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RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE, RECONSTRUCTION DE L’EXPÉRIENCE ET FABULATION - Lindon

Dispensa al corso di Sociologia delle relazioni interculturali della Prof.ssa Enrica Tedeschi. Trattasi di un saggio di Alicia Lindon dal titolo "RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE,
RECONSTRUCTION DE L’EXPÉRIENCE ET FABULATION", avente ad oggetto l'analisi della soggettività sociale nel campo della ricerca... Vedi di più

Esame di Sociologia delle relazioni interculturali docente Prof. E. Tedeschi

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ALICIA LINDÓN 59

produits littéraires dans lesquels se tisse la fiction sur la base d’un critère esthétique.

Cette façon de construire la fiction rend aussi compte de la réalité sociale.

Si on prend en compte le montage esthétique du récit, on ne peut concevoir

le narrateur comme un témoin passif des évènements, comme un simple déposi-

taire d’un savoir qui va être transmis à l’autre. Il est aussi un acteur capable d’agir

et de construire un discours sur sa société et sa propre vie dans cette société-là.

Nous ne pouvons donc pas considérer le narrateur comme une espèce de

qui est ouverte et qui émet l’information recherchée. Le

« banque de données »

9

narrateur réalise un véritable « montage » de son texte. Il ne faut pourtant pas

l’interpréter comme une intention de duper, de manipuler; il faut plutôt le voir de

la façon suivante : en racontant sa vie, l’individu la repense ; d’une façon générale,

, car

on peut dire qu’il devient de ce fait le « sociologue de sa propre biographie »

10

il cherche à établir des connexions entre les faits, il construit ses propres séquences

d’évènements, en en sélectionnant certains et en en excluant d’autres. Il s’interroge

lui-même sur les motivations de ses actions.

Cet acte de repenser sa propre histoire est un processus qui a lieu au moment

présent, même si c’est un présent dans lequel toute une biographie s’est sédimen-

tée, et qui plus est, fait partie de la société. C’est un présent qui contient un passé.

De ce fait, le passé est raconté avec des références aux conditions actuelles, mais

aussi en relation à des schémas incorporés à d'autres moments ; de ce fait, le nar-

rateur peut repenser sa biographie en relation à des schémas cognitifs incorporés

postérieurement aux évènements racontés, mais antérieurs au moment présent.

C’est le propre du récit autobiographique et il n’y a pas de raison de l’interpréter

de façon négative ou comme un défaut des récits en soi. Tout au contraire, c’est

là une de ses grandes fécondités qui nous permet de nous approcher à un présent

qui anticipe le futur, un présent qui porte en soi le mouvement et donc le futur,

c'est-à-dire ce qui n’a pas encore lieu, mais qui se trouve déjà potentiellement dans

le récit, dans ce qui peut « être dit » : Le potentiel du récit est donc qu’il annonce la

forme que pourraient acquérir les actions du futur proche, celles qui n’ont pas

. Même si le récit fait

encore cours, mais qui peuvent déjà être conçues et nommées

11

référence à des actions passées, le fait de s’en souvenir dans le présent, les recons-

truit par le biais du langage ce qui permet d’anticiper le futur, les actions à venir.

Cette reconstruction de l’action réalisée para sa mise en langage peut être

interprétée selon plusieurs axes d’analyse qui finissent par converger. Un de ces

axes est la conception esthétique du montage du récit, de la théâtralisation. Le

second est lié aux processus de la mémoire et le troisième est le résultat des pro-

cessus de socialisation. Finalement, le dernier découle de la construction de soi-

même par le narrateur. Nous allons maintenant les passer en revue.

9. Chanfrault-Duchet, Marie-Françoise (1987), « Le récit de vie: donnée ou texte ? »,

Cahiers de recherche sociologique, vol. 5, núm. 2, automne, Montréal, pp. 11-28.

10. Vrancken, Didier (1986), op. cit., pp. 315-324.

11. Zemelman, Hugo (1997), op. cit, p. 21.

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Récit autobiographique, reconstruction de l’expérience et fabulation…

60 Pour ce qui à trait aux procesus de mémorisation et remémorisation, les théo-

ries de la mémoire démontrent que les situations captées passent par des transfor-

mations au moment de retrocéder dans la mémoire, dans le processus

d’emmagasinage, ainsi qu’au moment même de leur reproduction comme souve-

nirs. Selon Cabanes, la mémoire n’est pas absente dans la construction de la

réalité : « La mémoire est faite de passé perdu et rencontré pour permettre que le

futur ait lieu. Le récit est du côté de ce qui peut avoir lieu .

12

Quant à la reconstruction de l’expérience, produit d’une socialisation toujours

sans terminaison, la phrase suivante de Norbert Elias est très éloquente à ce sujet :

« Les individus ne sont jamais totalement terminés. » Au long de notre vie, nous

continuons à sédimenter des expériences, qui représentent de nouvelles connais-

sances de sens commun et qui peuvent prendre la forme de schémas alternatifs

d’interprétation du monde. De ce fait, les interprétations que nous faisons d’un

évènement à différents moments de la vie, ne sont pas forcément identiques, car

les schémas d’interprétation ont tendance à se modifier au cours de chaque bio-

graphie.

Les dynamiques de la mémorisation/remémorisation, mais aussi de la sociali-

sation toujours incomplète, ont une essence temporelle. À leur tour, les récits de

vie s’inscrivent dans le temps, car ils font référence permanente à la remémorisa-

tion d’images et de marques du passé, pour les ramener au présent. De ce fait, la

reconstruction de l’action racontée est quelque chose de propre au récit autobio-

graphique, et avant que de leur enlever leur valeur sociologique, il faut signaler que

cette reconstruction de l’action par sa traduction en langage, démontre bien les

labyrinthes de la construction sociale de la réalité.

Ces reconstructions de l’expérience peuvent aussi être interprétées en réfé-

rence à l’identité ; c’est-à-dire, comme des processus d’« harmonisation

rétrospective » de l’histoire personnelle , qui s’expliquent par la volonté du narra-

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teur d’essayer de présenter une identité unifiée face à celui qui l’écoute. Du fait des

contradictions inhérentes à chaque biographie, le narrateur se voit dans l’obliga-

tion de se présenter face à l’autre comme unique, sans contradictions ; cela ne peut

bien sûr avoir lieu que dans la reconstruction de l’identité racontée car, dans le

vécu, il est difficile que l’individu soit « unique » . Chaque individu est capable de

14

construire plus d’une identité de soi-même et celles-ci se présenteront toujours sous

un jour monolithique, mais dans des situations diverses. Cela est possible grâce à

l’hétérogénéité de chaque narrateur (hétérogénéité, fruit de la complexité des pro-

cessus de socialisation ou d’incorporation de connaissances ordinaires), et lui

donne la possibilité de changer d’identité et même de les négocier avec ses

« autres ».

12. Cabanes, Robert (1996), « El Enfoque biográfico en sociología » (L’approche biogra-

phique en sociologie), Cuadernos del CIDS, Serie II, núm. 1, juillet, Bogotá, p. 65.

13. Franzke, Jueguen (1989), op. cit., pp. 57-64.

14. Kaufmann, Jean-Claude (1996), L’Entretien compréhensif, Nathan, París, 126 p.

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En synthèse, la reconstruction des expériences passées au moment d’être

contées, entre en relation avec plusieurs phénomènes :

– La motivation esthétique qui oriente le narrateur ;

– La mémorisation qui reconstruit l’expérience au moment où elle est gardée en

mémoire ;

– Les processus de remémorisation qui reconstruit l’expérience gardée au

moment de la remise en mémoire par le récit ;

– Les processus de socialisation qui ont cours tout au long de la vie, et qui

continuent à sédimenter les expériences et les connaissances. De ce fait, l’indi-

vidu change de référents pour interpréter son passé et son présent tout au long

de sa vie. En repensant l’histoire au moment de la raconter, il peut ainsi obser-

ver son histoire depuis une « position extérieure » et la questionner à partir de

nouveaux référents qu’il a incorporés postérieurement à l’expérience en

question ;

– L’harmonisation rétrospective par laquelle le narrateur cherche à se présenter

comme unique face aux autres, et qui est aussi une autre forme de reconstruc-

tion de l’expérience racontée ;

– Le schéma narratif qui impose un ordre séquentiel et réduit le niveau de chaos

de l’expérience ; il omet des évènements, impose un ordre consécutif à ceux qui

sont choisis, même si plusieurs d’entre eux ont eu lieu de façon simultanée. Cet

ordre séquentiel fait partie de cette recherche de rendre compréhensible le récit ;

– Le système interactionnel face à face – chercheur/narrateur dans lequel se pro-

duit la narration – conduit à que la reconstruction est aussi associée à qui est

l’autre par rapport à celui qui raconte.

De telle sorte, pour la sociologie les récits de vie ne constituent pas une méthode

pour arriver à la vérité, ce sont plutôt des expressions singulières des vies inscrites

dans l’histoire, par lesquelles les personnes – sans le savoir – reconstruisent la réa-

lité par le biais du langage et de leur mémoire. Le récit de vie est une invention,

c’est une construction sociale permanente, mais qui est produite dans le cadre

social de la vie quotidienne et non pas dans le monde de la fantaisie. De là, sa

valeur en tant qu’expression d’un fragment du social et son potentiel pour donner

forme à l’action future.

La fabulation de l’action racontée

Dans le point antérieur nous avons mis l’accent sur les processus qui produisent la

reconstruction de l’expérience dans la narration actuelle, c'est-à-dire les raisons

pour lesquelles se reconstruit l’expérience au cours de la narration. Nous allons

maintenant proposer une interprétation sur la façon dont l’expérience narrée se

reconstruit.

La reconstruction de l’expérience a lieu grâce à l’exercice spontané et

nécessaire entrepris par le narrateur afin de donner une nouvelle forme aux

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Récit autobiographique, reconstruction de l’expérience et fabulation…

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évènements du passé, à partir des schémas d’interprétation dont il dispose dans le

présent. Cet exercice non planifié est le résultat de l’introduction d’évènements

vécus, les expériences narrées, dans une connaissance collective qui reconnaît un

lien significatif avec l’expérience en question. De telle sorte, le récit acquiert une

structure, il prend forme en fonction de cette connaissance collective.

Fréquemment, l’introduction de l’expérience passée dans une nouvelle struc-

ture représente une sorte de fabulation proposée sans le savoir par le narrateur. La

fabulation est le processus suivi spontanément par le narrateur quand il organise

ses expériences dans le cadre d’une fable connue. Les fables ajoutent de l’imagi-

nation au récit des pratiques vécues. Mais cette imagination fait partie d’une

mémoire collective, du fait que les pratiques sont les expériences vécues par le

narrateur. D’un point de vue méthodologique, la fabulation est porteuse de signi-

fications sociales qui révèlent le contexte social. Toute fabulation parle d’un espace

social, des relations entre les groupes sociaux qui la composent, des acteurs et de

leurs rôles, de valeurs et de normes sociales . Le narrateur adopte une fable spé-

16

cifique qui incorpore des sens sociaux pertinents pour communiquer l’expérience

qu’il raconte.

C’est dans ce sens que l’on peut assimiler la fabulation à une forme de

mythe , qui a la vertu méthodologique de mettre en évidence des clés pour l’inter-

17

prétation. Interpréter les narratives à partir de ces mythes qui ne sont pas visibles

au premier regard, suppose de les assimiler à des formes structurantes qui contien-

nent des sens sociaux. Par le biais des mythes, le récit inscrit l’expérience indivi-

duelle dans la connaissance partagée à laquelle on reconnaît la capacité de

transmettre une image d’une partie du social. De ce fait, le mythe est analytique-

ment une médiation entre la mémoire collective et l’expérience individuelle .

18

Dans ce contexte, le mythe adopte le rôle d’une sorte de métaphore collective qui

conserve et perpétue une mémoire commune , un passé collectif. Il concentre des

19

images et des épisodes d’une collectivité . Le mythe fonctionne comme une série

20

de savoirs d’une communauté ou d’un groupe social, étendu ou minuscule.

C’est pour cela que le mythe permet au narrateur de communiquer son expé-

rience en termes sociaux, c'est-à-dire de la situer au niveau de représentations con-

densées dans l’imaginaire et dans la mémoire collective. De ce fait, le mythe joue

aussi le rôle de médiation entre l’expérience vécue et son récit. En paraphrasant

15. C’est une condition nécessaire car l’expérience prend la forme (ou le manque de

forme) du vécu, alors que le récit adopte une forme linguistique.

16. Vrancken, Didier (1986), op. cit., pp. 315-324.

17. Ibid., pp. 315-324.

18. Chanfrault-Duchet, Marie-Françoise (1995), « Mitos y estructuras narrativas en la

historia de vida: la expresión de las relaciones sociales en el medio rural » (Mythes et struc-

tures narratives dans le récit de vie: l’expression des relations sociales dans le milieu rural),

Historia y Fuente Oral, núm. 9, Barcelona, pp. 12-21.

19. Vrancken, Didier (1986), op. cit., pp. 315-324.

20. Ibid., pp. 315-324. Sociétés n° 87 — 2005/1


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Atreyu

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DESCRIZIONE DISPENSA

Dispensa al corso di Sociologia delle relazioni interculturali della Prof.ssa Enrica Tedeschi. Trattasi di un saggio di Alicia Lindon dal titolo "RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE,
RECONSTRUCTION DE L’EXPÉRIENCE ET FABULATION", avente ad oggetto l'analisi della soggettività sociale nel campo della ricerca sociologica con particolare riguardo al racconto autobiografico, la sua teatralizzazione e la fabulazione.


DETTAGLI
Corso di laurea: Corso di laurea magistrale in relazioni internazionali
SSD:
A.A.: 2011-2012

I contenuti di questa pagina costituiscono rielaborazioni personali del Publisher Atreyu di informazioni apprese con la frequenza delle lezioni di Sociologia delle relazioni interculturali e studio autonomo di eventuali libri di riferimento in preparazione dell'esame finale o della tesi. Non devono intendersi come materiale ufficiale dell'università Roma Tre - Uniroma3 o del prof Tedeschi Enrica.

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