel ? » / « Passe-moi le sel ! »
■ S’agit-il du même acte de langage ? Pourquoi ?
→
On reconnaît un acte de langage dans cet échange ? Essayer de le
■ décrire:
Yanis : Va te laver les dents !
Clélia : J’ai pas sommeil !
J’ai mal à la tête. = énoncé pouvant donner lieu à des interprétations
■ différentes en fonction du contexte
d’occurrence.
une soirée agrémentée de musique, ça signifie : “La
→Dans
musique est trop forte”.
d’une conversation houleuse, ça signifie : “Tais-toi, tu
→Lors
parles trop !” Ou “Taisez-vous, vous parlez trop !”
par un enfant sur le chemin de l’école, ça signifie :
→Prononcé
“Je ne veux pas aller à l’école”
Veux-tu venir ici ? = L’interprétation de cet énoncé nécessite de
■ connaître le lieu occupé par le sujet parlant.
= On remarque qu’il ne s’agit pas d’une phrase
interrogative mais d’un ordre
la théorie pragmatique s’intéresse au supplément d’informations,
○ composé de données non linguistiques, afin de fournir une
interprétation complète de l’énoncé
LA PRAGMATIQUE LINGUISTIQUE
Emile Benveniste(Problèmes de linguistique générale, 1966)
la pragmatique linguistique réintroduit :
➢ le référent et plus largement le contexte de production et d’interprétation
○ des énoncés
elle réintroduit le sujet, comme « homme parlant et agissant par le
○ discours sur son interlocuteur »
le sujet est acteur, il accomplit une action, en parlant il réalise un
■ acte de langage qui modifie le réel
le locuteur est redéfini comme un être fondamentalement social, qui se
○ définit par et dans son rapport à l’autre (dimension absente de la définition de
parole par Saussure) = caractère intersubjectif et dialogique du
discours
les marques de subjectivité sont l’objet de la théorie de l’énonciation
➢
LES TROIS DEGRÉS DE LA PRAGMATIQUE
PREMIER DEGRÉ
➢ il s’agit de étude de l’ensemble des unités dont le référent varie avec le
○ contexte d’usage
exemple : considérations « déictiques » illustrées par exemple par
○ l’adverbe ici
DEUXIÈME DEGRÉ
➢ c’est la construction du sens des énoncés en interrogeant
○ l’émergence des interprétations non exprimées littéralement dans
l’énoncé les « contenus implicites »
→
exemple : « Est-ce que vous avez une cigarette ? »
○ →contenu
implicite:Pouvez-vous m’en donner une ?
TROISIÈME DEGRÉ
➢ dimension actionnelle du langage représentée par la théorie des actes
○ du langages
exemple : en disant « je jure de dire la vérité », on accomplit un acte
○
l’analyse d’un énoncé peut convoquer ces trois degrés successivement
➢ exercice: De quel degrés de la pragmatique s'agit-il ?
➢ Comment peux-tu être aussi naïf ?
○ Demain, le temps sera ensoleillé.
○ Je m’excuse de t’avoir répondu sèchement.
○ Je n’habite pas loin.
○ Je promets de venir demain
○
Linguistique Énonciative : ÉNONCÉ ET
ÉNONCIATION
L'ÉNONCÉ
c’est le résultat, le produit d’une pratique linguistique et sociale
➢ la phrase s’apparente à une construction théorique, abstraite et autonome
➢ destinée à la description syntaxique
l’énoncé est une réalisation effective, concrète et dépendante de l’activité
➢ de laquelle elle résulte et dont elle témoigne
pour Benveniste, l’énoncé est le résultat de l’activité humaine
➢ certaines unités de langue nommées « déictiques » peuvent être interprétées si
➢ elles sont mises en relation avec l’acte d’énonciation qui les a produites
exemple: Beaucoup de gens – surtout parmi vos amis – sont estomaqués de vous
➢ voir rallier aujourd’hui le camp de la droite.
Quelle est la personne désignée par « vous » ? A quoi fait référence le
○ syntagme « vos amis » ? « aujourd’hui » fait référence à quelle période ?
la compréhension de l’énoncé dépend de son acte de fabrication, soit de
➢ l’énonciation
L'ÉNONCIATION
il s’agit de l’acte de fabrication de l’énoncé, l’activité de mise en
➢ fonctionnement de la langue dans une situation particulière, c’est une
opération d’actualisation de l’énoncé
comparable à l’évènement, l’énonciation est l’objet d’une attention attribuable à un
➢ sujet (auteur) et s’accomplit dans un lieu et moment donnés
l’énoncé qui en résulte comprend ces informations que le/la linguiste doit
○ décrire et expliquer en tant que traces de l’activité énonciative
exemple : énoncé = j’ai mal à la tête. il trouve différentes interprétations en
→
➢ fonction de la situation d’énonciation
un énoncé scientifique peut ne pas avoir besoin d’interprétation et résulter donc
➢ indépendant de l’acte d’énonciation
LES “DÉICTIQUES”
Emile Benveniste
ensemble de formes linguistiques observables dans l’énoncé qui
➢ renvoient à la situation d’énonciation
exemple :
➢ le pronom je hors actualisation énonciative n’est associable qu’au contenu
○ stable de celui qui parle
“Pensez à ça pour comprendre la réglementation en vigueur.”
○ =le pronom démonstratif ça ne permet pas l’identification de l’objet
désigné
les déictiques constituent des indices de l’activité d’énonciation, leur
➢ interprétation exige de connaître les paramètres de la situation de
communication verbale
SITUATIONS D’ÉNONCIATION ET DE COMMUNICATION
Patrick Charaudeau
SITUATION DE COMMUNICATION
➢ la situation de communication renvoie à l’environnement
○ extralinguistique dans lequel se trouve des êtres physiques :
le locuteur à l’origine du message
■ l’interlocuteur à la réception du message
■
exemple : L’auteur/locuteur d’un énoncé publicitaire est l’agence publicitaire.
○ Son interlocuteur est le consommateur potentiel
SITUATION D’ENONCIATION
➢ elle renvoie à l’appareil formel (les déictiques) de l’énonciation; elle se
○ caractérise par des marques langagières construisant des êtres
linguistiques(ils sont fictifs)
« énonciateur » = personne à laquelle on fait prononcer l’énoncé
■ «co-énonciateur» = personne à laquelle l’énonciateur s’adresse
■
exemple:
○ de communication
→Situation
- LOCUTEUR : agence de publicité chargé
par l’entreprise (marque)
- INTERLOCUTEUR : le consommateur
potentiel (les
femmes ?)
d’énonciation(est une mise en scène)
→Situation
- ÉNONCIATEUR : femmes dans l’image
s’adressant à nous
- CO-ÉNONCIATEUR : les femmes
auxquelles elles
s’adressent
LES OPÉRATIONS ÉNONCIATIVES
les déictiques articulent l’énoncé à la situation d’énonciation et peuvent être
➢ de trois types : personnel, spatial et temporel
DÉICTIQUE PERSONNEL
○ le sujet obtient le statut de locuteur de l’acte d’énonciation
■ qu’il réalise le recours aux pronoms personnels en est une
→
marque
exemple :
● Je (nous) et tu (vous)
○ Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans
○ vous. C’est forte de cette phase d’écoute et soucieuse de
respecter votre effort pour prendre la parole que je
me sens aujourd’hui en mesure de vous proposer plus
qu’un programme : un pacte d’honneur, un contrat
présidentiel que je propose à tous et à toutes, les plus
vulnérables comme les plus forts, ceux qui sont nos
partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas,
car la France a besoin de tous les siens. Elle a besoin
de ceux qui vont bien comme de ceux qui décrochent ou
qui ont peur de décrocher. (Allocution de Ségolène
Royal, Présidentielle 2007b)
le pronom Je (moi) désigne Ségolène Royal et
■ vous (votre) l’électorat potentiel = renvoient
directement à la
situation d’énonciation
le pronom Elle illustre une procédure
■ anaphorique, c’est-à-dire qu’elle fait
référence à une donnée déjà citée et
fournie par le contexte
linguistique(syntagme nominal France)
DÉICTIQUE SPATIAL
○ il s’agit de la dimension spatiale de la situation d’énonciation
■ ainsi que les êtres et objets impliqués
les catégories grammaticales mobilisées peuvent être :
■ les adverbes (ici)
● les présentatifs (voici) ou locutions adverbiales (en
● haut)
les pronoms démonstratifs (celui-ci) et les déterminants
● démonstratifs (ce livre)
les adjectifs (près) et les verbes (aller)
●
exemple : Je ne vois pas Jean mais je sais qu’il n’est pas loin
■ =l’adjectif loin évalue la distance à partir du
lieu où se trouve le locuteur : il s’agit donc d’une
référence déictique
DÉICTIQUE TEMPOREL
○ la temporalité linguistique peut être représentée par le système de
■ référence calendaire
exemple : Elles ont emménagé le 19 juin 2022.
●
la temporalité peut être fournie par le contexte linguistique
■ exemple : Inès a dit qu’elle repartait à la fin de la fête.
●
la temporalité peut aussi être construite par l’énonciation
■ exemple :
● Je vous donne rendez-vous demain.
○ Il est arrivé il y a deux heures.
○
le moment de l’énonciation fonctionne comme
→
repère déictique temporel
fonctionnement référentiel déictique mis au service de l’humour
■ autre modalité d’expression de la temporalité linguistique : la
■ temporalité verbale
LE PRÉSENT GÉNÉRAL OU DE VÉRITÉ GÉNÉRALE
● =le présent de l’indicatif peut s’utiliser pour les
définitions, les proverbes et les slogans car ces
énoncés échappent à toute localisation temporelle
exemple : (NEWMAN) La vie est trop courte pour
○ s’habiller triste
les configurations énonciatives du
■ présent (Maingueneau et Philippe) :
le présent sans ancrage déictique,
● précédemment nommé le présent
général
exemple :
○ Tous les hommes sont
■ mortels.
La mer est bleue comme
■ une orange.
le présent déictique = le moment
● considéré coïncide avec celui de
l’énonciation
exemple :
○ « Que fais-tu ? » - Je dors. »
le présent de la narration employé
● pour évoquer des &eacut
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
Scarica il documento per vederlo tutto.
-
Appunti di Linguistica inglese 2 (secondo anno), 2023/2024
-
Appunti Linguistica generale, 2023-2024
-
Appunti completi delle lezioni di Linguistica, anno accademico 2022/2023
-
Appunti Linguistica Francese 2