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Dans son bel essai, Molière. A Playwright and his Audience (1982), William D. Howarth se déclare convaincu que le théâtre de Molière est le résultat de forces convergentes constituées d’une part par les qualités et les exigences du métier d’acteur, et d’autre part par la sensibilité, le goût et les attentes du public. Pour qui jouait Molière? Pour un public hétérogène, indiscipliné, capricieux de nobles pavoisant dans leurs «chaises empaillées» qu’ils avaient réussi à faire placer directement sur la scène; de familles de la riche bourgeoisie se serrant dans les loges; d’artisans, de pages, d’hommes de lettres, de militaires qui remuaient et hurlaient, debout dans le parterre. À chaque représentation, la troupe devait faire participer et amuser un millier de personnes à l’humeur imprévisible, sans renoncer à dire quelque chose qui les blesserait ou les ferait réfléchir, malgré elles. Dans l’éthique mondaine de l’honnête homme, il n’y avait en fait rien de plus déplacé que le rire. Il ne suffisait pas de plaire aux raffinés des loges ou à la foule du parterre, aux courtisans frivoles ou aux précieuses des salons, mais il fallait surtout contraindre le public qui comptait à rire contre ses propres convictions, et d’une façon si franche et libératoire qu’il ne garderait pas rancune au farceur – admiré certes, mais toujours socialement inqualifiable – qui avait osé l’induire à transgresser une étiquette aussi rigoureuse. Ce qui fait la grandeur de Molière, c’est justement d’avoir su obliger les ennemis déclarés du rire vulgaire qui montait du parterre à rire de leurs propres défauts.

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