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Emile Zola (1840–1902)

Emile Zola, fils d’un ingénieur italien et d’une française, est né a Paris en 1840. Il passe son enfance à Aix–en– Provence, où il se lie d’une profonde amitié avec Paul Cézanne. Puis il va à Paris, où il fait ses études, mais échoue au baccalauréat. Il doit travailler pour vivre, à cause de la mort prématurée de son pére. Il est d’abord expéditionnaire chez Hachette, puis il devient chef de la publicité de la même maison. Il entreprend une carrière de journaliste, à laquelle il restera fidèle même quand il écrira son oeuvre gigantesque, et il commence à écrire des contes, d’inspiration romantique: il admire le Romantisme et Musset en particulier. Mais bientôt il s’aperçoit qu’il faut dépasser le Romantisme. Il subit l’influence de Taine et des Goncourt; il est attiré profondément par les idées positivistes et par les ouvrages du docteur Lucas sur l’hérédité. Il abandonne le Romantisme et tous ceux qu’il appelle “rêveurs” et décide de construire son oeuvre sur des bases scientifiques. Son premier roman naturaliste est Thérèse Raquin (1867), où il analyse d’una façon scientifique les deux personnages principaux du roman: Thérèse et Laurent, deux brutes humaines qui ne suivent que leurs instincts.

Il a trouvé sa voie. Il décide d’écrire une épopée cyclique, comparable à celle de Balzac, qui toutefois, à son avis, n’a pas su renoncer aux outrances romantiques. Comme Balzac, il veut présenter une “image de notre société” à travers l’histoire d’une famille. Le titre général de cette épopée sera Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Il va décrire les conséquences d’une première lésion organique dans les membres d’une famille plébéienne, à travers cinq générations. C’est la théorie du Docteur Lucas (Traité de l’hérédité naturelle). A partir de 1871, les vingt volumes de la série paraîtront à la cadence d’un roman par an, sauf trois exceptions, jusqu’en 1893. Une entreprise écrasante, à laquelle il reste fidèle avec une foi extraordinaire.
A partir de 1878 il subit aussi l’influence du savant Claude Bernard, auteur de l’Introduction à la Médecine expérimentale, et il veut en appliquer les thèses à la littérature: il veut faire un roman expérimental, comme un biologiste fait de la biologie expérimentale. Il dit: “Le problème est de savoir ce que telle passion, agissant dans tel milieu et dans telles circonstances, produira au point de vue de l’individu et de la société; un roman expérimental est simplement le procès-verbal de l’expérience, que le romancier répète sous les yeux du public”.
Les premiers romans du cycle n’obtiennent pas de succès, qui arrive, au contraire, avec le septième roman, L’Assommoir (1877). Zola devient célèbre, et il groupe autour de lui pluisieurs jeunes écrivains, dont il devient le maître, parmi lesquels Huysmans et Maupassant. Il achète une villa à Medan, prés de Paris, où il réside la plupart de l’année, et où il accueille, le dimanche, le “groupe de Médan”, c’est-à-dire ses disciples. De ces réunions est sorti un recueil de nouvelles, intitulé Les Soirées de Médan, où les auteurs du groupe ont écrit chacun une nouvelle.
Arrivé désormais à la gloire, Zola écrit aussi des ouvrages théoriques, où il expose ses idées sur le naturalisme: Le Roman expérimental (1880), Le Naturalisme au théâtre (1881) et Les Romanciers naturalistes (1881). Après L’Assommoir, chacun de ses livres est un grand événement littéraire; Germinal (1885) est un grand triomphe. Après le cycle des Rougon–Macquart (c’est le nom de la famille dont il fait l’histoire), il écrit les Trois Villes: Lourdes (1894), Rome (1896), Paris (1897) où il prend parti pour la science et contre le catholicisme. Devenu socialiste à travers ses enquêtes sur le monde du travail il intervient dans l’affaire Dreyfus, pour combattre l’injustice que subissait cet officier, avec un article retentissant dans le journal L’Aurore: j’accuse. Il défiait les juges de la Cour d’Assises qui avaient condamné un innocent, Dreyfus. Zola fut condamné à un an de prison; et il dut se réfugier en Angleterre. Il rentre en 1899 et il entreprend un nouveau cycle, Les Quatre Evangiles: Fécondité, Travail, Verité, Justice (1899 – 1903, la dernière partie a été publiée posthume), où il exprime ses idées humanitaires et exalte la cause de peuple. Il meurt en 1902, d’une asphyxie; la cause de sa mort n’a pas été complètement éclaircie et on l’a même attribuée à une vengeance (à cause l’Affaire Dreyfus).

L’Assommoir (1877). La blanchisseuse Gervaise Macquart, abandonnée avec ses deux enfants par son amant Auguste Lantier, rencontre Coupeau, un ouvrier zingueur. Ils se marient, mais par malheur Coupeau tombe du toit d’une maison pendant qu’il travaille et se casse la jambe. Pour tromper l’ennui de sa convalescence, il se met à boire; Gervaise, grâce à son travail a installé une blanchisserie qui prospère, mais Coupeau fréquente de plus en plus le cabaret, et Gervaise aussi commence à boire. Per à peu ils deviennent des ivrognes, perdent l’amour du travail et tombent dans la misère. Assommé par l’alcool – en effet l’Assommoir est le nom d’un cabaret, où l’alcool assomme ses victimes – Coupeau tombe malade et meurt au milieu d’atroces souffrances; Gervaise est réduite à la mendicité et meurt dans un trou noir, sur un tas de paille.

Germinal (1885). Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart, est un jeune ouvrier intelligent et progressiste. Il travaille dans une mine du Nord et se met en pension chez les Maheu, une famille de mineurs. La Compagnie propriétaire de la mine paye mal les mineurs, qui souffrent de leur condition. Etienne, gagné aux idées socialistes, organise une grève. Mais la Compaigne ne cède pas et compte réduire les mineurs par la faim. Après plusieurs jours de grève, les mineurs, poussés à bout par la rage et par la faim, cèdent à la violence et détruisent les installations de la mine. La police est appelée et elle tire sur les grévistes: plusieurs ouvriers sont tués. Les mineurs, vaincus, doivent reprendre le travail pour ne pas mourir de faim. Lorsque le travail reprend, un mineur anarchiste, Souvarine, inonde la mine. Beaucoup de mineurs meurent; Etienne Lantier voit mourir près de lui la fille qu’il aime, Catherine Maheu, ouvrière elle aussi. Après ces événements, il va à Paris pour se consacrer à l’emancipation des humbles. En partant, il regarde la campagne, et le printemps lui donne l’espoir qu’un “Germinal” – c’est-à-dire une époque nouvelle où les travailleurs verront leurs droits respectés – pourra enfin établir la justice parmi les hommes.
Zola part du principe que l’écrivain réaliste doit présenter au lecteur des romans fondés non pas sur l’imagination mais sur la réalité: il ne doit qu’enregistrer ce qu’il voit, il doit disparaître de l’oeuvre d’art pour laisser la place à la réalité. Comme les autres écrivains réalistes, il se documente avec soin sur les sujets qu’il décrit; il fréquente les milieux qu’il présente dans se romans; il est même descendu dans une mine avant d’écrire Germinal.
Zola part donc de l’observation de la vie, comme les autres écrivains réalistes; mais, en outre, il veut se servir d’une méthode scientifique au vrai sens du mot. Dépassant Flaubert, qui exigeait lui aussi une méthode scientifique sans arriver toutefois à la science, Zola se sert de doctrines scientifiques vraiment dites. Il a subi profondément l’influence du positivisme, doctrine philosophique qui s’occupe uniquement des faits, supprimant toute métaphysique: les faits constatés par l’expérience, qui s’exerce à travers les sens: la connaissance de l’homme se réduit donc à la physiologie. Zola n’étudiera presque pas la psychologie de ses personnages: il décrit non pas des caractéres, mais des tempéraments. Il s’intéresse au corps, non pas à l’âme; il dit que “le naturalisme c’est le retour à la nature et à l’homme, l’observation directe, l’anatomie exacte, l’acceptation et la peinture de ce qui est”. Il faut reconnaître que toute la littérature précédente avait négligé le corps, les instincts; Zola exagère de l’autre côté, donnant trop d’importance au corps.
Pour étudier le corps, il faut s’adresser aux sciences. Zola met à la base des Rougon–Macquart la loi de l’hérédité et il démontre qu’une lésion organique – qui s’est produite dans la tante Dide, devenue folle – produit ses effets dans les descendants de la famille. A ce principe s’unit le déterminisme, dérivé de Taine: étant donné trois facteurs déterminants, race, milieu, moment, un individu aura un destin déterminé d’avance. Dans les Rougon–Macquart l’élément race est dejà connu – tare héréditaire -; il suffira d’étudier, pour chaque personnage, le milieu où il vit et le moment (la période historique) qu’il traverse.
Sur ces principes scientifiques il adopte une méthode scientifique: l’expérimentation, suivant Claude Bernard. Le roman naturaliste serait donc un roman scientifique: une fois que l’auteur a placé certaines données, le roman devrait se former de lui–même, comme une expériences scientifique. Mais, évidemment, ces conceptions dérivent d’une véritable mémprise: les expériences scientifiques sont sanctionnées par le succés ou par l’échec, tandis qu’en littérature tout est décidé par l’auteur.
Heuresement Zola n’est pas resté entièrement lié à son système scientifique. Le romantique qui vivait en lui dès son adolescence n’est jamais mort et l’a empêché de suivre ses théories d’une façon étroite: l’écart entre ses principes et ses romans est considérable. Les meilleures qualités de Zola sont l’imagination poétique et la puissance épique. Il part de la réalité, certes, mais il aime à s’élever de la réalité pour transformer ce qu’il décrit: une mine, une locomotive, une ville, un alambic deviennet sous sa plume des êtres monstrueux, qui vivent et qui agissent. Il est admirable aussi lorsqu’il peint les foules: les ouvriers de L’Assommoir, les grévistes de Germinal sont des visions poétiques grandioses: c’est pourquoi on a donné l’oeuvre de Zola le nom de réalisme épique.

Style. Le style de Zola est âpre et vigoureux, et il s’accorde bien avec la réalité cruelle qu’il décrit. Ses phrases sont imprégnées d’un souffle épique lorsque la scène l’exige. Fidèle à ses théories réalistes, il fait parler au peuple sa langue, la langue populaire et l’argot, dont il nous donne de savoureux échantillons.

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