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Honoré de Balzac et la "Comédie Humaine"

Même s'il est un écrivain réaliste, Honoré de Balzac a beaucoup de points que l'approchent au représentant du Romantisme italien, c'est-à-dire Alessandro Manzoni. Il fut, en effet, le précurseur du Réalisme, mais pas le théoricien. Son oeuvre présente des traits incontestablement romantiques, tels que le goût pour le fantastique et les tirades lyriques, l'exaltation de la sensibilité, l'individualisme et surtout l'imagination. Mais ce romantique passionné a été le restaurateur du réalisme par le don d'une observation qui pénétrait l'âme sans négliger le corps, par les procédés qu'il a employés pour donner une fidèle image des choses et des êtres, par le souci qu'il a eu d'établir les faits, en faisant usage de documents exacts, par la description minutieuse des paysages et des intérieurs; mais surtout parce qu'il a été un observateur des hommes et un créateur de vie. Il a élargi le cadre du roman. Il ne s'est pas borné à étudier les âmes d'exception, ni à retracer les siècles passés. Il a enregistré le présent, il a décrit tout ce qui a sollicité sa curiosité et, comme il était un esprit sans distinction, il a mieux réussi dans l'étude de l'humanité vicieuse, grossière et triviale. Balzac a réussi ses romans dans la "Comédie Humaine", peut-être s'inspirant de l'oeuvre de Dante, et jamais titre ne fut plus approprié, car la "Comédie" est, dans ses détails infinis, la fidèle histoire, le tableau exact de la société moderne. Oeuvre immense, elle reflète tous les types sociaux, toutes les conditions sociales de la fin du premier Empire au governement de julliet, elle est la résurrection intégrale de la France de 1800 à 1850, elle est l'histoire naturelle de l'homme. Balzac a regardé l'humanité en naturaliste, il a classé les types, il les a analysés, il les a décrits, il a assimilé l'homme aux animaux ou aux plantes, et il a expliqué l'activité humaine en dehors de toute liberté par l'insinct et par l'influence du milieu social et familier. Ses personnages n'appartiennent pas à l'humanité moyenne. Il a étudié les individus en proie à un défaut exceptionnel (l'avarice, l'ambition, la faiblesse paternelle) qui en grandissant hors de toute proportion, détruit l'équilibre et crée une sorte de monstruosité, fait de l'homme l'esclave d'une passion maîtresse, ainsi l'individu devient un type universel à la manière classique, c'est-à-dire intéressant pour toute l'humanité et pour tous les siècles. Mais Balzac a, dans un certain sens, renouvelé le réalisme classique, en introduisant un procédé de composition nouveau qu'il a appris de Walter Scott: la description minutieuse du décor et son incorporation nécessaire à l'intrigue. Les objets inanimés (rues, jardins, maisons, meubles etc.) participent à la vie des personnages et expliquent leurs réactions et leurs caractères. En combinant heureusement l'élément romantique de la couleur locale aux vieux procédés réalistes, Balzac a su tirer des effets nouveaux et il a frayé le chemin au roman réaliste moderne. Il ne fait pas de psychologie profonde, il ne s'attache pas au travail intérieur qui fait ou défait un âme, il compose solidement son personnage intérieur et tous les types sont si bien déterminés, moralement et physiquement qu'il est presque impossible de distinguer les personnages fictifs et ceux qui sont réels. La forme des romans n'est pas parfaite, car l'écrivain prolonge ses descriptions en alourdissent les périodes. Il ne s'attache pas à l'application de la syntaxe. Au point de vue du style, enfin, balzac est plus romantique que réaliste par son goût de métaphores et de la phraseologie pompeuse, encore que les propos qu'il prête à ses personnages s'adaptent à merveille à leur caractère et sont souvent créants de vérité.

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