gaiabox di gaiabox
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Gustave Flaubert, l’auteur du célèbre roman Madame Bovary, n’a jamais été tendre envers le lyrisme romantique, et à l’égard de Lamartine en particulier. Emma Bovary s’est nourrie de lectures romantiques d’où elle a tiré une vision du monde platement sentimentale qui la conduit à mépriser le caractère quotidien de son existence bourgeoise. Dans le passage qui suit, elle fait une promenade en barque avec son amant; Flaubert saisit le prétexte pour reconstruire ironiquement la situation et le décor du poème de Lamartine, donc il a l'opportunité de metre en scène la situation.

«À la nuit ils repartaient. La barque suivait le bord des îles. Ils restaient au fond, tous les deux cachés par l’ombre, sans parler. Les avirons carrés sonnaient entre les volets de fer; et cela marquait dans le silence comme un battement de métronome, tandis qu’à l’arrière la bauce qui traînait ne discontinuait pas son petit clapotement dans l’eau. Une fois la lune parut; alors ils ne manquèrent pas à faire des phrases, trouvant l’astre mélancolique et plein de poésie; même elle se mit à chanter:

“Un soir, t’en souvient-il? nous voguions en silence” etc.
Sa voix harmonieuse et faible se perdait sur les flots; et le vent emportait les roulades que Léon écoutait passer comme des battements d’ailes autour de lui.» (Madame Bovary, III, 3, 1856).

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