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La comédie, en cinq actes, est écrite rapidement et finit par s’insérer parfaitement, avec Tartuffe et Le Misanthrope, dans une sorte de trilogie contre l’hypocrisie.

Le scandale et le succès

C’est avant tout le côté fantastique et baroque de cette grande comédie qui enchante les spectateurs du XVIIe siècle et fait courir tout Paris, même si, dès la deuxième représentation, Molière doit couper un certain nombre de répliques car le parti des bien-pensants se sent à nouveau mis en cause. Dom Juan a été interrompu après quinze représentations, quoique le roi n’ait pas été hostile à la pièce et qu’il ait même fait remarquer aux opposants de Molière que «l’impie» n’était nullement récompensé. Louis XIV continue d’ailleurs à accorder sa protection à la troupe, qui devient la Troupe du Roi, malgré les manigances des détracteurs. Molière, toutefois, ne reprendra plus Dom Juan et ne le fera pas imprimer de son vivant – la première édition date de 1682; la Comédie-Française en a joué, jusqu’en 1847, une version édulcorée, mise en vers et «régularisée» par le frère de Corneille.

Règles à l'abandon Le texte, en prose, ne se conforme aucunement aux règles classiques (cf. p. 220): dix-sept personnages évoluent sur la scène, chaque acte se situe dans un décor différent, la durée de l’intrigue s’étale sur quarante-huit heures et l’action n’est qu’une suite de rencontres et d’événements souvent fortuits, qui enlèveraient toute unité à la pièce si le héros n’était pas constamment présent sur la scène. Il s’agit en outre d’une pièce «à machines» où la statue du Commandeur tué par don Juan apparaît à la fin du troisième acte et se met à parler! L’appellation de «comédie» ne convient d’ailleurs pas à cette pièce, qui est en réalité une tragicomédie à l’intrigue complexe, où s’enchevêtrant les thèmes du libertinage amoureux, de l’honneur, de l’argent, de la religion et de la libre-pensée.

L’Action Don Juan – par tradition, on écrit Dom Juan pour le titre de la pièce et don Juan pour le nom du héros – dont le portrait est brossé de manière indirecte pendant le premier acte, est un jeune libertin, un débauché, «grand seigneur méchant homme» comme le définit son valet Sganarelle. Il a abandonné sa femme Elvire, qu’il traite avec insolence, et pense à sa prochaine conquête. Sur une plage sicilienne, il séduit Charlotte, la fiancée du paysan qui l’a pourtant

sauvé d’un naufrage. Mathurine, une autre de ses conquêtes, intervient pour rappeler à l’«épouseur à toutes mains» sa promesse de mariage. Quiproquos, coups de bâtons et autres procédés de farce se succèdent dans l’acte II, le seul dont on puisse dire qu’il soit vraiment comique.
Le troisième acte est l’acte du scandale: après avoir exprimé son manque de confiance en la médecine (cf. p. 211), le jeune seigneur essaie, en vain, de faire blasphémer un pauvre moyennant une pièce d’or (dès la deuxième représentation, Molière a dû supprimer cette scène). Après maintes péripéties, le héros resté seul avec son fidèle serviteur, s’approche de la statue funèbre du Commandeur qu’il a tué et l’invite à dîner. Elle acquiesce d’un signe de tête. Au quatrième acte, don Juan est censé régler ses comptes terrestres et célestes. Revenu dans ses appartements, il chasse l’un après l’autre quatre visiteurs: un créancier, qui repartira sous une pluie de compliments hypocrites; son propre père, auquel il laisse croire qu’il va s’amender; Elvire, venue lui demander de renoncer au vice, à qui il propose de s’arrêter pour la nuit; la statue du Commandeur enfin, qui l’invite à son tour à dîner. Don Juan accepte sans trembler. Le cinquième acte constitue le dénouement surnaturel de la pièce. Le
vieux père de don Juan s’attendrit devant la conversion de son fils; Sganarelle aussi en est réjoui, mais le libertin le détrompe et fait un éloge de l’hypocrisie, un vice à la mode qui garantit prestige social et tranquillité personnelle.
Il en donne aussitôt une démonstration pratique, se prétendant dévot pour refuser le duel avec Don Carlos qui voudrait défendre l’honneur de sa sœur Elvire. Un spectre de femme apparaît pour avertir le mécréant de sa fin prochaine, mais il refuse de se repentir. La statue du Commandeur entre et, au milieu des éclairs, emporte don Juan dans les abîmes de la terre, tandis que Sganarelle réclame ses gages.
Le Bourgeois gentilhomme: Louis XIV et son entourage aimaient les histoires turques, drôles à souhait, que racontait un chevalier italien revenu du Levant. De plus, en 1669, la visite d’un ambassadeur de la Sublime Porte – un événement exceptionnel – avait provoqué bien des situations hilarantes, et pas mal l’embarras, à la cour. Quelle meilleure occasion pour en faire le sujet d’un divertissement à présenter au roi lors de son séjour à Chambord? Le chevalier D’Arvieux surveille la confection des costumes et règle la cérémonie turque, la musique est confiée à Lully et Molière, animateur depuis 1664 des fêtes royales, est chargé du texte. C’est ainsi qu’est né Le Bourgeois gentilhomme, comédieballet en cinq actes et en prose, mise en scène avec un faste digne du Roi
Soleil.

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